mercredi 18 octobre 2017

UN MONDE DE DOMESTIQUES

Bon, ça sort de partout sur l’intelligence artificielle. Rien de bien neuf, mais une sorte de consensus se fait jour : l’intelligence artificielle menace d’abord le boulot des plus cons. Bien la peine d’être plus intelligent !!!

Ça veut dire d’abord que le sujet est inintéressant. On va s’intéresser à la répétition, aux processus, au traitement de plus en plus rapide de millions de données. C’est pas très intelligent, je trouve. Mais surtout, c’est évident que ça va fracturer la société. Mais finalement pas tant que ça. Les maîtres de l’intelligence artificielle, ils vont gagner beaucoup d’argent mais faut pas croire qu’ils vont épargner. Non. Ils vont vouloir jouir et profiter.

C’est génial, voilà des années que toutes nos élites préparent notre monde à ce changement. L’’agriculture détruite, l’industrie délocalisée, restent tout le reste : les services. Voilà bien un demi siècle qu’on entend le credo : les services sont la base de l’économie de demain. Basons notre société sur le boulot des domestiques. Je déconne pas : un grand patron du tourisme cherchant à donner à ses services de la valeur ajoutée n’avait rien trouvé de mieux que de créer des postes de « concierges ». Des bignoles quoi…Au garde à vous dans l’attente des étrennes. Si ça, c’est pas un aveu…

D’ailleurs, tout le monde l’affirme. L’avenir de l’emploi est dans les « services d’aide à la personne ». Je pense à Nanie, entrée à 20 ans comme « bonne à tout faire » au service de mes parents mais qui était devenue « auxiliaire de vie » pour son départ en retraite. Elle faisait le même boulot, sauf qu’en plus, il fallait parfois torcher Maman.. La définition avait changé, pas le travail. J’en déduis donc que les services d’aide à la personne recrutent essentiellement des domestiques. Désormais, on les appelle auxiliaires de vie ce qui est mieux que torcheur de vieux. Mais bon, c’est pareil.

Même pas. Nanie, elle savait faire des ris de veau financières (ou panés, ma préférence), des rognons sauce madère ou du foie frais aux raisins. Avant même d’être auxiliaire de vie. Les domestiques actuels sont tellement nuls qu’ils ne méritent aucune considération ; Pourtant leurs employeurs affirment les former. A quoi ? A la cuisine ? Pour passer un congelé au micro-ondes ? Au ménage ? Pour ne pas savoir nettoyer un cadre doré à la feuille ? Au repassage ? Pour ne pas comprendre le repassage d’un smoking ?

Je tiens à l’affirmer haut et fort : je n’ai aucun mépris pour les domestiques. Ils m’ont élevé. Par contre, je vomis hyperboliquement les mauvais, ceux qui s’enorgueillissent d’un nom ne correspondant à rien. Ils n’ont pas compris qu’un domestique est quelqu’un qui ajoutait de la valeur parce qu’il avait du savoir, mais peu de liberté. Son planning ne lui appartient pas. Ne pas être formé leur laisse l’impression de décider. C’est d’autant plus facile que les « maîtres » ne sont pas non plus formés pour commander. Ou qu’ils en ont honte. Et, en toute hypothèse qu’ils n’ont aucun sens de leurs responsabilités. Ainsi, ils pensent que « virer » est l’alpha et l’oméga de leur action. Mais, jadis, on ne virait pas. Une fois l’engagement confirmé, on gardait. En jaugeant de la personne, en la formant, je veux dire en la formant vraiment. Et d’abord, en la mettant en « binôme » avec une vieille bonne qui faisait office de formatrice. Et c’est ainsi que Bernadette faisait les meilleures allumettes au fromage du Pays basque et que Rosalie, native de Biscaye, ne se trompait jamais quand il fallait servir un whisky.

Avoir été formé à la perfection, c’est chiant. Je ne suis pas parfait mais j’ai été élevé dans un monde qui visait sans cesse  à faire mieux. Alors, aujourd’hui, je m’emmerde et je méprise. Je méprise cette autosatisfaction de l’étiquette. Il suffit de sortir de la pathétique structure de formation des libraires de Montreuil où on forme des « libraires » pour Auchan ou Leclerc (une bouteille d’huile, deux boites de pâté, un roman à la mode). Après quoi on se colle l’étiquette et on devient un arbitre de la littérature. Putain, les mecs !!! On vient de Vatel qui s’est suicidé pour avoir choisi un mauvais livreur de poissons !!!

Cette semaine, je suis en bagarre avec un mauvais caviste qui m’explique que mon vin sera livré en retard par la faute du transporteur et ne veut pas comprendre que c’est lui qui l’a choisi et que, donc, il est responsable de son mauvais choix. Il ne m’a pas encore dit que c’était le moins cher, mais ça ne saurait tarder.

Voilà ce qui nous attend. Des domestiques incompétents nous délivreront un service de merde avec des cartes de visite impeccables et imprimées par Vistaprint. Comparez à des cartes de visite gravées à la main, c’est de la merde. Oui, mais c’est pas cher. Ha ! bon ! si c’est ça…


On en reparlera…..

samedi 14 octobre 2017

DIDEROT ET HOLLYWOOD

Bon. Un gros cochon de producteur américain sautait ou cherchait à sauter toutes les starlettes qui lui demandaient un rôle. Quand je lisais Cinémonde, on en parlait déjà. Pas de Harvey Machin, mais de la promotion canapé. On est pas dans le scoop. Du coup, ça interviewe partout et même Jean-Michel Ribes s’y colle. Et comme toujours, son regard décape.

En termes mesurés (que je vais décrypter), il affirme que, lorsqu’on fait un métier de séduction, on s’expose aux dangers de la séduction. Et c’est vrai que plein d’actrices ne figurent pas au tableau d’Harvey. Marie-Pierre Casey, par exemple.

C’est caricatural, j’admets. J’aurais pu choisir Jeanne Moreau ou Alice Sapritch. Ou Maria Casarès. Ou Françoise Seigner. Je vous laisse compléter la liste. Il y a un paquet d’actrices qui ne quémandent pas de rôles et, devant l’abondance, auraient plutôt tendance à refuser.

Celles qui acceptaient l’invitation, elles imaginaient bien que le Harvey allait pas leur faire passer une audition pour tester leurs compétences dans Lady Macbeth ou Athalie. Elles savaient qu’on était dans la séduction, cette horreur des rapports humains, cette séduction qui est l’apanage éternel du plus vieux métier du monde, comme on écrit quand on veut faire propre. Il faut être deux pour danser le tango et, si j’en crois les spécialistes, tout le monde savait qu’Harvey était une sorte de DSK du cinéma. Si tu fais carrière avec tes nichons, t’étonne pas qu’on ait envie de les malaxer. C’est pour ça que j’ai écrit starlette. Parce qu’on n’est pas dans le paradoxe sur le comédien, on est dans la digue du cul.

Désormais, les professionnels réagissent comme le grand public : un bon acteur (une bonne actrice), c’est celui ou celle qui montre ce qu’il ou elle est. Alors même que c’est exactement le contraire : un bon acteur est celui qui joue ce qu’il n’est pas. A cet égard, j’irai certainement voir Omar Sy dans Knock. Faut être gonflé pour succéder à Jouvet ! Même s’il se plante, le défi mérite notre admiration, encore qu’un médecin noir aujourd’hui est accepté. Il y aura au moins de quoi réfléchir. A condition que le texte soit le même.

Quand tu refuses le paradoxe du comédien, tu admets implicitement que celle qui joue une salope EST une salope, y compris dans la vie. Hop ! Au lit !! Tout le monde oublie que « jouer », c’est un travail, qui passe par des écoles, par un apprentissage. A l’occasion de la mort de Rochefort, on a fait semblant de découvrir que nos meilleurs acteurs étaient passés par le Conservatoire. On a fait semblant de découvrir que, sauf pour jouer un chauffeur de taxi débile, il était nécessaire d’apprendre et de travailler. Même Depardieu qui n’a pas été l’élève du Conservatoire mais qui a appris sont métier avec Jean-Laurent Cochet. Faut bien ça pour qu’un quintal puisse murmurer « un point rose sur l’i du verbe aimer » en te donnant envie de pleurer.

Un terme de théâtre parle de contre-emploi qui est en fait la seule définition possible du métier de comédien. Quand tu es un con, jouer un con est facile. On le voit tous les jours. Mais, mééééh le public. Le public étant une agrégation de cons n’ira pas voir un Depardieu vieillissant jouer Rodrigue. Ouah, c’est pas de son âge. Moi, ce qui m’intéresse, c’est ça…Comment  l’acteur va me faire oublier qu’il n’a pas, dans la vraie vie, l’âge, ou la sveltesse, ou l ‘énergie du personnage. Mais comment je ne vais pas m’en apercevoir sur la scène ou à l’écran. Comment il joue, en fait. Comment il fait son boulot.

Mais voilà, je sais que c’est un boulot, que le texte est le même depuis trois siècles et qu’on ne cause plus comme ça. J’attends pas la fin, je sais comment ça finit. Je sais que Rodrigue est là car il a filé une raclée aux Musulmans. Islamophobe, va !!!

A force de filer à son public un brouet nauséabond, le Harvey, il a fini par y croire….Il a mélangé le vrai et le vraisemblable. C’est ça qui est un délit, pas de sortir sa queue. Il a contribué à détruire l’un des plus beaux métiers du monde. Avec plein de complices, dont les directeurs de casting. (profession qui n’existait pas au temps de Renoir ou Murnau). Quand tu es face à un texte, ce qui compte ce n’est pas qui représente ce texte, mais qui peut le dire. Même sans parler. Un mouvement de sourcils suffit parfois.

Faut dire que le texte, à Hollywood….

On en reparlera

Ps 1 : qui peut croire  qu'on passe une audition dans une chambre d'hôtel ? Tu vois Barrault ou Vilar faire ça ? Sans parler de Stanislavski. La nana qui va dans une chambre chercher du boulot, elle est certaine de trouver un boulot en rapport avec le lieu. Mais quelle nous la joue pas tapine-la-vertu



vendredi 13 octobre 2017

PIZZA A L'HEURE DE LA SIESTE

Je parlais un jour avec Lao Pierre de l’obsession chinoise pour la bouffe. Il m’a alors expliqué que c’était un tropisme de peuple pauvre. Les Chinois ne mangent pas tout le temps. Ils mangent quand ils ont à manger. Parce qu’on sait ce qu’on a et jamais ce qu’on aura.. Pierre m’avait dit, à peu près : « Regarde le juge Ti, il ne mange pas tout le temps. Il mange aux heures des repas, avec ses femmes, dans son yamen. »

Et on avait continué à gloser sur le sujet. Et sur les raviolis de chair humaine de la littérature classique.

J’y ai repensé voici quelques jours. En milieu d’après-midi, sur un trottoir métropolitain, une bande de zivas partageait des pizzas. Je me suis demandé s’ils avaient faim ou s’ils profitaient d’un « effet d’aubaine ». Comme les Chinois, on mange parce qu’il y a à manger.

Le riche ne fonctionne pas comme ça. Il planifie ses repas parce qu’il peut le faire : la table sera mise. C’est un marqueur de l’aisance, pour les peuples comme pour les familles. On n’a que l’heure à  décider, l’abondance est assurée. En fait, le riche, le vrai, c’est celui qui mange à  heures fixes. On devrait y penser plus souvent.

Il est vrai que la paupérisation de certaines couches sociales s’est accompagnée de cette conquête magnifique : la liberté de manger sans contraintes. Bien entendu, la bouffe disponible à toute heure est la plus facilement disponible, la moins chère. La pas bonne, en fait, celle qui rend obèse. Mais les conditions d’absorption sont elles innocentes ? Ne faudrait il pas des horaires, des règles, des heures d’attente ? Malheureusement les spécialistes de la molécule sont aux abonnés absents.

Bon, je vais pas vous la faire « perte du lien familial » voire du lien social. Parce que ce serait pas vrai. Les mômes, ils fabriquent du lien, sans voir que ça les coupe des liens utiles.. Parce que si tu as faim au moment de l’entretien d’embauche….. Y’en a d’autres, remarque.. Je me souviens d’un jeune homme de nationalité française et d’origine indéterminée qui a failli me casser la gueule parce que je lui expliquais que malgré son beau diplôme de libraire, l’accent qu’il se trainait lui interdisait de facto tout accès à cette noble profession.. Clairement, je ne voulais pas qu’il parle à mes clients avec l’accent qui ravissait ses copains. « Mais je parle français » qu’il me disait. Ben non. Quand tu ne maitrises pas la musique d’une langue, tu ne la parles pas. C’est un code commun qui doit fonctionner partout. Sauf que « partout », pour lui, ça voulait surtout dire dans son quartier. C’est là que tu vois que c’est mort. Quand les mômes n’imaginent pas autre chose que leur univers. « Vous voulez que je parle comme à la télé ? »..Non, je veux mieux, plus de vocabulaire, plus de nuances, plus d’états de langue.. La télé, c’est une langue de pauvres. Là, j’étais classé « méprisant ». Fin de partie.

Les marqueurs sociaux, c’est ça. Pas la peine de faire des statistiques à la con ou des tests grammaticaux. La gamine, elle bosse, elle réussira son test. Mais tu lui confieras pas ton standard téléphonique, tous tes clients penseront que tu sous traites à une plate-forme d’appels en Tunisie. Les profs, je les entends d’ici. Je suis vieux, ringard et dépassé, on parle plus avec l’accent de Ronsard. Si. Dans plein de milieux. En général, ceux qui embauchent. Mais quand tu as toute une classe comme ça ? He bé, tu prends les meilleurs. Les autres, c’est mort. Fini. Foutu. Tu n’y es pour rien, prof perdu dans un océan d’hypocrisie. Demande à tous les journalistes vertueux et indignés s’ils prendraient tes mômes et leur accent au standard de leur canard. S’ils accepteraient que le français approximatif soit bouffé par une portion de pizza à quatre heures de l’après-midi. Que les avocats de la multiculturalité leur donnent donc des jobs à ces gosses. Pas possible. Ils ont pas le niveau.

C’est ce que je dis.


On en reparlera…

samedi 7 octobre 2017

L'ETAT EST VISÉ

Externaliser. Ça fait quelques années que c’est le credo des super gestionnaires. Externaliser, ça veut dire sous-traiter en novlangue. Mais sans le « sous » qui dévalorise.

Externaliser, c’est filer à quelqu’un d’autre, moyennant finances, un boulot qu’on peut faire soi même. En fait, c’est pas seulement une question d’argent. Ça alourdit la structure, ça oblige à travailler sur des sujets secondaires. Et donc, on en vient à des quêtions aberrantes, du style : ne peut on externaliser la sécurité de l’armée ? Rien que pour poser la question, faut être d’une connerie rare. On imagine de faire assurer la sécurité de pros formés à ça par des amateurs plus ou moins doués, mais surtout moins bien formés. On peut aussi choisir les pilotes de Formule 1 chez les chauffeurs d’Uber.

En fait, ce qui est inquiétant, c’est de filer à des amateurs, les missions régaliennes qui ne devraient en aucun cas être objets de lucre. Tiens, un exemple. Depuis un moment (j’ai pas trouvé quand, ce serait éclairant), depuis un moment donc, le Ministère de Affaires Etrangères a externalisé l’instruction des dossiers de visas. Tu vas me dire, ça existait déjà, des officines où des mecs à la coule aidaient les impétrants à mettre la bonne lettre dans la bonne case. Là, ça change de dimension. L’organisme choisi est une compagnie de droit émirati, basée à Dubai et dirigée par un Indien qui a du étudier à Oxford. Notons que la société en question, VFS Global, est une société européenne : c’est la filiale à 100% du tour-opérateur suisse Kuoni. Sur son site, elle annonce fièrement avoir aidé à l’acquisition de 155 millions de visas. Il est vrai qu’elle traite aussi les demandes britanniques et américaines.

J’imagine que le mignon PDG, si tu l’interroges sur la sécurité, te sortira de beaux PowerPoint pur t’expliquer comment tout est sous contrôle. Bon, dans le détail, il sait pas trop si le cousin de son responsable au Caire est pas un peu lié aux Frères Musulmans ou si le beau-frère du tamponneur de dossiers à l’ambassade de Pétaouchnok n’est pas un peu étranglé par un crédit et que donc… C’est que dalle 155 millions de visas, juste un paquet de Big Datas, dont tout un chacun sait que c’est maîtrisable et maîtrisé. OK, on peut pas nier que sur le tas, y’aura peut être un malintentionné qui pourra se glisser. Statistiquement, c’est peanuts. Statistiquement, ça ne change rien jusqu’au jour où le malintentionné fera péter un engin artisanal ou aidera au développement d’une filière. Moi, je me sentirai mieux protégé si l’instruction des dossiers était confiée aux services en charge de ma protection. Hé ! c’est cher ! Moins que ma vie.

Accessoirement, je remarque qu’on offre un rôle de premier plan dans le tourisme à un voyagiste suisse qui sait qui veut aller où et peut donc analyser mieux que quiconque les flux. Par rapport aux petits bras français, y’a comme une distorsion de concurrence.

Et donc, je pose la question : est il bien raisonnable d’affirmer que tout est fait pour nous protéger des flux quand on confie à un mercenaire les clés de la porte ? Bien sûr, on allège le travail des personnels en poste, bien sûr on évite d’avoir à alourdir la masse salariale d’un Ministère. Mais gérer les entrées dans le pays, est ce un coût mesurable ? Et doit on le mesurer exclusivement en termes monétaires ?

C’est que tout est défait. Schengen permet de contourner tous les systèmes nationaux, lesquels ont par ailleurs été mis à l‘encan. Toute garantie qui nous sera donnée ne sera que bouillie de mots face au tissu troué du réel. Ce que je ne comprends pas, c’est que les spécialistes ne disent rien.

Les journalistes ? Soit ils ne savent pas et n’ont pas compris le système et ses failles, soit…. Restons polis.

En tous cas, inutile de commander un voyage à Kuoni. Leur avenir est assuré.


On en reparlera…

jeudi 5 octobre 2017

LES DONNEES PAS DONNEES

Il s’appelle Harari et il est historien. Il a fait un carton avec son livre Sapiens, une brève histoire de l‘humanité. Ecrire une histoire pour un historien, ça semble normal. Il a décidé de la faire commencer quand nous sommes apparus, nous Homo Sapiens. C’est gonflé vu que nous ne sommes qu’un produit. C’est comme dire que l’Europe commence avec la féodalité. Bon, ça a plu. Les lecteurs aiment bien qu’il y ait un point de départ identifiable.

Et donc, Harari va plus loin. L’historien se transforme en voyante pour nous dévoiler notre futur. Et il en oublie l’Histoire. Il regarde, soigneusement je présume, et les graines qu’il voit dans notre société, c’est le monde des Big Datas et des algorithmes. L’historien se précipite dans la doxa et oublie sa discipline. Les Big Datas sont une construction non intellectuelle, l’idée selon laquelle le savoir passe par l ‘accumulation des données. On entasse, on entasse, puis on cherche à analyser. Comment ? Aujourd’hui, c’est encore par la quantification des occurrences. Et pour ça, faut des algorithmes. D’où l’idée, un peu benête que les futurs maitres du monde seront les constructeurs d’algorithmes et leurs employeurs.

J’ai envie de dire à Noé Harari : c’est comme ça que marche l’Histoire ? Il faut beaucoup de données pour l’écrire ? C’est vrai que Duby a expliqué un jour la chance des médiévistes qui pouvaient bâtir une carrière sur un seul document. Mais l’accumulation a t’elle une valeur épistémologique ? Et surtout, les historiens utilisent ils les données sans une critique préalable ? Accumuler des données non pertinentes, est ce chercher du sens ?

Obsédé par sa logique quantitative, le capitalisme ne sait pas en sortir et croit, dur comme fer, qu’il faut accumuler quelque chose (en l’occurrence des données dont personne ne sait exactement ce que c’est) pour progresser. Et donc, on accumule, on construit d’immenses bunkers aux noms poétiques (informatique en nuage), sans voir que l’accumulation est sans fin et rendra l’analyse impossible, même avec des algorithmes. C’est une course sans espoir où les plus gros, conduits à des investissements de plus en plus lourds et de moins en moins pertinents, se casseront les dents.

Prenons un exemple simple. Voici quelques années un spécialiste du tourisme, statisticien de haut vol (vraiment) m’affirme avoir travaillé une pleine semaine pour identifier les destinations qui marcheront dans les vingt ans qui viennent. Et donc, en dix minutes sur un coin de table, j’ai fait ma propre liste basée sur mon expérience, ce qui se vend depuis vingt ans. Toutes choses égales par ailleurs, on avait les mêmes noms. Ceci n’a aucun intérêt. J’ai donc cherché un fil conducteur et j’ai remarqué que beaucoup de ces lieux étaient des paysages du grès. De l’ouest américain au Hoggar, en passant par le Rajasthan ou la Haute-Egypte, le grès escorte les touristes. Il est suivi de près par les roches métamorphiques (la Corse, par exemple) et mon classement mettait en dernière place les paysages du secondaire rabotés par les glaciers. Ça vaut ce que ça vaut, mais ça marche et c’est plus rigolo à faire que se palucher des tableaux Excel.

A partir de là, on peut se demander pourquoi d’autres formations géologiques ont un succès différent, identifier les oiseaux comme élément déterminant dans le succès des marécages, ou les parois calcaires dans le tourisme d’aventure. Bref, construire une sémiotique qui dira que l’amateur de grès rose d’Alsace sera content de le retrouver en Navarre, par exemple. Mais c’est plus compliqué à faire que de compter les vues obtenues par une page pour la catégorie des mâles de plus de cinquante ans.

Harari embauche les neurosciences dans son analyse. Et il est exact que le peu qu’on sait du fonctionnement cérébral laisse à penser que la masse de données va être énorme. Sauf que…Lorsqu’un grand savant comme Changeux travaille sur le cerveau, il commence par cibler les gens qui utilisent leur cerveau. Pas les informaticiens, ni les financiers. Les peintres, les écrivains, ceux qui créent, ceux qui n’ont que faire d’un algorithme. Et il obtient des résultats intéressants, voir Raison et Plaisir.

Mais c’est vrai que Changeux est chiant. Il donne une importance forte à la mémoire et à l’expérience. C’est la prime aux vieux et ça, ça ne marche qu’en Asie. Ce qui serait une bonne raison d’accorder encore plus de place à sa réflexion vu les résultats obtenus par les sociétés et les pays d’Asie. Mais c’est vrai aussi que les Big Datas, c’est nouveau, c’est moderne, c’est valorisant, ça n’a que faire de l’expérience dont le seul rôle pourrait être de nier leur pertinence qui rend pertinents les salaires qui vont avec.

Harari nous dit que le monde va se complexifier en simplifiant et automatisant la pensée. Lui, l’historien, ne voit pas que l’automatisation, c’est la négation de la pensée tout autant que la simplification. Que de ces processus, il ne peut advenir que des dépenses sans fond et un gain insignifiant. Et qu’il s’agit d’un sujet littéraire : on pouvait penser que le capitalisme scierait la branche qui le supporte alors qu’il bâtit le mur sur lequel il va se fracasser. C’est à une analyse métaphorique qu’il faut se livrer.

Mais, dans tous les cas, ça va faire mal.

On en reparlera…


lundi 2 octobre 2017

ANDALOUSIE ET RESTE DU MONDE

J’ai longtemps eu un gout profond pour le flamenco ce qui m’a entraîné à fréquenter des gens fréquentables et des lieux qui l’étaient moins, avec ceci d’amusant que les premiers hantaient les seconds.

Et puis, la vie se déroule, on quitte les territoires où s’épanouit le chant profond (d’où on déduit assez vte qu’il y a des terres flamencas et d’autres pas), le tout avec quelques regrets et des sursauts comparables à ceux d’un mourant. Au point de se trouver un ami d’enfance rencontré à cinquante ans à l’ombre de la gare de l’Est et de décider, entre deux finos de le choisir comme professeur de flamenco. Jusqu’u jour où l’on entend cette phrase profonde : « Ramon, dans le flamenco, c’est la femme qui séduit l’homme. L’homme n’a rien à faire et c’est là que tu es très bon » On est restés longtemps en bons termes, à partager quelques douceurs à base de cochon et de jus de la vigne que je rapportais du sud. On partageait le même goût pour les vins de barbadillo, mais pour un natif de Sanlucar de Barrameda, c’est normal.

Et donc, quand on m’a proposé de renouer les fils de mon passé en allant voir un spectacle contemporain, j‘ai acquiescé des deux pieds malgré quelques réticences. Je savais que je serai loin des tablao que j’aimais, pas trop grands, bien sombres, bien enfumés où flottent les subtiles odeurs mêlées de la sueur, du tabac des puros, du patchouli indispensable aux danses de séduction, de la gomina qui tient le cheveu mâle en ordre parfait, de la manzanilla qui s’évapore et du cajarillo qui refroidit sur un coin de table. Ça, je le savais. Mais je ne savais pas tout.

Le flamenco a été vérolé par le syndrome Jack Lang. C’est une maladie ancienne mais amenée à son pinacle par l‘individu sus-nommé lequel, ne pouvant décréter l’égalité entre les hommes a décidé de décréter l’égalité entre les actes culturels. En vertu de quoi, un tag sur un train de banlieue vaut le plafond de la Sixtine. Et un frappeur de djembé rejoint Haydn au paradis des musiciens. Manière de valoriser les amateurs tellement plus nombreux que les autres. Quand tu cherches l’élection, tout est bon à prendre.

La manière la plus simple de procéder est de débarbouiller l’impétrant de ses codes anciens pour le déguiser avec des codes plus larges. En plus clair, de faire disparaître les vieux stéréotypes et de les remplacer par des nouveaux. Les vieux stéréotypes correspondent souvent à un savoir daté et localisé, les nouveaux n’expriment qu’un état du savoir, actuel, c’est à dire mondialisé. Dans le cas qui nous occupe, on dégage les jupes à volants, les bustiers serrés et parfois trop serrés, les chignons bien huilés et les fleurs à l’oreille, même celles en plastique. Tout ceci qui sentait l’Andalousie de Bizet et Pierre Louys disparaît.
En lieu et place, une femme en justaucorps noir sur une scène mal éclairée, le noir étant, pour tous les imbéciles, le parangon du « chic ». Ce qui permet aux journalistes culturels de s’épancher sur le « dépouillement d’un flamenco revisité ». Le justaucorps, c’est moderne, ça a remplacé le tutu avec Béjart et Prelocaj, ça peut bien remplacer la robe à volants qui sent furieusement le Rocio. Ben non, le mouvement n’est pas le même. On perd le coup de reins qui envoyait la robe en girandole autour des hanches, les mains ont du mal à se placer et ne viennent plus attraper l’ourlet pour dévoiler la cheville, le tissus ne vient plus accentuer la position de la cuisse, les détails sont innombrables qui font qu’une femme en robe n’est pas une femme en justaucorps. Et, par voie de conséquence, que la monstration du corps qui est l’essence de la danse ne sera pas identique.

S’étant débarrassé de tous ces détails, il ne reste plus à la danseuse que le rythme de ses pieds et le claquement de ses talons. D’emblée, j’ai eu le souvenir de Natcho Duarte traversant de la sorte une scène madrilène voici vingt ou trente ans. J’avais songé à un numéro de claquettes sans Oncle Tom. La taconeada, c’est bien pour rythmer une danse, pas pour la remplacer. Je n’ai pas eu longtemps à attendre, l’Oncle Tom s’est invité sous forme d’un saxophone qui ne devait rien à Coltrane, ni au Byrd.

J’ai appris ensuite, de quelques copains plus modernes que moi, que j’avais une conception paléolithique du flamenco et que j’avais assisté à l’emblématique spectacle d’une reine du « nouveau flamenco » à laquelle nous devions aussi les textes pseudo-poétiques qui emballaient la chose. J’en veux à l’organisateur de ne pas avoir précisé l’adjectif, le vieux misonéiste que je suis se serait méfié. Je suis allé voir Wikipedia qui fait remonter le nouveau flamenco à Paco de Lucia. J’ai ainsi appris que le nouveau flamenco était « une musique universelle et fédératrice et non plus uniquement réservé à un public initié ». Et puis le nouveau flamenco « s’est définitivement séparé du flamenco virtuose. Ça, je m’en étais un peu aperçu.

Et donc le nouveau flamenco, c’est à la portée de tout un chacun, même des bergers peuls puisqu’on peut y adjoindre de la kora. Le must restant l’approche originale que nous devons (devons ?) à l’apport du hip hop. Bref, le nouveau flamenco est aussi espagnol que l’auberge, on peut y coller de tout dès lors que ça élargit le marché et balance dans un cul de basse-fosse cette horreur des temps nouveaux : l’initié. Moi, je me sens pas initié. Y’a des trucs que je sais, d’autres qui restent à apprendre. Il me faudra encore du temps mais pour ça, j’ai mes copains, surtout gitans. Eux, ils sont comme moi. Pas toujours fringués tip-top, parfois embrumés de vins du Calife, le geste tranquille de Curro Romero templant un toro de Domecq. Pas présentables pour tout dire. Voleurs de poules. Ceux qui disent ça sont les salopiots « tendance » qui n’ont aucune poule à voler, mais pour se rassurer, ils ont volé le flamenco à mes copains, au cas où….Par anticipation.

Alors, entre non-initiés, on commentera jusqu’au bout de la nuit, telle figure de La Truca, en laissant l’oncle Cayetano grommeler que, de son temps....Je me sentirai moderne, alors. Pas nouveau, faut pas exagérer…Seulement moderne. C’est bien assez d’être du siècle de Jack Lang, on peut pas rêver d’être post-langien. Objectif impossible.

On en reparlera….










vendredi 29 septembre 2017

L'ESCROC DU JOUR : L'INAO

C'est presque trop beau pour être vrai. Voilà un moment que je voulais vous parler de cette aberration intellectuelle : l'IGP sur les canards gras du Sud-Ouest.

Regardons de près la fiche technique, en commençant par la définition. « Les produits  du canard à foie gras du Sud-ouest sont issus d’un canard de Barbarie mâle. »

He bé ! ça commence bien. Le canard de Barbarie, malgré son nom, est un canard américain portant le nom scientifique de Cairina moschata. Au passage, le figuier de Barbarie est aussi américain puisqu’il désigne l’oponce. Les Européens ont su très tôt que les Américains étaient barbares.

Le canard de Barbarie, par définition, on n’a pu l’avoir qu’après la découverte de l’Amérique. Ça relativise la tradition. Tradition qui s’appuie, selon l’INAO, et dès le Moyen Age, sur la taille des exploitations trop petites pour produire autre chose que de la volaille. Y’avait aussi du cochon mais doit on en tenir compte ? Et les bouseux du Sud-Ouest ne connaissaient que le confit pour préserver la viande. Il me semblait que le Sud-Ouest avait une assez belle tradition saunière et que nos ancêtre fumaient avec quelque succès. D’ailleurs, les jambons (salés) relèvent aussi de l’INAO. Sûrement pas du même département.

Le descabello arrive avec Parmentier qui aurait affirmé que le succès du canard venait du maïs (le blé d’Inde provenant du Mexique). La tradition est donc issue du couplage entre deux produits introduits tardivement. Ça,  c’est la vision de l’INAO. Avec la question qui tue : est ce parce qu’on l’a qu’on l’utilise ? Un élément de réponse : prenez une presse à canard ancienne, du type de celles qu’on utilise pour le canard au sang. Là, on est au XIXème siècle. Essayez de faire entrer un canard américain dedans, c’est impossible. Le cairina, il est obèse comme un adolescent gonflé au MacDonald. Comme j’imagine que les fabricants d’ustensiles de cuisine étaient pas idiots, j’en déduis qu’aux temps bénis d’Escoffier et d’Alexandre Dumas, la canard de Barbarie n’était pas utilisé en cuisine. La tradition se dégonfle. Mais alors, Parmentier ? Le maïs était là. Très tôt. La prise de Mexico, c’est 1519 et dès 1523, le blé d’Inde pose un problème évoqué dans les archives de Bayonne. On peut donc supposer qu’il servait à  engraisser d’autres espèces de canards. Mais sur quelle aire géographique ?

Alors, là, c’est rigolo. D’abord parce que ça commence par des régions qui ne sont pas dans l’intitulé de l‘IGP : Aquitaine, Midi-Pyrénées, Limousin. Et c’est vrai que le Sud-Ouest sans l’Aquitaine, ça fait désordre !! Pour faire bonne mesure on ajoute la Corrèze et plutôt deux fois qu’une, un coup tout le département avec le Limousin, un coup une poignée de cantons avec le Périgord. C’est un mélange à mourir de rire : il y a des départements (le Gers ou les Landes), des régions historiques (Quercy), un grand ensemble (la Gascogne), un peu comme si on ne savait pas où on était. Parce que la Chalosse, c’est en Gascogne, mais aussi dans les Landes. C’est ceinture et bretelles, leur truc. On a le sentiment d’un ensemble bricolé à la demande, style "j'ai quelques clients, là, ajoute moi le canton."

Je résume : le canard gras du Sud-Ouest, c’est un canard américain gavé sur un bon quart de la France.

Dans quel but ? Je livre une phrase d’anthologie tirée du dossier : « L’objectif qualitatif est d’avoir un foie autour de 550 g. » Plus clairement, l’objectif qualitatif est d’atteindre une quantité.

C’est que la tradition bouge. Entre la première IGP et aujourd’hui : « La durée de gavage est diminuée de 12 à 10 jours minimum. Les diverses améliorations scientifiques et techniques en sélection, élevage et gavage le permettent sans remettre en cause le poids du foie. » Priez, braves gens ! On enlève 20% de gavage sans rien changer. Même pas le régime alimentaire ?

Parce que le régime alimentaire, il vaut le coup. Au départ et selon Parmentier, c’est le maïs qui fait le canard. Pas dans le cahier des charges : « L’alimentation des canards en élevage est composée d’au moins 50% de graines de céréales et de graines de légumineuses ». Et ce jusqu’à 42 jours. Ensuite on passe à 70% de graines de céréales avec un minium de 15% de maïs et un maximum de 40% de blé. 15%, c’est pas trop, faut dire. Parmentier, il a pas du tout suivre parce qu’à 15%, l’impact du maïs sur le foie du palmipède, il est pas évident. Pourtant, il grossit. Les magrets atteignent 300g chacun (au minimum) Avec les 550 g du foie,voilà un bestiau qui va flirter avec les 4 kilos, voire plus. Belle bête…

Affinons le résumé : un canard gras du Sud-Ouest, c’est un canard américain qui a laissé le maïs en cours de route.

Avec seulement le choix de l’espèce, cette IGP était une escroquerie. Faire remonter au Moyen Age une tradition et l’appuyer sur une volaille qui ne pouvait pas être connue avant le 16ème siècle, faut avoir peur de rien. Mais allons plus loin. L’insistance mise sur la maïs pose question d’autant que les plus puissants acteurs de la filière sont des producteurs de maïs : Lur Berri possède Labeyrie et Maïsadour Delpeyrat et Comtesse du Barry. Bel exemple d’intégration. Bel exemple surtout de valeur ajoutée : quand il a transité dans le canard, le maïs il a pris de la marge. Ceci étant, point trop n’en faut et d’autres céréales ou légumineuses peuvent aussi apporter de la marge.

Le Cairina, on en a déjà parlé. Il a deux qualités : il grossit vite et plus que le canard européen et il est assez costaud pour supporter le gavage mécanique. Ce qui permet d’avoir des exploitations industrielles avec des bandes de 2 à 3000 canards. Et donc d’avoir un autre avantage: quand un virus se colle sur un saturnin, les copains ne tardent pas à l’héberger aussi. Bon l’IGP limite et encadre les traitements ce qui conduit immanquablement à une canardière shoah. En fait, sont trop nombreux pour être soignés, les volatiles. C’est Sud-Ouest qui le dit en annonçant les millions de morts. C’est là que tu prends conscience de l’escroquerie.. La « filière », c’est des millions de volatiles. La qualité, elle se mesure en centaines de tonnes.

Et donc, l’INAO est un groupement d’escrocs. Parce que l’intitulé exact, c‘est Institut National de l’Origine et de la Qualité. Or la qualité a un antonyme qui est la quantité. Personne ne peut produire beaucoup et bien, sauf à « approximer » comme disent les producteurs. Pour faire beaucoup, il faut faire à peu près. Ce à quoi s’échinent les escrocs de l’INAO dont le job est de fournir en arguments et procédures les industriels de diverses filières. On en a déjà parlé à propos du Jambon de Bayonne. Mais on aurait pu aussi bien regarder le piment d’Espelette dont les jocrisses de l’INAO affirment qu’il est arrivé en Labourd au XVIème siècle. En Labourd !!! Alors que dès le XIIIème siècle, les barons d’Espelette sont ricombres…de Navarre et siègent au Conseil du Roi…de Navarre. Mais, on vous l’a dit, l’INAO est le domicile de l’à peu près et de l’approximation.

Moi, je rêve d’un institut d’ayatollahs chargés de protéger les consommateurs des dérives des industriels. Par exemple, en rendant obligatoire le gavage manuel. Ho ! c’est pas possible. Ben si, traditionnellement, c’est ça, la production de canards gras. Et c’est possible. C’est comme ça que ça marchait quand j’étais petit. Quand le kilo de foie gras coûtait 20% du SMIC. Avant Lur Berri et Maïsadour.

Qui ont tiré les prix vers le bas en même temps que la qualité. Mais, ça ne se vendrait plus !!! Si. Ça se vendrait moins en quantité mais plus cher. Comme le caviar. Et la marge, elle resterait dans les exploitations.  A mon idée, le boulot de l’INAO, ça devrait être un truc comme ça. Facile : si une demande arrive d’un des poids lourds de la filière, refusé. Refusé d’autant plus que les produits se trouvent dans les rayons de la Grande Distribution.

Bon, en attendant, j’ai trouvé un second producteur de kriaxera, à Arraute-Charitte. Minaberrigray, il s’appelle. Ferme Hameka. Génial ! Il a un site ? Non, il est normal. Mais alors ? Pour acheter ? He bé, à Bidache, tu prends la route de Saint-Palais, tu trouveras. Les produits d’exception, ça se mérite.

On en reparlera…




mardi 26 septembre 2017

ACCRO

Sérieusement, les addictologues, je les connais bien vu que je les fréquente depuis très (très très) longtemps. J’ai eu et j’ai encore du mal avec eux. D’abord à cause du nom : un addictologue, c’est quelqu’un qui soigne les addictions considérées comme des maladies. Dans la panoplie, y’a guère que les cancérologues qui sont traitées comme ça, avec l’étiquette de la maladie plutôt que la mention de l’organe. Ça les isole, je trouve.

Après faut supporter leur discours. Les addictologues sont les derniers curés à l’ancienne.

« Il va vous falloir du courage..beaucoup de volonté…de la persévérance »

Ho, docteur, vous oubliez la foi, l’espérance et la charité….entre autres. Je viens pas rejouer au boy-scout. Je viens voir un médecin pro pour avoir une solution, plutôt médicamenteuse….Parce que si j’avais tout ça, la volonté, le courage et le cul de la crémière, je serais pas en face de vous. Si je suis chez un addictologue, c’est que je n’ai aucune qualité morale. La seule désintox que je connaisse, c’est Mezz Mezzrow dans son autobiographie. Il en chie pendant trente pages au moins, et j’ai pas envie d’en chier. La souffrance, comme rédemption, mon cul ! La volonté comme mode thérapeutique, mon cul again !

Si je suis chez un addictologue, c’est que depuis des années je cherche le plaisir dans ce qu’il a de meilleur : l’excès. Je suis accro à l’excès. J’ai eu plein d’addictions, à l’exception de le drogue, douce ou dure : le tabac, l’alcool, le sexe, le travail, la bouffe. Avec toujours, le même fonctionnement. C’est bon, j’en veux encore. Et encore plus. Pas la peine de me faire la liste des ennuis qui m’attendent. Je les connais. Mais je connais aussi le plaisir que j’en tire.

Crois moi, cher addictologue, je n’ai jamais été accro au déplaisir, même si je peux le comprendre. Je n’ai surtout jamais été accro à la fadeur : l’eau, c’est pas mon truc. Dans la définition, il y a « sans saveur ». Sans saveur, c’est sans moi. Sérieusement, faut être décérébré pour aimer un truc « sans saveur ». Alors, mon médecin me dit : « Oui, mais tu vas le payer ». Le payer !!! C’est un truc de curé. Tu vas payer ton plaisir.

Et donc, je finis par me demander si nous ne sommes pas dans une morale triomphaliste et hypocrite. Le reproche, c’est d’aimer ce qui est bon car, en creux, on veut suggérer que ce qui est bon est dangereux et excessivement dangereux dans l’excès. L’accro (je ne trouve pas de meilleure traduction pour « addict ») aime ce qui lui fait du bien et, non content de se lover dans une boule de plaisir égoïste, il veut y passer plus de temps. Monsieur le curé, il a rien contre une branlette occasionnelle, c’est dix Pater et dix Ave. Mais la régularité détruit le barème.Et puis, la recherche du plaisir, ne serait-ce pas du temps volé au travail, aux devoirs, aux obligatoires occupations qui construisent le bon citoyen, bon père, bon époux, bon salarié, bon voisin. Bon con, pour résumer.

L’addictologue, souvent il est psy (enfin 100% de ceux que je connais, le sont). A priori, son boulot, c’est de soigner la tête pour que son patient soit bien. Il ne lui vient pas à  l’idée que son patient peut être bien avec son addiction. C’est mon cas. Sauf que la pression sociale devient trop forte. L’espace public se rétrécit : j’ai la nostalgie des compartiments fumeurs des TGV qui étaient si sympas et des bistros du coin où il y avait toujours une jolie fumeuse à brancher. Le prix du paquet m’a ramené à mes amours adolescentes de contrebandier. Mes enfants m’assènent des slogans improbables et méchants certainement serinés par leurs sèches institutrices. Les nanas me veulent une haleine d’épicea caressé par un printanier zéphyr. Voilà, c’est naze, je suis chez l’addictologue. Et là, je prends conscience. Ce n’est pas mon désir, c’est le désir de la doxa.

Au début, il ruse. La doxa ne peut pas être tout à fait mauvaise. Si. Totalement. Relire Mythologies. La doxa n’est pas seulement une idéologie, c’est la pire : l’idéologie petite bourgeoise. Il tempère. Je l’imagine bien : « Alors, Monsieur Rimbaud, toujours avec votre obsession d’Ethiopie ? Mais vous savez il y a de beaux voyages plus près : les boucles de la Semois, par exemple » Ou bien « Mais Monsieur Picasso, il y a d’autres moyens de s’exprimer que de démolir le visage de vos contemporains. » C’est juste des exemples. Parlants. Pas des comparaisons.

En fait, il veut me ramener dans le jardin communautaire. Et c’est moi qui l’ai sollicité. Après tant d’années, la doxa m’a rattrapé. La doxa et la trouille. Mais au fond de moi, j’attendais un encouragement à vivre comme j’aime. Pas un encouragement à rejoindre le troupeau.

Ça me donne une leçon. Le problème de l’addiction, finalement, c’est que c’est un mauvais exemple donné aux autres. Tout le reste est habillage….


On en reparlera…..

lundi 25 septembre 2017

FORCE DE VENTE

Jadis, le prêt à porter n’existait pas. Ha bon ? Comment on s’habillait ?

Ben, déjà, on planifiait. L’achat d’impulsion, t’oublies. Tu voulais pas un pantalon, t’avais besoin d’un pantalon. C’est pas pareil. T’allais chez ton tailleur ou ton couturier, celui qui avait une fiche à ton nom avec toutes tes mensurations. Toutes.

Avant t’étais passé chez André Charpentier, tissus et tapis , pour choisir le tissu. Y’avait pas vingt modèles. Tu choisissais et basta ! Le père Charpentier, à intervalles réguliers il soumettait ses vendeuses à la question. Sur une grande table de drapier recouverte d’un drap, il mettait des échantillons de tissu (sous le drap, ça va de soi). Les vendeuses, elles allaient tâter l’échantillon à l’aveugle et elles annonçaient : « Ça, c’est un taffetas, ça c’est un tweed…. » et le père Charpentier complétait : « Oui, c’est un tweed, mais touche le bien. C’est un tweed de l’île d’Harris. Là bas, les moutons, ils ont la laine plus épaisse, ça se sent ». Monsieur Charpentier ne cotisait à aucun organisme de formation. Il formait et ça rigolait pas. Yvette, la vendeuse-chef, toujours première de la classe y veillait.

Alors, aujourd’hui, quand je rentre dans un magasin et que je demande des précisions sur le tissu, si la gisquette, elle va lire l’étiquette, elle prend son paquet. Parce que moi aussi je peux lire une étiquette. Mais je ne peux pas admettre que ce qui était possible, il y a quarante ans, soit devenu impossible. D’une vendeuse de fringues, je suis en droit d’attendre qu’elle ait quelques notions sur les tissus.

He bé, non ! Les commises (c’est comme ça qu’on disait) sont devenues vendeuses, puis conseilleres spécialisées et à chaque progression sémantique s’est surajouté une régression professionnelle. C’est qu’elles ont fait « force de vente ». Force de vente est une honte et tous ceux qui se sont impliqués dans cette filière devraient être virés de l’Education nationale. Force de vente suppose que toutes les ventes sont équivalentes et que vendre des chaussettes, c’est comme vendre des assurances ou des capotes anglaises. Chez Force de vente, on apprend la vente. De quoi ? De tout. Et donc, par définition, on fait l’impasse sur le produit.

Personne n’imagine que savoir tout vendre, c’et ne savoir rien vendre. Ce sera au chef des ventes de développer (ou pas) cet aspect des choses. C’est bien, ça fait des vendeurs dociles. Comme le jeune coq à qui je demandais des infos sur une voiture (je veux dire, le moteur, son couple, ces choses là) et qui m’a causé bluetooth et GPS. J’ai été obligé de le recadrer, surtout à propos du GPS, quand il a été incapable de me parler des satellites concernés (normal, y’en a pas). J’ai fini par le traiter de quelques noms d’oiseaux. Vu que c’est pas innocent. Ce que les vendeurs d’autos appellent des GPS ne sont pas branchés sur le système de positionnement par satellite, mais sur les relais de téléphones. En Europe, ça marche. Mais quand t’es dans le désert….ça marche plus.

Plus on forme, moins ils sont formés. J’en ai déjà parlé à propos des infographistes et même des garçons de café. La  perte des savoirs est incommensurable et le nivellement affolant. Le tout est facilité par les dérives langagières et l’effréné désir de raboter les masses salariales. Le rêve étrange et pénétrant d’une masse inculte appliquant des procédures fondées sur les statistiques pour vendre à tous le même produit dont le désir nait d’une réclame bien foutue est en bonne voie de réalisation. On n’est pas chez Orwell mais pas très loin de l’antichambre.

Ceci dit, on est tous coupables. Tous nous avons accepté la déliquescence du savoir des autres qui allégeait nos factures et la diminution de notre propre savoir qui nous assurait de disposer de temps. On marchait détail par détail… on élaguait, on allégeait..chaque détail n’était pas si grave…. He ben, y’a un moment où on peut plus alléger…y’a plus rien. Les centres de formation nous livrent des journalistes tout terrain qui passent de la politique au foot, les vendeurs vont des casseroles aux sex-toys et Jaguar construit des véhicules utilitaires. (Ferrari n’installe pas encore de boule à caravane sur ses voitures, mais ça ne saurait tarder). Le grand nivellement est pour demain.. Seuls y échapperont les joueurs de foot. On continuera à l’habiller du mot stupide de « mondialisation » en trouvant admirable qu’on mange à  Pékin comme à Abidjan alors que c’est seulement idiot.

Ceux qui voudront s’opposer seront marginalisés avant d’être éliminés (on agrandira les asiles, c’est facile) On en gardera quelques uns pour montrer à la jeune génération quelques vieux cons qui pensaient que la diversité des réflexions pouvait âtre une aide à la pensée. Vieux parce que ça coute moins cher à  nourrir.


On en reparlera.

mercredi 20 septembre 2017

L’ESCROC DU JOUR : CELIO

Je vais acheter un jeans. Banal. Certes. Je me rends dans une galerie commerciale, dans un magasin Celio et là, stupéfaction !!!

Attention : je vais faire un truc que j’ai jamais fait. Une dénonciation aux pouvoirs publics. Plus exactement à la DGCRF. Merci de faire suivre si vous connaissez des inspecteurs de cette honorable maison.

Stupéfaction. On me prend pour un red neck du Dakota. Chez Celio, si tu ne parles pas anglais, tu ne peux pas acheter.

Je ne parle pas de la coupe. Ce ne sont que slim fit, regular fit. Je fais pas la différence mais je m’assume regular. On me donne le choix entre waist et length. Taille et longueur de jambes eussent bien fait l’affaire… Je suis obligé de m’adresser à une vendeuse qui va me donner la correspondance entre la taille française et les tailles inscrites sur les bénards qui sont exclusivement américaines. De même la longueur des jambes est exprimées en pouces dont il faut rappeler que l’Assemblée Nationale a banni l’usage en 1792 !

Depuis on a fait la loi Toubon (1994) qui défend d’utiliser d’autre langue que la nôtre dans les pratiques commerciales. Loi que Célio bafoue alègrement. Dans le magasin où j’étais, il y avait bien 3000 références étiquetées en anglais. A 135 € l’infraction, voilà 400 000 euro plus faciles à ramasser qu’avec un radar automatique (il est prévu une contravention de quatrième classe par infraction). Célio se vante d’avoir plus de 300 magasins en France,soit un total de 120 millions d’euro.

C’est d’autant plus immonde que Célio est une société de droit français, même si pour des raisons que j’imagine fiscales, la famille Grossman, propriétaire de la marque l’a mise sous la coupe d’une société-mère belge. Célio pourra dire qu’il faut préserver des emplois, mais les jeans que j’ai achetés sont fabriqués au Bangla Desh. Si Célio est planté, les chômeurs ne seront pas des électeurs. Rien ne s’oppose à ce que Célio étiquette en français.

Rien, sauf le désir de s’agenouiller devant les USA comme une pipeuse du Sentier. Rien sauf la croyance que l’anglais fait vendre et peut être en sous main un désir de vassalisation inexplicable. En tous cas, moi, ça me gonfle. Oui, je parle anglais. Mais pas dans une galerie commerciale de province. Je parle anglais dans les territoires où je n’ai pas le choix. Quand j’ai le choix, je parle français et j’emmerde les non-francophones.

Et quand je vois des slogans ou des infos commerciales en anglais, je vois venir l’escroquerie, le mec qui veut que son client ne comprenne pas pour mieux l’estamper. Idem quand l’enseigne pue l’americanophile bêta. Il y a une loi. Pourquoi n’est elle pas respectée, à la virgule près.


Je crois, tout simplement que les mecs de la DGCRF pensent que ce n’est pas grave et que, finalement, fast food, c’est quasiment latin comme origine…

dimanche 17 septembre 2017

L'ETAT ET LE PATRONAT

L’avantage avec les livres, c’est que si on les loupe quand ils sortent, on en vient toujours à les retrouver. De celui consacré à la décadence de l’Empire romain que je suis en train de lire, 40 ans après sa parution, j’extrais cette phrase admirable :

La puissance des seigneurs fait que, même si leur intérêt collectif reste d’assurer la puissance de l’Etat, ils ne peuvent que le nier individuellement.

On ne saurait mieux dire et décrire notre monde. L’auteur se nomme Pierre Dockès et le livre est publié dans la remarquable Nouvelle Bibliothèque Scientifique, dirigée par Braudel chez Flammarion.

A la suite de Marc Bloch, l’auteur voit dans le féodalisme le passage de l’esclavage à l’état servile. Et à la suite de Marx, il voit dans l’esclavage l’origine du salariat. Pas très politiquement correct, ça !!!!!

Mais que se passe t’il donc ? Simple. Les latifundistes romains ont besoin de l’Etat, des armées de l’Etat, des fonctionnaires de l’Etat. Mais pas toujours, pas tous les jours. En revanche, pèse sur eux le poids de la fiscalité.  Faut bien payer les soldats. Et ce discours là, on l’utilise tous les jours. Pour se plaindre. Pour refuser une augmentation. Pour retarder un investissement. Récurrent, il prend naturellement la première place. Il devient dominant, il se transforme en doxa. Et de ce fait, il conduit à l’affaiblissement de l’Etat. Le discours tenu par chaque propriétaire devient partie d’un discours dominant qui va à l’encontre de ses intérêts.

Nous le vivons. Le patronat, par la bouche de l’ineffable Gattaz, ne cesse de fulminer contre l’Etat. L’Etat qui assure plus ou moins bien la paix sociale, la protection des citoyens et qui garantit la croissance en injectant des sommes colossales dans la protection des plus faibles. Car ne nous leurrons pas, le RSA, il file direct dans un chariot de supermarché et une pompe à essence. C’est un cadeau déguisé à la grande distribution. Laquelle aimerait bien prendre le cadeau et ne rien donner en échange et surtout pas des charges sociales.

Pendant ce temps, les Barbares infiltrent l’Empire et s’étonnent de son peu de résistance. Deuxième citation :

L’affaiblissement de l’Etat lié  à l’affaiblissement de sa base sociale rend nécessaire à la classe dominante la recherche d’une autre organisation de son pouvoir.

Et on commence donc à intégrer les Barbares (ici, les Germains) au processus de changement. Ce qui revient à renforcer ceux qui ont intérêt à l’affaiblissement. On peut y voir le manque de mémoire du patronat. Tout au long de la construction de sa puissance, l’Etat a envoyé ses soldats calmer les ardeurs populaires. Relire Germinal. Mais ce besoin d’Etat s’est estompé. Les grévistes n’ont plus besoin d’émasculer les petits commerçants et les CRS sont loin d’avoir la virulence des lignards du siècle dernier. Le besoin d’Etat est plus diffus, plus subtil mais la subtilité ne semble pas la qualité première des représentants du patronat.

Dans la mesure où, de surcroit, l’Etat a été dilué dans l’ensemble européen qui le rejette expressément et ne prend pas le chemin de le remplacer, la destruction de l’Empire est en marche. Le problème, c’est que ce sont des processus longs. L’agonie du capitalisme va durer et les soubresauts risquent fort d’être intéressants. Que vont ils pouvoir inventer ? Pour nous grignoter, avant de se cannibaliser.

Les années à venir vont être amusantes, moi, je vous le dis.


On en reparlera…

jeudi 14 septembre 2017

L’ESCROC DU JOUR : INTERMARCHÉ

Nouvelle rubrique pour mettre en avant les arnaques diverses. Aujourd’hui, c’est un paquet de chips sur un beau présentoir chez Intermarché-Bayonne.. Elles ont une tête que je connais, elles ressemblent furieusement aux provençales chips d’Allauch. Mais non ! sur le paquet en grosses lettres noires, c’est bien marqué « Origine Pays basque ».

Donc, je regarde. Soigneusement. Je connais bien mon pays, je ne vois pas qui peut produire ça. Je trouve. Au dos du paquet, en petites lettres. C’est fabriqué à Aubagne, Z.I. de la Palud. Et donc, pas loin d’Allauch. Mais ça étend pas mal le Pays basque.

Intermarché sait bien ce qu’il commande. Il sait d’où arrivent les cartons et il sait ce qu’il y a dedans. Nous sommes donc face à une escroquerie patente qui vise à faire croire à l’acheteur qu’il achète un produit local.


J’avais plutôt confiance en Intermarché. C’est fini.

mercredi 13 septembre 2017

IRMA LA DOUCE


Il paraît que Christophe Castaner, porte-parole du gouvernement, aurait déclaré que, pour accélerer la reconstruction aux Antilles, il fallait alléger la réglementation.

C’est l’idée la plus conne de la semaine.

Aux Antilles, il y a deux dangers récurrents : les cyclones et les séismes. Ils ont du bol, les Antillais, les deux ne sont jamais survenus ensemble. Parce que c’est possible. Peut être pas au jour près, mais un beau tremblement de terre, trois jours après un cyclone, ça ferait mal. Et comme d’habitude on aura des journalistes et des politiques affirmer que c’est pas de bol.

Des cyclones, y’en a tous les ans, grosso modo entre aout et janvier. Grosso modo, parce qu’il y a quelques années Emmanuel (et donc le cinquième de l’année) a frappé en juin. Le cyclone n’est pas une science exacte. Et pourtant, c’est foutrement prévisible.

Donc, le petit frère d’Irma la douce, il se pointera dans un an, avec des vents à 250 m/h, et il foutra par terre tout ce qui n’aura pas été construit dans les normes. Et il y aura des trous du cul pour accuser la fatalité, ou la Nature ou le réchauffement climatique.

On est dans un vrai délire. Le seul bâtiment touché est la préfecure, bâtiment appartenant à l’Etat lequel se doit de montre l’exemple. A ce toit envolé, il y a forcément un coupable. L’architecte et son organisme de contrôle ? Les services techniques qui ont validé et choisi l’entreprise ? L’entreprise elle-même qui aurait (sait-on jamais ?) utilisé ce grand classique du grugeage, le sous-dosage du béton ? Si in fine, tout le monde a respecté les consignes, il reste le mec qui, à l’AFNOR a déterminé les normes. Lui, on est sûrs qu’il s’est planté. Il dira qu’il pouvait pas savoir alors qu’il est payé (grassement) pour savoir et qu’il a oublié ce vieux principe de constructeur « Trop fort n’a jamais manqué ». On peut imaginer qu’il a déterminé les normes pour aider à la rentabilité des entreprises du BTP avec lesquelles il a travaillé ou qui emploient ses copains de promo. Ça s’appelle le réseautage et c’est une des plaies de notre société.
Mais l’un dans l’autre, on est certains qu’il y a un coupable, qu’on peut l’identifier et le punir. Mise en danger de la vie d’autrui, c’est du pénal.

On ne règlera rien en baissant la barre Au contraire. Baisser les normes, c’est ouvrir la porte à d’autres catastrophes, à d’autres dégâts, à d’autres morts. Je vais donner une idée au Président Macron qui semble en manquer. Il devait de toute urgence créer un corps de contrôleurs sismiques qui iraient vérifier que les bâtiments antillais sont aux normes, surtout les plus récents. Vérifier avec compétence et sans céder un pouce. Et punir avec sévérité. En zone sismique avérée (ce qu’est l’arc antillais) ne pas respecter ces normes, c’est de l’assassinat pur et simple et la punition doit être à la hauteur du crime. Même si le coupable est.... Même. Surtout. Plus on pointe haut dans la hiérarchie, plus on est coupable car on a les moyens de savoir.

Et puis, c’est pas difficile de prévoir. Je me demande si on va pas se payer une nouvelle tempête historique en décembre. 1999, 2009, 2019 n’est pas loin. Ce sera une tempête tropicale en Gironde et en Vendée. Le système est simple. Une tempête comme Irma, elle se calme sur terre., l’océan ne lui sert plus de combustible. Après, elle dérive. Le plus souvent vers l’Est vu la rotation d la Terre et la force de Coriolis. Elle revient sur l’Océan où elle va pouvoir se recharger. Pas trop, l’eau est plus froide. Mais suffisamment pour venir taper Soulac-sur-Mer ou les Sables-d’Olonne. On n’a pas fini de voir des chouineurs sur les écrans.

Mais si ça arrive, faudra pas dire que c’est la faute à personne. Si moi, je peux vous expliquer comment ça se passe, c’est clair que le gouvernement bardé d’experts doit être au courant. Y’a même un ministre qui s’en occupe Il a fait quoi, lui, devant Irma ? Il a rangé sa planche à voile et interdit le diesel.On est vachement protégés.

Sans compter que si l’info est juste, Hulot, je m’attendais à ce qu’il prenne la parole et dise à l’autre « Arrête de dire des conneries » vu qu’a priori, il est le ministre de la protection à long terme et que les tempêtes, c’est dans sa valise.

Je regarde nos Présidents. De Gaulle, il était militaire et avait donc quelques connaissances géographiques. Pompidou, normalien, devait avoir quelques copains susceptibles de l’aider. Giscard avait pris avec lui Alice Saunier-Séité, jolie géographe (et ce n’est pas un oxymore), Mitterrand jouait finement de la rivalité entre Tazieff et Allègre.. Après, plus rien. La géographie disparaît du paysage intellectuel.


Et donc, on n’a pas fini d’en reparler……

vendredi 1 septembre 2017

CREATIFS ET PLAGIAIRES

« Ce que vous appelez un créatif, Madame, est un salopard qui se brosse l’ego sur les débris de mon histoire. » Elle est interloquée, la femme du pâtissier. J’étais entré pour acheter un saint-honoré. Chez un pâtissier, c’est la moindre des choses. Et la patronne me propose des machins style charlotte à la mangue. Moi, dans les gâteaux, ce que j’aime c’est la crème et les choux. Choux du jour, ça va sans dire. J’aime la pâtisserie qui appelle l’armagnac. La mousse exotique, ils peuvent se la mettre au cul. Quand je rentre dans une pâtisserie, ça doit me rappeler Madame Fernandez et ses belles doudounes à la sortie de la Cathédrale. Que ça sensualise de partout. Et donc la pâtissi§re maigre me regarde comme si j’étais une crotte de chien de manchon en laissant tomber de ses lèvres trop minces pour être honnêtes : « Vous n’aimez pas les créatifs ». S’attirant la réponse ci-dessus.

La femme du génie de la mousse exotique, elle s’imagine qu’en parlant comme une journaliste féminine, elle introduit la littérature dans l’antre du mauvais goût qu’elle dirige. Bien sûr que j’aime les créatifs, sauf les autoproclamés. Tiens, on va parler d’un créatif, un vrai, un petit pâtissier d’une petite ville pyrénéenne : Artigarède d’Oloron Ste Marie. Quand j’étais petit (entre Vincent Auriol et René Coty), comme on ne pouvait pas aller à Oloron tous les dimanches, on allait chez Arosteguy à Biarritz qui tenait en dépôt le gâteau-phare d’Artigarède, le Russe. Aujourd’hui, on en trouve partout. Tous les pâtissiers de la Côte ont copié le Russe d’Artigarède.

C’est la définition du créatif : le mec qui invente un plat (ou un gâteau) que tous vont s’approprier car il correspond à une certaine perfection.. Le MOF  (dans ce cas Mari de l’Odieuse Femelle)qui ne sait pas faire de saint-honoré, j’attends qu’il crée un classique, mais je ne suis pas sûr qu’il en soit capable. Faire joujou pour amuser le gogo, oui. Inventer un gâteau qui défiera les années, c’est autre chose. Parce que les gâteaux, c’est comme les livres, y’a plein de prédécesseurs et ceux qui savent comparent. Et ils voient bien qu’il y a les plagiés (les créatifs) et les plagiaires.

Puisqu’on est sur la Côte basque, restons y pour parler d’un autre créatif : en 1660, le pâtissier Adam offre un biscuit de sa création à Louis XIV, pour son mariage. J’étais chez Adam la semaine dernière et la brunette qi me servait me disait qu’il faudrait écrire l’histoire du macaron. Inutile. Elle tient en deux lignes : en 1660, Adam invente le macaron. Ensuite, il est plagié. Et pas qu’un peu. On a même, à Paris, le roi du plagiat : il s’appelle Hermé. Le mec, il reprend une recette qui s’approche de ses quatre siècles. Il remplace l’amande par des saveurs moins subtiles, il y colle des colorants modernes, et la piétaille des gueux s’extasie. Au point que le plagiaire, le geai paré des plumes des cons, est parfois appelé le roi du macaron. !!On rêve…..

On va me dire ce que j’ai déjà entendu, à savoir que je n’aime pas la nouveauté. C’est faux mais elle ne doit pas faire disparaître la tradition. Qu’un chef crée un nouveau plat me va, même en cuisine moléculaire. Ce qui ne me va pas, c’est que les vieux classiques disparaissent. Qu’on ne retrouve plus sur les cartes de poulardes en vessie à la Albufera ne serait ce que parce que j’aime bien Suchet. Et pour moi, les meilleurs, les MOF, ne sont jamais qu’une passerelle entre les meilleurs de tous les temps. Le concurrent de Ducasse, c’est pas Alleno, c’est Carême. Si vous ne pouvez pas comprendre ça….

Quand j’étais môme, le geai de La Fontaine, m’explosait de rire. Un piaf persuadé qu’il pouvait enfiler les plumes d’un autre….Ben voilà, on y est. Et tout le monde applaudit le piaf déguisé.

C’est pathétique de sottise et d’inculture…


On en reparlera…