vendredi 27 février 2015

LE SUD-OUEST N’EXISTE PAS

J’en ai marre de cette mode du « Sud-Ouest » qui envahit tout, et notamment les restaurants. Quand comprendrez vous que le Sud-Ouest n’existe pas ?

La Gascogne, oui. La Bigorre aussi, comme le Béarn, le Gers, le Tarn. Et même le Lauragais… Ho ! c’est à l’Est de Toulouse. Exact. Mais quand je m’y balade, va savoir pourquoi, c’est le Sud Ouest. Comme Toulouse. Et pas Brive qui est déjà l'Auvergne.

Tout ça, c’est des territoires, des terroirs, grosso modo le bassin Adour-Garonne. C’est varié, tout change. Les paysages, les constructions, les hommes, les vins.. Parce que les vins du Sud-Ouest, ça n’existe pas non plus. Y’a du Gaillac, de l’Irouléguy, du Madiran, du Fronton qui m’a offert les meilleures et les pires soirées de beuveries de mon existence.. Bref, le Sud Ouest, c’est une meusclagne, un tableau impressionniste où tout détail fait sens, où chaque touche ressemble aux autres et marque une différence.

Pour les Parisiens, c’est tout pareil, la terre d’un paquet de rustiques qui jouent au rugby, assassinent de pauvres bovidés et chantent quand ils sont bourrés, c’est à dire tout le temps, avec des femmes qui ressemblent à Maïté et assomment les anguilles. Les gens du Sud Ouest (ils n’ont pas de nom, vous remarquerez, on ne dit pas les Sudistes de l’Ouest ou les Méridionaux occidentaux, preuve que le Sud Ouest n’existe pas, si t'as pas le mot, t'as pas la chose), les gens du Sud Ouest sont donc de bons vivants pas trop fins, avec un accent à couper au couteau, qui aiment les Gypsy Kings qu’ils écoutent en buvant des vins d’hommes (c’est pas sexiste, juste une référence), surtout à l’apéro où ils engouffrent des tonnes de tapas. Le Sud Ouest a un chantre appelé Patrick Sébastien qui fait tourner les serviettes en braillant des niaiseries, preuve que les gens du Sud Ouest ne sont pas des monstres de culture. Et puis, c’est facile de faire la fête dans le Sud Ouest, tu vas à Bayonne début août et tu te fais tranquille ton coma éthylique en hurlant des conneries et en mettant la main au cul des autochtones.

Et donc, le couillon de Landais qui veut réussir à Paris, il ouvre un restaurant-bar à tapas (fondamental les tapas), avec quelques mots-icônes sur sa carte (foie gras, porc gascon, confiture de cerises, piment d’Espelette - obligatoire le piment d’Espelette pour décorer l’assiette). La liste n’est pas limitative.
Et si j’ai dit Landais, c’est pas un hasard. Les Landes n’existent pas jusqu’à Napoléon III. Les quelques bouts « civilisés » ne sont pas les Landes. La Chalosse, c’est l’arrière-pays de Dax, le Nord, c’est le Bazadais, le pays de Buch se rattache à l’Albret. Les Landes sont une création artificielle, un no man’s land culturel. Et donc, en un siècle, les mecs se sont construits une culture, en prenant tous les bouts de leurs voisins et en les accommodant à leur sauce propre. C’est ça qui fait du Sud Ouest, une sorte de meusclagne avec un peu de Béarnais, un bout de Basque, un gros bout d’Espagnol (à cause des Espagnols qui ont peuplé la région sous Napoléon le Petit -Maïté, elle s’appelle Ordonez, pas oublier). Si on regarde avec soin, ce qu’on appelle culture du Sud Ouest, c’est les Landes.

Et donc, tout y est faux. Y’a jamais eu de tapas dans le Sud Ouest. Pour l’apéro, on ouvre quelques boîtes de patés, on coupe un peu de jambon. Rien à voir avec les tapas, les croquettes de morue ou de patates, les piments du Padron, l’omelette coupée en cubes qu’on trouve « de l’autre coté ». Même au Pays basque nord, on ne trouve pas les pintxos (c’est le nom local des tapas) comme à Donostia (si tu veux faire touriste à la con, tu dis San Seb’). Dans les Landes, les tapas, c’est importé. Comme est importé le poisson vu que les ports de pêche (à part Capbreton), ça foisonne pas, la côte s’y prête pas. OK, y’a l’asperge…mais pas toute l’année.

Dans les Landes, la corrida et sa culture existent. Mais les Landais qui veulent voir de belles courses, ils vont ailleurs, parce qu’à part Dax…y’a bien quelques petites arènes (Tyrosse, Magesccq, Hagetmau) mais trop petites pour avoir les moyens d’acheter de bons toros et de payer les cachets pharaoniques des grands maestros. C’est bien, on n’y voit pas de touristes. La culture du flamenco existe, mais, allez savoir pourquoi, on n’en parle jamais dans les restaus au nord de la Loire. C’est que le flamenco, le vrai, le pur, c’est pas les Gypsy Kings. Ça colle pas à l’image, faut connaître.

Mais la com’ a tout gommé : désormais, les Landes concentrent le Sud Ouest. Même les Allemands le croient, c’est dire. De la diversité, de la subtilité du Sud Ouest, on ne sait plus rien. Tiens, tu savais, toi, que Marianne, la belle Marianne, le symbole de la République était née dans le Sud Ouest, à Puylaurens, superbe village du Tarn ? Le Tarn, il faudra bien en parler, même s’il y en a un bout en Languedoc. Allez bouffer chez Calas, à Lacaune, vous verrez ce que c’est qu’un restaurant du Sud Ouest. Ou offrez vous une soirée chez l’un des grands du Pays basque : André Darraïdou, Pierre Chilo, Jean-Bernard Hourçourigaray ou Pierre Etchemaïté. Là, personne ne vous gavera avec la qualité du produit, le respect de la tradition et tous ces poncifs qui n’excitent que les mauvais journalistes. Mais ce qu’il y a dans l’assiette parle pour eux.

Le Sud Ouest, c’est ça. On parle peu, on fait beaucoup.

Bon, vous avez le droit d’aimer le foie gras au wasabi, Patrick Sébastien et les Gypsy Kings. Mais je vous assure, les Cantayres de Came et le pâté de couennes de la belle Pascale, c’est bien aussi. Follement authentique, puisque c’est ça que vous cherchez. Forcément, c’est une culture de paysans pauvres. On perd rien, on recycle les restes, comme les chichons..Ha ! les chichons, personne ne les fait comme ma marraine, avec leur édredon de saindoux.

On en reparlera…

PS : « meusclagne », c’est un mot du Sud Ouest. Il parle tout seul…

PS 2 :: Conserver, c'est encore bâtir. C'est un mot de Georges Duhamel. Il va avec la cuisine, je trouve.

lundi 23 février 2015

PAUL BOGLIO, MON AMI

Je suis très inquiet. Si ce texte tombe sous les yeux de Paul, il est d’une telle modestie que nos rapports risquent d’en souffrir. Mais je passe mon temps à parler avec des gens qui ne savent rien de lui et aimeraient certainement le connaître.

Racontons. Quand la SNCF a lancé le TGV Sud-Est, nombreux furent les vignerons qui se plaignirent d’une diminution de la production et réclamèrent une indemnisation, parfois conséquente. La SNCF se tourna donc vers l’INRA pour une expertise. Paul était directeur de recherches à l’INRA et il fut désigné.

Je ne sais plus combien de temps, il y passa. Quelques années. Quelques années à élaborer un travail de dentellière. Pour moi, comme pour beaucoup, le problème était simple. Un couloir, un déplacement d’air et basta ! Point du tout.

C’est compliqué la vigne, c’est fragile, c’est subtil. Comme le vin, pour tout dire. D’abord le déplacement d’air, il varie. Avec le profil de la voie, avec la vitesse du train et même avec son poids : les trains du 2 juillet, bourrés jusqu’à la gueule de Parisiens qui cherchent le soleil déplacent plus d’air que ceux du 15 novembre.

Après quoi, l’air (qui est un fluide) se glisse partout où il peut. Un monticule d’un mètre suffit à le dévier ailleurs. Quelques milliers de monticules, encore plus. Des fois le souffle se fait sentir très loin des voies. Des fois, pas du tout.

Et puis, il y a les autres variables : l’âge des vignes, par exemple. Dans certains cas, les vieilles vignes souffriront plus, dans d’autres elles résisteront mieux. Le sol et sa capacité à retenir l’humidité (ou à ne plus la retenir si le souffle le dessèche). Naturellement, le cépage a son mot à dire. Et l’exposition car il y a interférence entre l’exposition et le souffle provoqué par le train.

Quand il racontait, Paul se marrait tellement mes insuffisances étaient criantes. Je croyais connaître et je ne savais rien. Lui passait son temps à visiter les vignobles, à parler avec les vignerons, à voir, parcelle par parcelle, ce qui avait changé. A suggérer des solutions aussi. Tailler différemment et pas à la même époque. Fils de paysan-vigneron, le vin, il connaissait. Intimement.

Je ne sais plus combien d’années, ça a duré. Ce que je sais, c’est que la SNCF a indemnisé et que personne ne s’est plaint.

Je pense à lui tous les jours quand je lis les yakafokon qu’on trouve sur le vin. Forcément. Cette complexité cette subtilité, cette interférence entre tant d’éléments qu’on connaît peu ou mal, ça se prête pas à la destructrice simplification d’Internet. On est à des années lumières du glass of merlot (ou chardonnay) des Américains qui se la pètent. Et qui écrivent des livres sur le vin, of course. Le vin, ça demande des années d’apprentissage, des années d’interrogations, des doutes incessants, des remises en cause permanentes. Et une infinité de quilles vidées, pas pour le plaisir de boire (encore que…) mais par quête intellectuelle et souci d’encyclopédiste.

Pour faire court, c’est un truc de vieux, de vieux bourgeonnés de recherche, d’interrogations, d’incertitudes. Les jeunes, ça leur va pas. Ils ont choisi le vin pour faire carrière (ou faire du fric, c’est pareil). S’il faut être vieux pour faire carrière, c’est fausse route. Et donc, forcément, ils élaguent, ils vont au plus court, au plus rentable. Le cépage, le millésime et roule, ma poule.

Si vous le rencontrez, ne parlez pas de vin à Paul. Il est désormais plongé dans une autre recherche, artistique. Lui, le fils de colon tunisien qui a sillonné les terres d’oc, s’est installé au Pays basque avec sa belle Hélène. Bon, on ne se refait pas et tout ce que je sais des vignobles basques, c’est à lui que je le dois.

J’ai un seul regret : ne pas avoir réussi à faire boire un coup à Paul et à Antoine, ensemble. Je me serais sûrement emmerdé car ils auraient parlé pédologie, sédimentologie et autres sciences dont j’ignore tout… Mais je suis bien sûr qu’il y aurait eu à glaner quand même….

Et c’est pour !a que j’aime le vin : il procure plus d’interrogations que les Dieux…

On en reparlera….

samedi 21 février 2015

ANDRÉ LAHARGOU, MON AMI

Longtemps que j’avais envie d’en parler, à force d’entendre des sottises sur les bouchers. André il était d’abord boucher, mais aussi un peu (beaucoup) charcutier. Avec lui, j’ai appris plein de trucs sur la viande.

Et d’abord, c’est que le boucher, avant de tuer le bœuf, il va le caresser. Il m’avait emmené en Chalosse chercher un bœuf pour le conduire à l’abattoir. On était partis, avec sa vieille bétaillère, visiter les éleveurs entre Amou et Hagetmau. On arrivait à la feme, on buvait un coup en parlant avec l’éleveur. André, il disait ce qu’il cherchait, le poids, la morphologie. Après on allait au pré, l’éleveur montrait, André allait caresser la bête. Et puis ils parlaient tous les deux, entre pros. André, il disait que la bête était trop charnue d’ici, insuffisante de là. Moi, j’y comprenais rien. L’éleveur, il discutait pas, il était d’accord. Entre pros… Pendant ce temps, on buvait des coups.
De ferme en ferme, la quête continuait. En milieu d’après midi, on chargeait le boeuf parfait qu’André avait enfin trouvé et on reprenait la route, cramés comme le maquis corse après le passage des promoteurs. De ce bœuf, André savait tout et d’abord sa généalogie. Il avait inventé, sans le savoir, la traçabilité.

Après quoi, il filait à l’abattoir, en râlant contre la modernité qui l’empêchait d’estourbir le bovidé dans sa cour, comme il avait toujours fait. Il restait suivre l’abattage, le découpage, le sort des abats. Il récupérait tout et d’un coup de reins précis, il chargeait les deux demi-carcasses dans le camion et retour à la cour de la boutique. Seconde leçon : si tu sais pas porter les 300 kilos d’un demi-bœuf, choisis un autre métier. Des fois, j’y pense en regardant mon boucher parisien qui parle si bien de sa viande mais qui est pas gaulé pour la transporter. D’ailleurs, on le livre.

André, il était bien connu des services de l’hygiène. Tout le monde savait que sa cuisine était dans la cour, avec ses chiens sous la table auxquels il lançait quelques bas morceaux parfois. Personne n’y allait. A cause du fusil pendu au dessus du fourneau. C’est là qu’il faisait terrines et pâtés. Certains pour des chefs macaronnés. A chacun sa recette et il ne se trompait jamais.

Dans la boutique, c’était autre chose. D’abord, c’était une boucherie fumeur. C’était pas illégal à l’époque mais y’avait des clients qui aimaient pas. André leur disait tranquillement : Y’a d’autres bouchers dans la ville. A 11 h le matin, il commençait à préparer l’apéro des clients. Pas de tous. Juste les habitués et les copains. C’était son truc : clope au bec, il accueillait comme ça. Ho ! copain, comment tu vas ? Qu’est ce que tu bois ? Ce qu’on voulait venait après. On voulait rien d’ailleurs. On répondait : t’as quoi aujourd’hui ? Et là, commençait une parade amoureuse (ou commerciale). Il proposait. Des escalopes, un beau rognon, un onglet. Il nous connaissait tous, il savait nos goûts les plus intimes. J’ai de la hampe, mais elle sera meilleure demain (ou dans deux jours). Et les verres se vidaient, et les verres se remplissaient. En été, le fumet de la daube de toro emplissait parfois la boutique. Dans la boutique, il y avait, au sol, le conflit récurrent entre André et l’Hygiène : la sciure. Illégale, la sciure. La bonne sciure de Monsieur Alvarez, le menuisier du quartier, qui l’échangeait à André contre une côte de bœuf ou une terrine. La sciure, ça a jamais empoisonné personne, disait André. Mais l’Hygiène ne venait plus. A cause du fusil. C’était un bizutage. Chaque jeune fonctionnaire avait droit à la mission chez André. Il en ressortait généralement livide. Un colosse de deux mètres qui te braque son Manufrance sur le bide, ça calme.

Bois un coup copain, j’ai préparé les gras doubles, ça sent la merde. Forcément. Demain les gras doubles ? Bien entendu, il manquait encore de la cuisson.

Il claudiquait André. Cinquante ans de régime carné, ça bouche les artères. Surtout avec la clope et le Label 5. C’était la vie. Et le vendredi, c’était volaille. Les lapins, poulets et canards élevés dans la cour, derrière (Illégal). Elevés avec amour et maïs de la ferme. Saignés par le maître, dans la cour. Illégal encore. Si t’étais fainéant (et je l’étais) tu commandais. André, je te prends un lapin, tu me fais le civet ? Illégal.

Une fois, j’enquille un chevreuil sur une route des Landes. Je le ramasse (illégal), je l’apporte à André. Il en a fait une montagne de terrines (illégal) dont une partie a servi à payer le carrossier (illégal encore). Il en a gardé pour le service rendu. Mon chevreuil s’est retrouvé sur quelques grandes tables. Illégal toujours.

Tous les ans, André promenait ses bœufs gras. Illégal, les boeufs ça chie en ville. Il a été le dernier, jusqu’au dernier jour.

Ainsi allait la vie chez les bouseux. Dans l’illégalité la plus totale. Enfin, moins que dans le monde politique. Mais avec du gout.

J’y pense quand je rentre chez un boucher-charcutier aujourd’hui. Et encore plus quand j’en sors, avec jamais la bonne viande, jamais ce que j’aimerais manger. Parce que le grossiste de Rungis, il est pas allé boire des coups avec l’éleveur. Mon con de boucher, il affiche des certificats d’abattoir ; Jocrisse ! Tout ce qu’il sait de son boeuf, c’est ça. Un papier de l’abattoir de Parthenay certifiant qu’il a acheté une carcasse de blonde d’Aquitaine. Il me manque tout ce temps passé à préparer, du champ au fourneau, le plus beau moment de la journée : un repas. Les mômes qui torchent des dizaines de lignes sur les bouchers stars de la capitale devraient leur poser la question : ce bœuf, tu l’as caressé avant de le trucider ? Impossible : les mômes journalistes voussoient leurs interlocuteurs.

André est mort. Les artères bouchées, c’est méchant. Il est mort comme le chat de sa belle-mère. Il l’aimait pas la vieille. Alors, un jour, il a étranglé le greffier, il en a fait un civet et quand elle s’est exclamée qu’il était un grand cuisinier, il lui a sorti la peau du matou. Elle est partie sans désir de retour.

Avant d’être son copain, j’étais un jeune morpion. Et je posais mes trapiots (c’est des filets) à la sortie du tuyau qui évacuait directement ses résidus dans l’Adour (illégal). C’est là qu’on trouvait les plus belles crevettes.

C’est à cause des lois qu’on bouffe mal aujourd’hui ; Mais Macron s’en fout. C’est pas Herriot, Macron. Quand nos députés préféreront l’andouillette au IPhone, l’espoir reviendra.

On en reparlera…

mardi 17 février 2015

FAIBLESSE DE LA CHINE (1)

La Chine est faible, en fait. Pas pour les raisons généralement mises en avant.

La Chine est faible parce que les Incroyables sont en train de prendre le pouvoir. Elle suit, en fait, le chemin que prit la France après la mort de Robespierre et Saint-Just.

J’aime bien voir un cousinage entre Mao et Robespierre. Dans les deux cas, seule compte la Nation, seul vaut le bien public. Et la punition est impitoyable à ceux qui dévient de la ligne. A la morale républicaine se superpose une morale individuelle, faite de chasteté, de frugalité, de dévouement.

Après la mort brutale de Robespierre, le balancier se déplaça et le Directoire se lança à la poursuite effrénée des plaisirs. Mao a eu des successeurs, des vieux communistes qui en avaient bavé et n’étaient pas prêts à céder aux sirènes de la jouissance. Sans compter qu’à leurs âges, le plaisir comptait moins. Et, par voie de conséquence, il y a eu un temps de latence. Mais j’ai le sentiment que nous y sommes.

Ça m’a sauté aux yeux hier lors d’une réunion avec une jeune femme qui m’a dit que son modèle de réussite et de vie étaient les USA. D’un seul coup, on n’avait plus rien à se dire. Je me sentais plus Chinois qu’elle. Elle tenait le discours commun chez les jeunes Chinois. Le discours de Madame Tallien. Un discours amoral.

La Chine est faible parce qu’elle n’a plus de morale. Le PCC a longtemps été un parti « dur », c’est à dire moral, proche de la morale antique (ou romaine). Depuis quelques années, cette pensée se délite en Chine. D’où la lutte anti-corruption de Xi Jiping dont on peut se demander si elle n’arrive pas trop tard.

Aujourd'hui, si morale, il y a, elle est confucéenne et Mao avait raison : Confucius est un danger. N’oublions jamais qu’il écrit quelque part qu’il est légitime de voler l’Etat pour nourrir son vieux père .Du vieux père à la jeune maîtresse, le chemin est court.Plus court encore, de la nourriture frugale à la Ferrari flamboyante.

Les Chinois au pouvoir ont oublié que leur réussite n’était possible que parce que le gouvernement avait bâti un cadre marxiste qui leur donnait les moyens et les outils de cette réussite. Ce n’est pas d’être Chinois qui fait leur succès, c’est d’être Chinois ET communistes. A singer les Américains, ils n’arriveront qu’à s’affaiblir comme les USA se sont affaiblis.
Après le Directoire vint Napoléon. Le balancier se déplaçait encore. On peut penser que Xi Jiping n’a guère le choix. Il va lui falloir remettre la morale au centre du gouvernement. Après tout, Mao l’a fait avant lui. Les conditions ne sont pas exactement les mêmes, mais l’action devient urgente. On ne peut pas bâtir l’avenir d’une Nation sur la recherche du plaisir. Les médias occidentaux vont hurler, bien entendu.

On voit des choses insensées : les Chinois les plus riches abandonnent leur nationalité pour préserver leur fortune. Quelle confiance leur accorder ? Si la Chine abandonne son sens de la Nation, alors, elle est fichue. Comme les pays occidentaux pour lesquels, la Nation est une gêne.

Pour Xi Jiping, la voie est étroite et les ennemis nombreux. Trop nombreux ? Je n’en sais rien. Mais il dispose encore de troupes qui conservent leur sens moral.

Mais il y a d’autres faiblesses.

On en reparlera…

mardi 10 février 2015

L’OFFENSIVE CHINOISE

C’est un livre. Un fatras de banalités du style « Les entrepreneurs chinois dépendent du pouvoir politique ».

C’est un livre biaisé dès le titre. Qui pourrait considérer que, lorsqu’elle va faire ses courses chez Leclerc, Madame Michu se livre à une « offensive » ?

Or, c’est la même chose. Si les entreprises chinoises viennent faire leur marché en France, c’est que tout est à vendre. Pour entrer au capital de Peugeot, Dongfeng n’a pas eu à se livrer à une offensive. Ni Fosun pour racheter le Club Med. A moins qu’on considère que dérouler un tapis rouge soit une provocation qui déclenche les offensives.

Tout est à vendre. Il est temps de s’en apercevoir. La prétendue offensive ne gênait personne quand il s’agissait des tomates du Vaucluse (Conserveries du Cabanon) ou du beurre normand (Coopérative Elle-et-Vire). On a simplement changé de registre. Maintenant, on est au niveau du CAC 40. Qui va changer, vu que Fosun ne fait pas mystère de son désir d’en ôter le Club Med. C’est peut être ça qui fait problème. Les changements financiers.

Les auteurs se plaignent que les Chinois n’accueillent pas assez de Français dans les conseils d’administration. Mais pour y faire quoi ? Continuer la politique qui a affaibli leurs firmes ? Continuer à croire qu’ils sont plus puissants que le pouvoir politique ? Reproche t’on à la Curie romaine de ne pas accueillir suffisamment d’athées ?

L’un des auteurs est chercheur à la Brookings Institution, une sorte de centre de recherches qui a pour but (entre autres) « d’améliorer le bien-être économique et social, la sécurité et les opportunités de tous les Américains ». Au moins, c’est clair. Quand on travaille là, c’est pour le bien-être des Américains. Et donc la question est : pour qui parle t’il ?

L’autre est consultant chez McKinsey qui s’enorgueillit sur son site de « conseiller les directions générales des grandes entreprises françaises » et de les aider « à élaborer leurs orientations stratégiques ». A priori, le rachat par les Chinois ne faisait pas partie des orientations stratégiques analysées.

Et donc, on sait qui parle : les USA. Forcément ,le rachat de l’Europe par les concurrents chinois ne leur plait pas. Au point qu’on peut se demander s’ils n’avaient pas organisé l’affaiblissement pour en profiter. Aujourd’hui, le butin est piqué par d’autres. Le soft power se met en branle. Je parie qu’on va voir apparaître l’immense file des arguments sociaux. Quand les Américains critiquent les communistes, la bagarre n’est jamais loin.

Le livre va être un succès. Toute la presse va le relayer. Personne ne rappellera que McKinsey a conseillé Usinor (racheté par Mittal), par exemple. Et que, dans les orientations stratégiques, ils ont autant de succès que de bides.

En tous cas, j’admire que de telles institutions découvrent soudain que le monde est en train de basculer. Pour des analyseurs d’avenir, c’est pas terrible.

C’est que leur vision est purement financière, déconnectée des réalités culturelles ou géographiques.
Bon, dépensez pas votre bel argent. Lisez ce blog. Vous en apprendrez autant. Avant les autres.

Il vous suffit de penser que, toujours, le roi est nu. Et que je suis un enfant. Un vieil enfant élevé avec des bouts de bois et pas des tablettes numériques.

On en reparlera…

samedi 7 février 2015

TOP CHEF : L’ARROGANCE ET LES REVES

« Nous serons des briseurs de rêves et on nous détestera pour ça ».

J’ai écrit cette phrase, il y a plus de dix ans. Et je n’en ai tiré aucune leçon. Ça vient de me revenir en boomerang à deux reprises. Un vieux copain vient de me dire que « mon arrogance était insupportable ». Après trente ans, il est temps de s’en apercevoir.

Mais, plus fort encore, après un débat sur Internet où j’ai échangé avec un type que j’aime bien, le modérateur vient de le remercier pour sa contribution. La mienne est occultée.

De quoi s’agit il ? D’un débat sur le chocolat et la cuisine. Mon interlocuteur affirme qu’avec de la technologie on peut compenser ses insuffisances. Il est honnête : il dit, pas tout à fait.

Bien entendu, je ne suis pas d’accord. Pour avoir vu travailler de grands chefs, pour avoir même travaillé avec eux, je sais tout le poids du talent et surtout des habitudes acquises à l’école hôtelière ou pendant l’apprentissage. Ce savoir-faire, rien ne peut le remplacer.

Je ne prends d’exemples que dans le réel et il n’est pas question de moi, sauf pour admettre que je n’ai aucun talent culinaire. Il n’y a aucune arrogance, mes exemples me dévalorisent au contraire.

Mais nos positions sont inconciliables. Lui donne des arguments pour que tout un chacun puisse rêver de devenir un grand chef pâtissier. Il suffit d’acheter une sonde thermique et une plaque à induction contrôlée électroniquement, plus quelques autres gadgets que j’ai oubliés.
A contrario, j’affirme qu’on ne peut accéder à l’excellence qu’au prix d’heures de travail et d’acquisitions de connaissances. Et que torcher un bon repas pour dix copains, ce n’est pas envoyer un service de cent couverts.

Il exalte le rêve quand je le détruis. J’ai déjà parlé de cette tendance à se survaloriser tout en dévalorisant le travail des autres, surtout s’ils sont professionnels. Elle est générale chez les diplômés de l’enseignement supérieur qui ne veulent pas admettre que le titulaire d’un CAP peut être meilleur qu’eux. Où est l’arrogance ? Chez moi ?

Mais voilà, ils veulent préserver leurs rêves et ils sont de gros consommateurs. Alors, on leur laisse croire qu’un texte sur liseuse électronique vaut autant qu’une originale sur grand papier ou qu’un échange sur Facebook remplace quelques mois d’études.

On va au plus simple, au plus facile à partager. Et je déteste la simplicité qui maquille le réel. C’était pareil hier soir chez Taddéi. Chacun avait SA raison qui était l’explication ultime. Dire que le réel était composé d’un peu toutes ces raisons, essayer de discriminer, de jauger (qui n’est pas juger) aurait rendu le débat académique et, pour tout dire, chiant.

Mais, putain ! quand on a la chance de savoir, on a le devoir de partager. Hé bien ! non. Il vaut mieux enfiler les sandales de Top Chef et dire à tout un chacun qu’il est le meilleur, meilleur qu’un chef reconnu, au point de passer à la télé, dernière médaille aisément accessible.

Tout ceci pour permettre à tout un chacun d’accéder à des produits ou des services compatibles avec son budget. Baisser l’exigence pour augmenter la consommation. Dire à un bon amateur qu'il est meilleur qu'un professionnel. Heureusement qu'il reste la musique où le meilleur amateur n'arrivera jamais au niveau d'un virtuose.

C’est pas comme ça que ça marche. Il restera donc toujours des lieux, des produits d’exception. Rares, chers, connus de ceux qui ont des moyens ou la possibilité de se les offrir. C’est un marché. Elitiste. En fait, c’est ça le mot. Je ne suis pas arrogant, je suis élitiste.

Mais il est plus simple de dézinguer les élitistes que de se débarrasser d’une élite autoproclamée et destructrice, mais surtout bien cachée derrière les mots.

On en reparlera…

mardi 3 février 2015

EN CREUX

Je discute sur Facebook avec ma députée…Elle, j’en ai déjà parlé ici.

Elle est juriste, croit-elle, parce qu’elle est avocate. Alors, les lois, elle s’en occupe. Notamment la loi Macron. Elle adore l’idée qu’elle va baisser le prix du permis de conduire.

Comme je la connais bien, je déploie la muleta et je pose une question perverse : « Ce serait pas plus simple de régulariser tous les mecs qui conduisent sans permis ? ».

Et là, toc, elle oublie toute prudence « En creux, c’est ce qui est prévu dans la loi ».

En creux !!! C’est une expression de graveur, alors, pensez si je connais. Dans une gravure, ce qui s’imprime, c’est ce qui n’est pas en creux, mais en relief. Toutefois, les bons graveurs savent faire passer un message avec les creux qui ne s’impriment pas.Comme les ébénistes avec la "contrepartie"

Et donc, ce que me dit Colette, c’est que la loi Macron va régler le problème des gens qui ne respectent pas la loi en modifiant la loi, mais sans le dire. A bas bruit.

C’est magnifique. Tous les arguments (permettre à tout un chacun d’avoir le permis sans distinction de revenus, aider les pauvres et les chômeurs) sont de simples marionnettes. La véritable idée, c’est de filer le permis à tous ceux qui sont incapables de le passer et que l'Etat est incapable d'identifier.

A côté de ça, on nous casse les burnes avec la Sécurité Routière. Même que Cazeneuve, il a ressorti le serpent de mer des platanes tueurs. Comme si les platanes tuaient !!! Tiens, j’attends que la mère Perrichon, elle monte au créneau sur ce « en creux ». Vous savez Chantal Perrichon, la dame qui voudrait qu’on conduise à 30 km/h sans boire un seul verre et qui est si tant télégénique.

Quand tout le monde aura compris, ça va faciliter l’organisation des exams. Plus personne n’aura envie de le passer.

En pensant à Jack Lang et à son 100% de réussite au bac, on pourrait imaginer que le PS, c’est ça : réduire les obligations pour pas avoir à les contrôler. En fait, c’est plutôt un système général issu de la pensée Sciences-Po : si c’est complexe, on simplifie ce qui facilite la synthèse. Après quoi, on brandit la "méritocratie" alors que c'est juste l'inverse. Oui, mais en creux...

Du moins, Colette, avec son « en creux », elle en révèle beaucoup plus. Je suis content ; je passe mon temps à chercher les creux.. En creux, l’exportation des techniques crée le chômage. En creux, se battre contre la consommation du vin permet au vignoble français de changer de mains. Ho ! tu exagères. C'est pas ça qu'ils veulent. En est-on si sûr ?

Tiens, si j’étais pas si fainéant, je créerais une page Facebook appelée « en creux », pour permettre à tout un chacun de signaler les creux. Ça ferait une bien belle boîte à idées pour le FN.

On en reparlera….