samedi 22 août 2015

TU PRENDS OU TU LAISSES

J’aime bien les réactions sauvages. Mes copains restaurateurs, ils en ont après TripAdvisor ou La Fourchette, en ce moment. Comme quoi, c’est des sagouins qui écrivent les avis. Ben oui. C’est même la règle du jeu.

Quand je travaillais pour le père Routard (c’est une sorte de père Fouras en à peine moins vieux), à la fin du boulot, j’envoyais d’un côté une note avec les heures passées à écrire et une autre note avec les factures (hôtels et restaurants) payées. Réglées rubis sur l’ongle. Vérifiées : si tu mettais un restau sans antériorité et sans facture, ça branlait au manche, vu la suspicion de copinage.

Internet a gommé tout ça. Les minets écrivent gratos et présentent pas la facture. C’est bon, ça fait du contenu. Du contenu merdique, mais qu’y faire ? C’est de la liberté d’expression. Que savent ils ces critiques autoproclamés ? En général, rien. Pas grand chose des produits et rien de la profession. Mais Internet leur donne le droit d’écrire. Ce qu’ils veulent. Quand ils veulent. Comme ils veulent. Libres. Libres d’écrire des conneries que liront des gens tout aussi incompétents qu’eux mais qui vont s’en satisfaire. Surtout que lire est aussi gratuit.

Il ne vient plus à l’idée de personne que recueillir de l’information, la contrôler, la publier, coûte de l’argent. L’info, c’est gratuit. Faut pas s’étonner que le web regorge de stupidités. Gratuites, ce qui est leur qualité essentielle.

Il ne vient plus à l’idée de personne que c’est ce que nous voulons. Tous. On veut dé-ré-gu-ler. Le restaurateur qui adore Uber, il ouvre la voie à TripAdvisor.

Tout ça me dit un truc : Le Chapelier a enfin gagné. Pas besoin d’apprendre, pas besoin de savoir. Juste savoir communiquer.

Tiens, taxi, justement. Pour être taxi, fallait passer un exam. Prouver qu’on connaissait Paris. Ho ! ça va pas. C’est pas essentiel. C’est pas savoir qui compte, c’est simplement le prix et la disponibilité. Forcément s’il y a exam, la disponibilité se retrécit. Et puis Macron (je dis Macron, c’est pour mettre un nom), les exams, il connait. Ceux qu’il a passé, c’est les bons exams. Tu vas pas comparer Sciences Po à un examen de taxi ?

Si. Un exam, c’est pour montrer qu’on maîtrise un sujet. Si c’est un CAP de pâtissier, t’es censé maîtriser la pâte à choux. C’est pas aussi cador que la législation européenne, mais bon, c’est une garantie. Je dis ça, parce qu’on m’a offert des choux venant d’un spécialiste de la pâte à choux. Le mec, il s’appelle Poppelini, il te demande de manger ses choux avec amour, mais sa pâte, elle est dégueu. Total manque de souplesse, et même une sécheresse qui laisse penser qu’il y a du surgelé là-dessous. Le lendemain, c’était pire. Du carton. Rien à voir avec les choux de Madame Fernandez (cherchez pas, c’est fermé).

Les mecs de TripAdvisor, ils ne maîtrisent rien. Ceux d’Uber, non plus. C’est pareil.

Et donc tu peux pas accepter Uber et refuser TripAdvisor. Tu prends ou tu laisses. Tout. Et tout en même temps Tu choisis le monde des mots ou le monde des choses.

Tu choisis vu que tu peux pas avoir le beurre et l’argent du beurre.

Je sais, c’est dur. Il va falloir que tu acceptes que écrire sur Internet, c’est pas écrire. C’est utiliser un clavier pour causer comme au Café du Commerce.

Normalement, sous chaque texte, tu peux retrouver les influences. Savoir qui cause sous celui qui fait semblant de causer.

Tu crois que mes conneries sont naturelles ? Ben non. J’essaye avec difficulté de me rapprocher de quelques stylistes, pas nécessairement acceptés comme tels.

Mais, bon, ça nous éloigne….

On en reparlera…




jeudi 20 août 2015

LES CELTES ET LES BASQUES

Ce texte, ça fait un moment que j’en ai envie. Sauf qu’il risque de me fâcher avec un tas de copains

Ça fait un moment que je tourne autour d’une question : comment un peuple situé sur plusieurs voies de passage peut-il être considéré comme singulier ? Que les Eskimos d’Angmassalik soient un isolat, ça se comprend. Mais les Basques ? S’il y a un passage nord-sud dans les Pyrénées, c’est bien le Pays basque. Ajoutons le piémont septentrional qui conduit de Narbonne à Bayonne, la vallée de l’Ebre au sud qui va de Girona à Donostia, plus la côte, ça a circulé dans le coin !!! On m’a expliqué avec le plus grand sérieux que les Basques s’étaient isolés dans leurs montagnes. Mais ça non plus, ça ne fonctionne pas. Les montagnards, ça descend dans les vallées et on sait que 75% du vocabulaire basque a des origines latines. Il a bien fallu échanger pour en arriver là.

Je me suis baladé de l’Adour au Minho. En gros, c’est ce qu’on appelle l’Espagne verte, celle qui présente le climax atlantique. Partout, j’ai vu le même type d’habitat : des villages, le plus souvent regroupés sur des éminences, avec des rivières pas très loin, des lieux de culte près des rivières. L’occupation ancienne du sol en Galice est pratiquement la même qu’en Euskadi. Curieux.

Ces paysans sont aussi des mineurs : or (à Itxassou), fer à peu près partout, étain en Galice… Je vais pas vous gonfler de références…Pour Itxassou, voir les travaux de Béatrice Cauuet sur les mines d’or…celtes.

La toponymie vient ajouter quelques signes. Comment ne pas voir dans le nom d’Ourense (Urantia en latin) ce radical UR qui signifie l’eau et va bien avec la vocation thermale de la ville ? Comment ne pas voir dans le nom latin de Bordeaux (Burdigala) le mot basque Burdin (le fer) qui donne comme sens « le fer des Gaulois », compatible avec la première vocation de ce qui était un village de forgerons ? Quant aux finales des noms basques en « ritz », elles ressemblent fichtrement à un adoucissement du « rix » gaulois, même si Hector Iglesias préfère une origine germaine plus tardive. On peut multiplier les signes. Mes copains basques ferment les yeux et les oreilles et affirment (sans beaucoup plus d’arguments que moi) que tout ceci ne reflète qu’une formidable expansion du domaine des Basques trop singuliers pour se mêler à d’autres peuples. Tu parles ! Ce seraient bien les seuls….

Reste la langue…pas vraiment indo-européenne. Antérieure. Comme les langues celtes. Avec un bémol toutefois. Des langues celtes, nous ne connaissons bien que l’état le plus récent. Comment parlaient les Celtes continentaux au temps de César ? On sait pas trop, y compris pour les Bretons, vu que le breton actuel est apparenté aux langues celtes des Iles britanniques.

Et donc, tout est possible. Y compris que le basque soit un isolat conservé du gaulois. Hurlez pas.. Rien ne s’y oppose. Moi, y’a un truc qui m’intrigue. Le grand Jules, quand il parle de la conquête de l’Aquitaine, pas un instant il ne parle des Basques ou de la langue basque. D’accord, c’est pas lui qui s’y est collé, c’est Crassus. Mais quand même, Christian Goudineau a bien montré comment il fonctionnait : un peuple bien sauvage avec une langue bien barbare, ça aurait du lui plaire. Ben non. Pas un mot. Comme s’il était en territoire connu. Et peut être qu’il était en territoire connu. Que la langue ne lui posait pas de problèmes.

Les linguistes et les historiens sont des gens à courte vision. Ils s’excitent sur des textes (souvent truqués) et ils oublient la vie. Je vous dis ça à cause de Jean-Pierre Aren. Il m’a fait découvrir, voici bien longtemps l’alboka. C’est un instrument de musique, très ancien, à anche, avec un pavillon fait d’une corne de vache. Voici un exemple : https://www.youtube.com/watch?v=mCBv2BSnwqM

Bon, j’ai pas pris Kepa Junkera au hasard. La vidéo fait partie d’une série. Ce qui frappe mon oreille, c’est qu’on est dans un monde celte. Ecoutez les vidéos sur la trikiritxa, c’est pareil. C’est pas seulement de la musique, c’est une parenté qui se dévoile. A mes yeux, bien plus pertinente que les études linguistiques. Quand tu as la même musique, tu as le même corpus culturel. Et ça colle bien avec la géographie et l’utilisation du sol. Dans un monde de navigateurs de cabotage, de la Galice à la Bretagne c’est le même monde.

Ah ? vont dire les obsédés de l’étiquette, alors les Basques sont des Celtes ? Des Gaulois ? Peut être, peut être pas. Il y a des années de travail pour un résultat incertain et on s’en fout. Mais il fut un temps où les Basques fonctionnaient comme des Celtes, dans un monde dominé par les Celtes. Réalité sur laquelle personne ne veut travailler.

Moi, c’est une hypothèse qui me botte. Que les Basques soient les derniers Gaulois. Irréductibles, ça va sans dire. Ustarix le Gaulois. Que les racines de la Nation n’existent plus que quelque part entre Garazi et Larrau..

T’imagines que l’hypothèse fonctionne ? Que la musique remplace l’archéologie et les textes du vieux Strabon ?

Non, je ne l’imagine pas. Ce serait un séisme épistémologique parce que ça voudrait dire que des gens qui prennent leur pied ensemble sont une meilleure caution scientifique que des gens qui se foutent sur la gueule. Ça voudrait dire que le peuple qui danse doit être pris plus au sérieux que l’intellectuel qui écrit. C’est pas demain la veille….

On en reparlera….

mardi 11 août 2015

CHRISTIAN PARRA, MON AMI

C’est juste un souvenir. Un vieux souvenir. J’arrive chez Maria Luisa. Ceux qui savent savent où c’est. Christian est là, appuyé sur sa panse. Un geste, un seul, que je vienne à sa table.
« On m’a dit que tu bossais pour le Routard ? C’est vrai ? »
On ne ment pas à Christian.
« Alors pourquoi j’y suis pas ? Guérard y est, et Arrambide et Tellechea. Et moi, je suis mauvais ? »

J’argumente. Non tu n’es pas mauvais, tu es le meilleur. Mais voilà, les tarifs, le Routard, c’est aussi une question de prix. Honnêtement, je peux pas.

Christian me sert à boire. Il réfléchit vite.

« Bon, écoute. Je t’invente un menu Routard. Réservé à tes lecteurs. Moins de cent balles, vin compris Tes lecteurs, je les veux, c’est la jeunesse, c’est la vie. Tu me connais. Tes lecteurs, c’est moi ».

Du coup, j’ai fait venir le Philippe. Menu spécial Routard chez un double macaronné, étiqueté 19/20 chez Gaumiyo. Moi, je voulais pas qu’on dise que je faisais du copinage, c’était au chef de décider.

Je dois dire que Christian a fait fort. Guitare, piano, musique jusqu’au bout de la nuit. Je ne suis rien qu’un aubergiste. Sauf que c’était pas du jeu. C’était Christian. Marchand de bonheur. Même pas marchand. Apporteur de bonheur. Je cuisine pour rendre heureux. Je cuisine pour être heureux. Philippe était séduit. Je le voyais bien. Dans la nuit au bord du fleuve, il m’a dit : fonce.

Christian était fier de ses macarons. Mais il se méfiait. Il avait peur de devenir un cuisinier pour bourges nostalgiques. Il avait besoin d’éternelle jeunesse et, le salaud, il l’avait. Il suffisait qu’il prenne sa guitare.

Des souvenirs avec lui, j’en ai plein. Et je suis pas le seul. Christian arrivait à faire des souvenirs avec tout. Quand tu reçois Jérome Savary et sa troupe, c’est facile. Mais arriver à faire d’une paire d’œufs à la ventrèche, un souvenir mémorable quand la brume glisse sur l’Adour et qu’on est juste deux à regarder mourir le feu, c’est un don, un don de magicien.

Je suis juste un aubergiste. Il me l’a dit cent fois. Un jour, il a précisé. Une auberge, c’est un endroit où il y a de la lumière quand tout est noir, une maison dont la porte va s’ouvrir, un endroit où tu n’es plus seul. Il connaissait le poids de la solitude

Il était profondément et puissamment charnegou. Au départ, le charnegou est un bâtard, un chair mêlée. C’est un peu péjoratif. Le pays charnegou n’existe pas vraiment et ses frontières sont floues Il regroupe une poignée de communes, autour de Bidache : Hastingues, Came Sames, Guiche, Labastide. C’est une marche au sens le plus médiéval. Qu’on soit plus à l’Ouest, on est au Pays basque, un poil plus à l’Est et c’est le Béarn. On traverse le fleuve et voilà les Landes. Toutes les influences se mêlent, comme les familles. En pays charnegou, on a facilement la copulation exogène.

Terre de bouffe parce que terre de produits. On veille sur le porc et les canards,, on fait gaffe à la qualité du maïs qui garantit l’engraissement des volailles. Le boudin y est hostie et mal manger péché capital. Pour des raisons différentes, Christian et moi partagions la même tendresse pour le grand-père Montauzer qui faisait sa tournée du pays charnegou avec sa camionnette pour vendre de la charcuterie aux paysans. Il doit être plus facile de vendre du sable à Tamanrasset que du cochon à un charnegou. Quand le vieux arrivait dans le village, ma marraine me donnait un billet à l’effigie de Victor Hugo pour que j’aille acheter une tranche de hure. Christian avait un regard plus professionnel Il analysait toute charcuterie comme un conservateur du Louvre détaille un Léonard. Ici un trait de cognac, là, c’est la façon de hacher qui va révéler les sucs. Parfois, on se retrouvait chez André Lahargou.

Christian allait chez André comme un notaire va au bordel. En catimini. Son statut de grand chef collait mal avec la sciure du sol.. Je crois qu’il avait besoin d’André comme il avait besoin des jeunes, pour rester dans ce monde idéal des villages d’antan.Leur monde.

Et moi, je les écoutais en lampant du whisky distillé en Auvergne. Le gros charcutier conseillait le fin musicien. J’ai le souvenir d’une tirade racinienne sur l’utilisation du laurier qui peut assassiner une terrine. André allait chercher son laurier dans le jardin d’un curé de Chalosse. Je vais t’en donner. La prochaine fois, tu m’apporteras des oeufs comme la semaine passée, je me suis régalé. Et ce leitmotiv partagé : le cochon, c’est délicat.

Maintenant qu’ils sont partis tous les deux, qui va me redire ça : le cochon, c’est délicat.

On en reparlera…

lundi 3 août 2015

HELP ! AU SECOURS !


Le Figaro publie sous le titre Comment la Chine pourrait déclencher la Troisième Guerre Mondiale un article de synthèse qui fait froid dans le dos en accumulant les à-peu-près et s’achève par un pathétique appel au secours de l’américanophile patenté, Alexandre Devecchio.

Sur les faits, nous ne nous appesantirons pas. Les fidèles lecteurs de ce blog les connaissent, et depuis longtemps. L’interprétation est plus amusante.

Et donc, dès le titre, la messe est dite. Les vilains Chinois vont déclarer la guerre aux si gentils Américains, et par là-même, au monde entier. Sourions de cette présentation. La Chine n’a aucune envie de guerre. Elle demande simplement un traitement égalitaire entre puissances. Si un pays s’arroge un droit, tous les autres pays peuvent réclamer le même droit. C’est aussi simple que ça.

Après avoir expliqué que nous sommes revenus à la guerre froide, Devecchio a cette conclusion étonnante :

La superpuissance montante, la Chine, ne supporte plus d'être encore dominée par la superpuissance déclinante, les Etats-Unis et les Etats-Unis refusent de céder leur statut de puissance dominante à la Chine.

C’est évident. Quel pays peut encore accepter d’être dominé par un autre ? C’est à dire être considéré comme une sorte de champ ouvert qu’on laboure à sa guise ? Selon l’auteur, en toute bonne logique, qui ne se couche pas devant les USA est un fauteur de guerre.

Mais le plus drôle restent les motivations supposées des Chinois :

La Chine veut triompher et obtenir l'hégémonie sur la planète pour être assurée que son mode de gouvernance totalitaire ne sera plus inquiété par les forces démocratiques qui existent en Chine et hors de Chine. Des copies d'un tel scénario circulerait au Pentagone. (je n’ai pas corrigé l’orthographe du folliculaire).

La volonté hégémonique de la Chine serait donc un souci de faire perdurer le gouvernement du PCC jugé « totalitaire ».. Outre qu’il faudrait définir le totalitarisme avant de porter un jugement, le choix des mots vaut son pesant de jujube. Personne ne peut penser que la Chine sera « inquiétée » par les « forces démocratiques ». C’est vrai que la famille Bush se distingue par son souci « démocratique » ! Aujourd’hui, la Chine ne veut plus être emmerdée par des juges autoproclamés qui passent leur temps à critiquer toutes ses décisions. Par exemple, quand Pékin met en place une industrie des énergies renouvelables et que le syndicat américain USW dépose plainte à l’OMC pour concurrence déloyale. Mais quel pays a envie qu’un autre pays (fut-ce un allié) passe son temps à le critiquer ?

Pékin anticipe maintenant d'infliger très prochainement une défaite monétaire majeure aux Etats-Unis en retirant au dollar son privilège de monnaie du monde pour l'attribuer très vite ensuite au yuan. Cela ferait basculer irrémédiablement et irréversiblement le rapport de forces en faveur de Pékin.

Bon, ça, on en a déjà parlé ici. Pékin n’a rien créé. Les USA se sont endettés tous seuls, les USA ont décidé quasi-unilatéralement d’abandonner l’étalon-or, pour pouvoir vendre au monde entier une dette sans contrepartie. Mais qui a envie d’acheter une dette que le débiteur ne pourra pas honorer ? Les Chinois ne demandent rien d’autre : que la dette américaine soit adossée à des biens réels, dont l’or fait partie.

Les USA ont basé leur modèle sur l’argent et ils n’ont plus d’argent. Dommage pour eux. Ils en sont totalement responsables. Et donc, ils hurlent à la sauvagerie du créancier qu’ils accusent de tous les maux. C’est un grand classique des rapports débiteur/créancier. La vérité, c’est que les BRICS ont commencé de créer des institutions monétaires qui ne doivent rien aux USA et que de plus en plus de pays se détournent de Washington. Il suffirait…rien du tout. Quand on assoit la puissance d’une Nation sur des biens virtuels plutôt que physiocratiques, c’est ce qui arrive.

Mais le plus beau reste la conclusion :

Si les pays européens jouent alors le jeu de Pékin et de Moscou pour détrôner le dollar, on peut craindre le pire. Si au contraire, ils se portent en bouclier du dollar, Pékin en déduira qu'il est encore trop tôt pour engager l'affrontement territorial.

Help ! Le Figaro relaie l’appel au secours des USA aux politiques européens. Please, ne nous laissez pas tomber. C’est que Washington a désormais compris qu’il s’était trompé. La puissance militaire de l’OCS dépasse vraisemblablement celle de l’OTAN. Pas seulement en nombre, mais aussi en qualité des équipements. On vous a parlé ici des chasseurs de cinquième génération. Mais il y a autre chose. Même dans l’aéronautique, la Kalashnikov a fait école. Les Chinois continuent de produire des avions rustiques, peu chers, mais nombreux. Ils savent que l’aviation sophistiquée coûte cher. Ils font donc des avions de pauvres pour pays pauvres.

Pour tout observateur pas complètement obsédé par la prétendue puissance américaine, tout ceci est très clair. Voilà des siècles (mais oui !) que les USA humilient la Chine. Guerres de l’opium, soutien pharaonique au Guomingdang,, utilisation des mouvements religieux, guerres de Corée ou du Vietnam, tout a fait bois. Aujourd’hui, la Chine présente la facture et les Américains sont incapables de la payer.

Si guerre il doit y avoir, elle viendra de Washington. Et Alexandre le Petit se trompe. Les pays européens sont incapables de défendre le dollar. Ne fut-ce que parce que Pékin peut toujours sortir le joker Moscou. Et surtout parce que les Occidentaux qui, depuis vingt ans, ont été incapables de comprendre la stratégie chinoise ne vont pas, tout soudain, être touchés par la grâce. Enfin, parce qu'il faudra bien comprendre que le soft power ne suffit pas. La guerre, c'est pas du cinéma.

Lénine disait que les capitalistes vendraient la corde pour les pendre. Et bien voilà. Nous y sommes. Et Washington utilise le Figaro pour relayer son appel au secours.

On en reparlera…


PS : regardez bien les dates. La plupart de ces articles ont plus d'un an. Conclusion : lisez moi, c'est gratuit et vous serez informés avant les journalistes du Figaro









dimanche 2 août 2015

RAFALE PERDANT

Les télés se taisent. Dieu sait qu’elles ont été bavardes pourtant. L’Inde annule son achat de 126 Rafale.

Faut lire les commentaires de la presse écrite. C’est à mourir de rire. On vous explique sans rire que l’Inde préfère traiter avec les gouvernements. Donc les 36 Rafales commandés à Le Drian, c’est bon. Les 126 de Dassault, c’est plus bon. D’autres affirment que certains Rafales devaient être construits en Inde et que leur prix était trop élevé. La main d’œuvre indienne est-elle si chère ? Il paraît aussi que des parlementaires indiens contestent l’achat devant la justice.

Tout ça est tellement contourné, complexe que ça en devient risible. Personne à ma connaissance ne veut voir une réalité toute simple. Dans le cadre de l’OCS, l’Inde est allié de la Russie et le Rafale est la réponse du berger à la bergère. Tu livres pas mon allié, j’annule ma commande. Au cas où…. Mistral perdant, Rafale perdant

Les formalistes diront que l’Inde n’est pas formellement membre de l’OCS. Mais le processus a été officiellement lancé et c’est juste une question de mois ; les liens sont déjà tissés depuis que l’Inde (et le Pakistan) sont membres observateurs.

Les liens de l’Inde avec la Russie sont anciens et profonds. Souvenez vous des rencontres Nehru-Krouchtchev. On ne refuse pas un service à un vieil ami au moment de resserrer les liens avec lui.

La diplomatie française est pathétique d’aveuglement. Depuis des années, elle tourne le dos à nos voisins eurasiatiques pour se vautrer dans la fange étatsunienne. Les médias emboitent le pas. On ne sait rien de ce qui se passe à l’Est. Sauf pour se moquer de ce cher Poutine (j’en ai déjà parlé) qui, par parenthèse, vient de déclarer les OGM illégaux. Depuis près de 20 ans, les liens se tissent et se renforcent entre la Russie et la Chine et les autres pays d’Asie. Il appartenait aux diplomates de tirer la sonnette d’alarme.

On s’aperçoit aujourd’hui que, pendant ces 20 ans, s’est construit un bloc qui fait pièce à l’OTAN, bloc qui fait preuve d’une réelle solidarité. A nos dépens, comme aux dépens de tous les vassaux des USA. Le temps est pratiquement venu où il va falloir choisir son camp.

D’autant que les nouveaux avions de chasse russes sont rien moins que performants. Sukhoi vient d’annoncer les premières livraisons du T-50 PAK-FA, chasseur furtif hautement sophistiqué. Et Sukhoi est en train de développer un autre chasseur de cinquième génération (les avions des années 2020)….avec l’Inde !!!

Quant à la Chine, elle a dévoilé voici plus d’un an son chasseur furtif Shenyang J-31 qui vient doubler le Chengdu J-2O dont la mise en service est prévue vers 2018..

L’Inde ne manquera donc pas de fournisseurs. Mais, on doit dire que les articles de presse (la presse française) étaient à mourir de rire. A les lire, on ne pouvait que douter de la capacité technologique chinoise. Comme pour les Russes, il semblait que les chasseurs n’étaient pas si furtifs que ça. Ils sont trop verts, disait déjà le renard de La Fontaine.

On s’est moqué des Russes, des chaussures de Krouchtchev et des bitures d’Eltsine. On a forgé l’image d’un peuple corrompu, alcoolique et incapable. Comme on s’est moqué des Chinois qui bossaient pour un bol de riz, fourbes, menteurs et vérolés par la mafia (on dit triades pour faire plus chic). On a voulu dresser des monceaux de cadavres (Staline-Mao même combat) pour justifier notre ignorance et notre désinformation. En a t’on vu des reportages sur ces thèmes !! Alors qu’il suffit de regarder leur Histoire pour savoir que ce sont deux grands peuples, travailleurs et intelligents.. Deux peuples qui ne placent pas l’argent comme valeur première. Ho ! tu rigoles ? Et les milliardaires chinois ? Et les oligarques russes ?

Justement. Ils pètent de trouille devant le pouvoir. Ils savent que les prisons les attendent s’ils déconnent.

Aux USA, de Kennedy à Donald Trump, ils deviennent présidents (Trump, j’anticipe, bien entendu), c’est pas exactement pareil. Ce qui permet ce dévoiement majeur : l’économique commande au politique.

On en reparlera…

jeudi 30 juillet 2015

LE LION

Non, on va pas parler de Kessel. Encore que… Cette délicieuse histoire d’amour entre une petite fille et un fauve n’est peut-être pas si innocente. Un bon écrivain arrive à te faire croire à l’incroyable. Mais la cruelle réalité, c’est qu’un lion est un fauve.

Bon. Parlons du dentiste. Le dentiste qui a flingué un iconique lion. Je le connais pas, mais je peux l’imaginer. Une sorte de Républicain, vivant en province dans une maison avec tous les signes de la réussite sociale à l’américaine. Trois ou quatre bagnoles, une femme qui s’enveloppe avec l’âge et qui va dépenser ses tunes en fitness et coaching. Bref, un Américain gavé de fric. Tout ce que j’aime pas.

Le mec, il a une passion : la chasse au gros gibier. Il est pas le seul, j’en ai connu aussi en France. Tous ces mecs sont en général abonnés à des revues, suivent des sites Internet, s’informent. Parce que faut pas croire. Tu pars pas comme ça dézinguer un grizzly, un jaguar…ou un lion.

C’est vachement codifié. Annuellement, les gouvernements vendent des permis de tuer. L’ours kodiak, par exemple, c’est une grosse dizaine par an. Et donc, organisation d’une vente aux enchères où les guides de chasse viennent acheter leur permis. Les guides, pas les clients.

Quand il a son permis, le guide, il met la sauce autour : le personnel, les voitures, le matériel, la bouffe et sa marge. Et il paye de belles pubs dans les journaux ou sur les sites et le client sait que, moyennant tant de dollars, il pourra mettre un kodiak (ou un lion, ou un jaguar) dans sa salle des trophées. Tout ça est assez bien contrôlé, avec des scientifiques qui veillent à la régulation des populations et à la préservation des patrimoines génétiques.

Et donc, le dentiste du Kentucky (j’en sais rien mais ce n’est pas pertinent), il colle sa carte bleue dans son ordinateur et il s’offre un lion avec la société Hunting Safaris (j'invente le nom) qui lui garantit ce lion dans la semaine du 4 juillet. Quel lion ? Le dentiste n’en sait fichtre rien. Le guide, s’il est bon, il a son idée. S’il est moins bon, il va activer tout de suite son réseau de pisteurs locaux pour préparer le safari. Quand le client débarque, on lui dit que son lion est repéré dans la zone de Mamoba, que tout est prêt sauf le whisky parce qu’il n’a pas indiqué sa marque préférée. Le guide montre l’autorisation tamponnée par le gouvernement, sa licence, ses assurances et c’est parti.

Le client, on l’emmène pas tout de suite vers la bête. Faut rechercher un peu, pister (ou faire semblant). C’est vrai quoi, le mec il a dépensé beaucoup, vraiment beaucoup, de fric. S’il atteint l’objectif le lendemain de son arrivée, il va se sentir pigeon. Tout voyage organisé est basé sur ça : l’incertitude supposée et la difficulté surmontée grâce à l’organisateur dont l'intérêt est de prouver que, sans lui, t'y serais pas arrivé.

Tout ceci pour dire que le dentiste du Montana (ou du Kentucky), on l’a transporté comme une valise devant un lion et on lui a dit de tirer. Il avait payé pour ça. Il a tiré.

Et c’était pas le bon lion ! Mais lui qu’est ce qu’il pouvait en savoir ? En revanche, le guide devait savoir. C’était son boulot, grassement payé. Mais le guide, responsable, personne n’en parle. Est-ce parce qu’il est Africain ? Ce qui serait une circonstance aggravante. Si les Africains ne protègent pas l’Afrique, c’est pas les Arméniens qui vont s’y coller…. Et je suis quasi-certain qu'il est Africain. En général, les licences de chasse sont réservées aux nationaux.

Le dentiste, a priori, il représente tout ce que j’aime pas. Mais c’est pas une raison pour lui coller une responsabilité qui n’est pas la sienne. Il en a assez sur le dos avec son mode de vie qui détruit la planète et ses votes qui ont fait de son pays l’assassin du monde.

D’autant que le lion, c’est pas vraiment une espèce menacée. Y’en a dans tous les zoos du monde, ça se reproduit plutôt bien. On en est à travailler sur les sous-espèces. Sur un plan écologique, ça n’a aucun intérêt. Intéressez vous plutôt aux crapauds. Là, tout bon écologiste se fera du souci en regardant les cartes de distribution.

Comme toujours, une grosse vague affective vient remplacer la froide raison. Je l’avais déjà vu dans les Pyrénées où tout le monde se passionnait pour l’ours, si semblable à une peluche, mais personne ne savait rien de l’avenir du desman, cette musaraigne aquatique et discrète. Moyennant quoi, on a fait venir des ours de Slovénie, avec des patrimoines génétiques différents : c’est une pollution.

La meilleure solution, c’était de capturer les survivants, de les coller dans un zoo et de reconstituer le cheptel éventuellement avec de la PMA. Capturer au lieu de libérer. Mais ça aurait fait grincer les dents.

A l’époque j’en avais parlé avec Aldebert qui était directeur technique d’un zoo fort peu médiatique mais de haute qualité. Devant une bouteille de blanc, il m’expliquait que dans son zoo, il n’y avait que des ours mâles. Les femelles avaient été prêtées. La raison ? Dès que tu mets mâles et femelles ensemble, ils se reproduisent comme des lapins et on est envahi d’oursons qui te dévorent le budget. Or, Aldebert, le budget, il en avait besoin pour ses travaux sur la reproduction des vipères. Mais ça, le public ne comprend pas.

Le public ne comprend pas…. On en reparlera…

mardi 28 juillet 2015

LA RURALITÉ

Je suis à Gaillac, chez Robert Plageoles. On parle histoire de l’ampélographie. Un vrai sujet qu'il maîtrise parfaitement. J’ai une mission dans le Tarn et une question qui me taraude : « J’ai le sentiment que nous sommes à une charnière. Entre Albi et Castres ». C’est comme ça que je le sens. C’est difficile à expliquer, un feeling de géographe, une multitude de détails mineurs qu’il faudrait que je liste. Après Gaillac, ça change.

Plageoles rigole, me verse un verre de son fabuleux vin de voile : « C’est normal. Au sud, tu es dans les terres du comte de Toulouse, au nord, tu es chez l’évêque d’Albi. Tu comprends ? ». Et il développe. Tu parles, si je comprends ! Chez moi, c’est pareil. Il y a les terres de l’évêque de Bayonne, les terres de Gramont, les villages du comté d’Orthe et les féaux de Gaston Phébus. Sans parler des Landais qui ne sont à personne.

Nous vivons dans une France du XIIIème siècle. Peu ou prou. J’ai utilisé cette clef ensuite, à de nombreuses reprises. Elle fonctionne partout où je suis allé. Dans l’Allier, je me suis fait jeter par des responsables politiques : « Rien à voir avec l’Auvergne, ici vous êtes dans le Bourbonnais ». Chez moi, quoi ! Henri IV, le Béarnais, c’est un Bourbon. J’ai dit ça, j’ai redressé la situation qui était mal engagée.

Dans les Pyrénées-Orientales, c'est le même merdier que chez moi. Avec le Roussillon, la Catalogne et quantité de petits territoires dont je savais pas quoi faire. Mais bon, c'est chez eux, ils savent.

La France est encore rurale et médiévale. Et on attend de son Président (son roi) qu’il guérisse les écrouelles. Pays rural dont les habitants urbains se ruent dès qu’ils le peuvent dans leurs villages d’origine. Pays ancien où fleurissent les clubs de généalogie et où on est fier de dire d’où on vient. Le modernisme est un vernis qui sert à partager ce qu’on ne peut pas partager autrement. Je n’ai pas grand chose à dire à un Charentais, alors on parle d’IPod.

Ce sentiment d’appartenance rurale est à l’œuvre dans quantité de domaines, à commencer par la nourriture où le système des appellations valorise les terres anciennes. Ce système d’appartenance rurale, tu le mesures à la Toussaint où explose sur les routes le nombre de morts lors d’une visite chez les morts, justement. A la Toussaint, les ruraux-urbains renouent avec la ruralité.

La ruralité est dans la tête et ne peut se mesurer. J’ai tendance à penser qu’elle croît avec l’âge. Mais elle s’invite sans cesse dans le débat politique en creusant le fossé des générations. Elle explique bien des phénomènes, à commencer par la difficulté de voter pour une femme. Certes, il y a des exceptions. Mais Jeanne d’Albret aussi était une exception. Or, Ségolène n'est pas Jeanne d'Albret. Et l'INSEE mesure les électeurs "ruraux" sans aller les chercher là où ils sont : dans les villes.

On peut noter que Sarkozy fut le seul Président « urbain » élu au suffrage universel. Même Chirac apparaissait comme Corrézien avant tout, au prix d’une image soigneusement travaillée. Chirac, élevé par Pompidou, l’homme qui fit passer Cajarc avant la rue d’Ulm. Tout ceci parce que la campagne est toujours vissée dans la tête des immigrés urbains. Le « bled » est un cadre normal. C’est là qu’on retourne. Ben oui, même les Berrichons retournent au bled.

On en a déjà parlé à propos des remarques de Maurice Agulhon sur la perception des territoires. Agulhon faisait remarquer que notre vision « naturelle » du territoire est limitée : quelques paroisses tout au plus. Pour voir plus large, il faut conceptualiser, avoir des instruments de réflexion, et ce n’est pas à la portée de tous. Il faut une éducation pour se sentir citoyen français. Alors, la mondialisation… D’où les tentations du repli. D’où l’existence en parallèle de penseurs « mondiaux » (Attali, par ex.) et de tribuns locaux qui affirment qu’on ne peut pas savoir si on n’est pas d’ici.

La campagne reste largement notre cadre de pensée et c’est valable pour la politique. Cette vision est occultée par les professionnels de la communication, plutôt jeunes, plutôt éduqués (et donc susceptible de gommer tout ce qui ne ressort pas de leur éducation), plutôt enclins à choisir l’écume des apparences contre l’analyse géographique (car il s’agit bien de géographie, les territoires géographiques ont une histoire). L’un d’eux m’a même affirmé que « si seuls votaient l’Auvergne et le Pays basque Chassaigne, serait président ». L’ironie sous-jacente est blessante pour André Chassaigne, homme parfaitement honorable et dont les compétences ne sont certainement pas inférieures (même si différentes) à celles de l’actuel Président. Chassaigne, je l'aime bien et je suis certain qu'il le mérite.

Le problème ainsi soulevé est celle du plus grand commun dénominateur. Il faut plaire à tous, pas seulement aux Basques et aux Auvergnats. Ce qui passe par une communication acceptable par tous, efficace sur tous. Et ça, les locaux ne savent pas faire. Ils ne peuvent que subir un brouet « généraliste » saupoudré de promesses locales ciblées pendant les campagnes.

Tout ceci me fait penser à Octave Gélinier, fondateur de la Cegos, qui disait à ses clients que le meilleur moyen de mesurer la publicité était de la supprimer et de compter la perte en chiffre d’affaires. Personne ne voulait prendre le risque, bien entendu.

Et donc, j’aimerais bien qu’une campagne présidentielle oppose un candidat moderne et bien « coaché » et un bon plouc de base, un peu bedonnant, les deux pieds dans la terre. On verrait bien qui les Français choisiraient.

Remarque,… la dernière fois. Même s’il avait maigri, c’était pas Brad Pitt. Mais ça restait Neuilly contre Tulle. Et qui a gagné ?

Du coup, Chassaigne doit avoir ses chances….

On en reparlera…