mercredi 17 septembre 2014

LA MORSURE DES SANS-DENTS

Ils ont tous le mot « morale » à la bouche. Nous sommes en France : plus on parle d’un sujet, moins on en fait. Je vais en énerver plus d’un, mais j’aime bien les comparaisons. Entre deux partis au pouvoir, par exemple.

Jérôme Cahuzac, dont on ne parle plus guère, se promène tranquillement et réorganise sa vie. Il n’a pas fait grand chose : simplement frauder le fisc alors qu’il devait le gérer pour le bien de tous, mentir à ses électeurs et fouler aux pieds le socialisme qu’il était censé incarner. Au cas où vous l’auriez oublié, la fraude fiscale consiste à alourdir le fardeau des impôts pour l’ensemble des contribuables au profit d’un seul. On peut l’assimiler à un vol au détriment de la collectivité.

Bo Xilai, maire de Chonqqing, une des municipalités les plus riches de Chine, a fait grosso modo la même chose : il a puisé dans les caisses pour son enrichissement personnel. Il a volé la collectivité.

Jérôme Cahuzac est libre. Bo Xilai a été condamné à la prison à vie. Il ne demandera pas d’allégement de peine. Il a raison. Sa prison est assez confortable. Et tous ses biens ont été confisqués. S’il sort de sa confortable prison, il sera SDF. Personne ne lui tendra la main. Il a intérêt à se faire nourrir par l’Etat.

Deux poids, deux mesures. Je souligne pour tous ceux qui vont, dans les gazettes, se moquer du socialisme à la chinoise. Le socialisme, c’est d’abord une morale. Il me semble qu’en l’espèce, la morale s’est installée à Pékin.

Mes amis juristes se drapent dans les codes. Cahuzac est soumis aux lois. C’est bien le problème. Le code est le même quel que soit l’inculpé. Pas tout à fait cependant. Le responsable politique jouit d’une immunité alors même qu’il a un devoir d’exemplarité. Deux poids, deux mesures, mais certains sont mieux et plus protégés que d’autres. Drapé dans son écharpe tricolore, le député risque moins que le citoyen lambda. Et ne parlons même pas du Président.

Pour ma part, je ne verrais aucun inconvénient à ce qu’il y ait deux codes. Un pour le citoyen de base, un pour le responsable politique dont les peines seraient aggravées au nom de l’exemplarité qu’il doit incarner. Je suis bien tranquille : au nom de l’égalité devant la loi, tout le monde va protester, en oubliant que nous ne sommes pas, le député et moi, égaux devant la loi. Vu que cette histoire d’immunité, c’est la porte ouverte à l’absolu bonheur des avocats : le délai. Plus on attend, plus la peine se dilue dans l’oubli des faits.

Ainsi va l’interprétation morale. Venant de la droite, ça ne m’étonne guère, elle a une morale à géométrie invariable. Il suffit que soient protégées les rentes de situation et que soit assuré l’enrichissement. Venant de la gauche, des héritiers de Robespierre et de Jaurès, ça me rend sauvage. Ce sont eux qui tiennent le discours de la morale et n’hésitent pas à la violer. Thévenoud a eu comme seule punition d’être exclu du PS. Tu parles d’un drame ! Il va être non-inscrit et le tour sera joué.

On va droit au clash…. Les communistes chinois savent que le peuple a besoin d’exemples, les socialistes français s’en foutent. Cahuzac en prison et ruiné, ça assurerait un gros paquet d’opinions favorables et ça démonterait les arguments de Marine.

Et donc, je pose la question : vaut il mieux être féroce avec un corrompu ou faire le lit du FN ? Parce que c’est comme ça qu’elle se pose la question. En termes simples et vulgaires. La Chine a remis à l’ordre du jour les autocritiques (à la télé, l’audience est plus large) d’élus et de fonctionnaires. D’après vous, comment réagissent les citoyens de base devant l’humiliation de ceux qui les ont trompés et humiliés ? Le plus simplement du monde : ils se sentent protégés et vengés et ils se marrent. C’est vulgaire ? C’est basique ? Peut être. En fait, c'est pas plus vulgaire qu'une émission de télé-réalité.

C’est cruel ? Non. La cruauté, la vraie, c’est de mépriser les autres. C’est de se sentir au dessus.(*)

C’est d’oublier que les sans-dents peuvent mordre. Malgré tout.

On en reparlera….

(*) à peine avais je écrit cette phrase que notre improbable Ministricule socialo-rothschildien chargé des Finances faisait sa sortie sur les "ouvrières illettrées", ajoutant le sexisme au mépris. Qu'il commence par aller devant les électeurs pour se donner une légitimité. Et si le mari d'une "ouvrière illettrée" allait décharger sur lui son fusil à sanglier, je trouverais ça assez normal...Trop, c'est trop...

samedi 13 septembre 2014

LA GUEULE ET LE TROU DU CUL

C’est un truc qui me trottait dans la tête. Un signe pertinent. Ce sont les seuls qui m’intéressent.

Il existe une sorte de trophée des meilleurs cuisiniers du monde. Ça vous sort une liste des 50 meilleurs restaurants around the world. Et ce machin est sponsorisé par une marque d’eau !!!

Ceci devrait nous entrainer à sourire, puis à douter et enfin à rejeter.

Manger, c’est un acte de jouissance, un acte de fête, et manger au restaurant doit marquer une rupture avec la monotonie du quotidien. En banquetant, on rejoint la cohorte de tous ceux qui, au fil des siècles, se sont réunis pour ripailler, se goberger, rigoler et mettre la main au cul des servantes. Manger est un acte païen, rustique et festif. Se mettre à table n’est pas le fait des culs serrés. Sauf à bouffer un brouet d’orties dans le réfectoire d’un monastère chartreux. Mais là, on ne mange pas. On survit.

Effectivement, pour survivre, il faut de l’eau. Pour déconner, pour se lâcher, pour que le plaisir apparaisse, se développe, éclate en éructations satisfaites et en vagues de rires, il faut d’autres breuvages.

Nous vivons désormais les temps de la manducation sinistre. On mange pour pouvoir parler de ce qu’on mange et comme on ne sait rien (ou pas grand chose) des produits que l’on mange et des techniques à mettre en œuvre, on utilise la nourriture comme sujet de réflexion. On juge des résultats sans rien savoir des moyens de l’atteindre, ce qui distingue le critique gastronomique du chroniqueur sportif qui sait, lui, que Dupont a eu des lacunes à l’entrainement ou que le « coach » n’avait pas choisi la bonne formule pour permettre à Tartemolle de montrer son talent. Et donc, on philosophe, on se tient raide sur des chaises encore plus raides. Bouffer est devenu une activité intellectuelle. D’ailleurs, personne ne bouffe plus. On goûte, on déguste, on affine et on affirme. On se croit distingué parce qu’on s’emmerde. Et on boit de l’eau.

Bouffer est devenu une activité intellectuelle depuis qu’on fréquente plus les restaurants que les librairies. Les premiers se multiplient, les secondes disparaissent. Il ne vient plus à l’idée de personne que, pour la pensée, on a les livres, pas les assiettes. Tiens, je viens de retrouver un menu du Fouquet’s. Le 15 novembre 1958, on y servait des poulardes de Bresse Albuféra, des beignets de cervelle Orly ou de la noix de ris de veau braisé. J’ai été invité au Fouquet’s il y a quelques semaines. Il m’est apparu évident qu’on ne pouvait plus servir de cervelle à une clientèle qui, à l’évidence, ignorait l’existence de la chose ou son utilisation. J’aurais préféré dîner avec Montaigne qui raconte qu’il est tellement avide qu’il se mord les doigts quand il mange (car il mange avec les doigts, bien entendu).

Nous vivons dans la confusion la plus totale. Manger, ce n’est pas aimer, ni penser, ni rien d’autre que se remplir la panse, la gueule grande ouverte et le trou du cul soumis à la pression provoquée par l’accumulation des aliments. Oui, je regrette les repas qui duraient quatre heures. Minimum. Les repas où on n’appelait pas les diététiciens au secours, mais, éventuellement, les médecins pour l’apoplexie finale.

Je ne retrouve plus ces impressions qu’avec mes amis chinois. Pour un Chinois, manger, c’est pas rien. Un repas à douze plats, ce n’est pas rare. Et on ne boit pas de l’eau. Ou du thé. On bâfre, on se goinfre, on se porte des toasts, on se finit au maotaï. Bref, on vit. On prend du plaisir ensemble, on se respecte, on s’honore. Ce qui n’empêche pas de travailler sérieusement. Ni de pratiquer les croisements culturels. Ça aussi, on devrait y réfléchir. Nous, on a adopté le tofu et la soupe au miso. Eux ils ont déjà inventé les nems au foie gras. Pour vous dire qu’ils nous ont pas piqué le bouillon de légumes et les carottes râpées.

En fait, on est toujours aussi nuls en géographie et on confond toujours la Chine et le Japon. Quand je vois un zozo comme Thierry Marx s’exciter sur le sushi…Il ferait mieux d’aller au Shaanxi goûter les languettes de filet mignon de porc servies en beignets sucrés. Ou les aubergines pimentées du Sichuan. Tous nos chefs bossent en pensant aux Japonais. Etonnez vous après ça que les Chinois nous boudent. La seule qui ait un avenir en Chine, c’est Maïté…. Je comprends pas qu’elle n’y soit pas déjà….

C’est peut être pour ça que nos hommes d’affaires sont si nuls sur le marché chinois. Plutôt que d’avoir la gueule ouverte, ils ont le trou du cul serré.

Quant aux 50 meilleurs restaurants de l’eau gazeuse, ils sont majoritairement nordiques et luthériens. Hé ! les mecs ! on bouffe pas pour aller au Paradis. C’est même le contraire… Demandez à Philippe d’Orléans.

Bouffer doit être excessif. Vivre excessivement. Travailler excessivement. Déconner excessivement. Pécher excessivement.

Amen…

jeudi 4 septembre 2014

MISTRAL PERDANT

La bonne nouvelle, c’est qu’un mec au moins va améliorer ses chiffres (en hausse) : le directeur du Pole-Emploi de Saint Nazaire.

Résumons. La Russie commande à Sarkozy deux navires de guerre, deux merveilles de technologie française. On les appelle des bâtiments de commandement, mais ils sont aussi un peu opérationnels. La Russie commande et paye. On appelle ça un contrat. Personne ne dit rien.

Et donc on construit. Les Russes choisissent le nom des navires. Sont pas compliqués les Russes. Celui qui va sur le Pacifique, on l’appelle le Vladivostok, celui qui va en Mer Noire, on l’appelle le Sébastopol. Pour le Mourmansk, on verra plus tard. Parce que, vu l’état de la marine russe, ces deux contrats, c’était juste un début.

La Russie et l’Ukraine se fritent un peu. C’est bien compliqué, ça fait des morts. Mais voilà que le « grand frère américain » fait les gros yeux. Il a signé le contrat ? Non, mais il s’invite.

Et donc le gouvernement français « suspend » le contrat. Moi, j’imaginais que mon gouvernement dirait au « grand frère » : mêle toi de ce qui te regarde. Les bateaux valent un peu plus d’un milliard d’euro, si tu veux pas que je les livre, paye. Mais non. Mon gouvernement prend ses ordres à Washington.

Mais on est dans l’OTAN ? Et alors ? Ce qu’on suspend, c’est le Vladivostok qui va aller dans le Pacifique. Le Pacifique, c’est pas l’Atlantique Nord, non ? Ou alors, faut refaire les cartes.

Le gouvernement « suspend ». Unilatéralement. Ça s’appelle « rupture de contrat ». Va falloir payer si on applique pas le contrat. Mon gouvernement s’en fout. C’est moi qui paye. De plus en plus difficilement, d’ailleurs.

Sans compter que la parole de la France, va en prendre un vieux coup. T’imagines ? Tu signes avec un pays et, au moment de livrer, il déchire le contrat.

Faut se mettre à la place d’Obama. Le Pacifique, il considère que c’est sa mer. Déjà quand les Chinois ont lancé le porte-avions Liaoning, il a râlé, Baraque… Si la partie occidentale du Pacifique se renforce, ça lui fait pas plaisir. Il va pas entretenir une flotte juste pour protéger San Diego, quand même ! Et donc, comme il veut le beurre et l’argent du beurre, la tranquillité dans le Pacifique ouest et payer le moins possible, il présente la note aux contribuables français. Au premier rang desquels les futurs chômeurs de Saint Nazaire.

Un peu de cohérence aurait consisté à protester à propos du Sébastopol. Sébastopol, c’est en Crimée (ex-Ukraine), et donc on aurait pu comprendre. Encore que si tu vas voir les bateaux ukrainiens à Balaklava, le risque de conflit maritime en Mer noire est faible. Les bateaux ukrainiens, ils tiennent par la peinture. Mais bon, on peut admettre.

Sauf que le Sébastopol, il est livrable au printemps et que Baraque voulait des actes immédiats, histoire d’essayer de bloquer Poutine auquel il ne comprend rien. Et donc, il demande à Hollande de s’y coller.

Les diplomates accumulent les textes : tel accord de 1994, telle résolution de 1997. C’est totalement inutile, on est passé au-delà. Poutine n’envahira pas l’Ukraine (je veux dire officiellement, comme Adolf avec l’Anschluss). Il va pourrir la situation jusqu’à ce que l’Ukraine (ou des gros bouts d’Ukraine) tombent dans l’escarcelle russe. Il n’envahira pas non plus les pays baltes ou la Pologne qui sont dans l’UE. Ni la Bielorussie tant qu’elle le suivra. Il utilise une tactique vieille comme le monde : attendre que la population, ou une partie de la population, demande son intervention. Et même là, il fera un peu sa chochotte.

En attendant, tout le monde regarde l’Ukraine. Moi, qui suis un vieux joueur de go, je me dis qu’il faut regarder ailleurs. Et si la nouvelle la plus importante était l’ouverture par Al-Qaïda d’une branche dans le sous continent indien ? Mais ils sont déjà au Pakistan. Bien entendu. Sauf qu’il y a autant de musulmans en Inde qu’au Pakistan. Le terreau est là. La graine arrive. Qui la plante ? Et qui va l’arroser ?

J’ai bien une petite idée mais ça nous entrainerait loin du Vladivostok. Qui est un Mistral. Perdant.

On en reparlera….

mardi 2 septembre 2014

LA ROUTE DE LA SOIE

Ça n’existe pas. C’est juste un mot. Inventé par Ferdinand von Richthofen, géographe allemand et, accessoirement, oncle de Manfred von Richthofen, le fameux Baron rouge. Juste une manière de décrire succinctement les siècles d’échanges entre l’Est et l’Ouest de ce qu’on appelait jadis l’Eurasie.

Parce qu’au cas où vous l’auriez oublié, on peut aller en train de Lisbonne à Pékin. Parce qu’au cas où vous l’auriez oublié, il y a juste un pays d’écart entre la Finlande et la Chine. Ben oui. Tu quittes Helsinki, tu entres en Russie. Tu sors de Russie, tu es en Chine. Si c’est pas un ensemble cohérent qu’est ce que c’est ?

Et donc, depuis des siècles et des siècles, des gens parcourent cet ensemble cohérent en échangeant des marchandises et des idées. Des gens communiquent, partagent, facilement, sans avoir besoin de rien d’autre que leurs pieds. Depuis des siècles et des siècles, s’est construit en ensemble culturel mais aussi économique, entre voisins.

Et donc, voici une dizaine d’années, le gouvernement chinois a remis à l’honneur ce concept de Route de la Soie. Concept parce qu’il n’y en avait pas qu’une. Les échanges passaient par l’Asie centrale, c’est évident. Mais aussi par le Sud, par la mer. L’art grec arrive au Xinjiang chinois via l’Afghanistan. A Tourfan, à Dunhuang, les peintures bouddhistes sont influencées par l’art grec. C’est ce que les spécialistes appellent l’art gréco-bouddhique du Gandhara.

Le message était clair : nous vivons ensemble et nous n’avons pas intérêt à l’oublier. Certes, la Route de la Soie semble être aujourd’hui un titre pour brochure touristique. Mais justement. Passons derrière le miroir pour retrouver la réalité des choses.

Ce qu’il y a d’emmerdant pour certains, c’est que l’Eurasie pèse lourd : 54 millions de kilomètres carrés, (un bon tiers des terres émergées) près de 5 milliards d’habitants, des ressources géologiques énormes, une fantastique variété de climats et de pratiques agricoles.

En remettant l’Eurasie au premier plan, la Chine nous faisait un signe. Mais comme toujours, nos politiciens ne l’ont pas vu. Depuis Giscard et JJSS, ils sont obsédés par le modèle américain (http://rchabaud.blogspot.fr/2014/01/le-defi-americain.html). Au point que Sarko-les-talonettes allait passer ses vacances aux States. Et le mec se dit gaulliste ! On rêve. Pour nos énarques, l’Est de l’Eurasie, c’est la terre des Rouges, des fils de Marx au couteau entre les dents. En 89, l’Occident avait eu la peau du Traité de Varsovie et s’était persuadé que le marxisme n’existait plus. Ce qui est aussi con que de dire que le cartésianisme n’existe plus. Une théorie est toujours disjointe de ses applications.

Et donc, tout semblait d’une limpide clarté. L’Occident tellement intelligent parce que capitaliste avait eu la peau du communisme au point que même la Chine faisait du capitalisme. Et la Russie allait payer dans un splendide isolement toutes ces années de trouille que l’URSS nous avait infligé.

Nous (l’UE, l’Europe) avons donc tourné le dos à la Chine pour regarder à l’Ouest. C’est très con : vaut mieux regarder le soleil qui nait que le soleil qui meurt. Nous avons aussi tourné le dos à la Russie, encouragés par les anciens pays communistes qu’on avait fait entrer à flots dans notre système. Au premier rang desquels la Pologne dont on sait pourtant que toute son Histoire ne nous a apporté que des emmerdements. Les Polonais, ils ont donné l’exemple: dès qu’on les a fait entrer en Europe, pour nous remercier, ils ont acheté des avions américains, pas des Rafales. T’imagines la fiabilité de l’alliance avec des trous du cul de cette envergure ?

On a sacrément daubé sur l’avenir de la Russie, sur les oligarques qui achetaient des clubs de foot et dépensaient leurs roubles à Megève, à croire qu’il n’y avait que deux sortes de Russes : les riches mafieux et les pauvres bourrés. Et donc, on a aussi tourné le dos aux Russes.

Quand t’es tout seul, tu cherches des amis. Moscou a vu Pékin lui faire de l’œil. D’autant que, malgré les apparences et les différences souvent anecdotiques, Russes et Chinois ont déjà bossé ensemble. OK, c’était aux temps du Komintern et le costaud, c’était Moscou. Chaque pays a fait un peu de chemin vers l’autre et ils ont fini par faire Front Uni. Privé de Traité de Varsovie, Moscou s’est glissé dans l’Organisation de Coopération de Shanghai. Cahin-caha, chaque pays a trouvé ses marques. Entre marxistes, c’était plus facile. Poutine, marxiste ? Quand tu fais la carrière qu’il a faite, t’es obligé de connaître Marx. Alors, oui, Poutine a un versant marxiste, bien utile pour parler avec la Chine.

Doucement, à bas bruit, s’est tissée une alliance. Une alliance entre voisins. Dame ! ils ont plus de 4000 kilomètres de frontière commune, six fois plus que nous avec l’Espagne. Nous, engoncés dans notre mépris et nos certitudes, nous n’avons rien vu venir. Et aujourd’hui, ça nous pète à la figure. L’Europe prend des « sanctions » contre la Russie (je mets des guillemets parce que le mot pue le petit prof et le moralisateur de bidet) et la Russie nous fait un bras d’honneur. Tu m’emmerdes sur le gaz ? Pas grave. Aujourd’hui, le protocole pour la construction d’un gazoduc vers la Chine a été signé. Poutine annonce tranquillement que les sociétés européennes auront du mal à se réinstaller en Russie. Forcément : la Chine va prendre la place. D’ailleurs, cette semaine, Goldwind (entreprise chinoise) annonce installer ses premières éoliennes en Russie. Comme dit Cohn-Bendit : l’écologie apporte de la croissance. Certes, mais à qui ?

Je ne peux pas croire que nos gouvernants n’aient rien vu. Si moi, je peux voir se tisser de nouvelles alliances, un énarque, mieux informé que moi, doit le voir aussi. D’autant qu’on peut tout reprocher aux Chinois, sauf leur incommensurable franchise. Voilà quarante ans qu’ils disent et proclament qu’ils construisent le socialisme à la chinoise. Le mot important, c’est « socialisme ». Voilà quarante ans qu’ils disent et proclament que l’Eurasie a un avenir et que les mers séparent quand les terres rapprochent. Ils savent qu’on ne peut pas laisser seule une puissance comme la Russie parce que c’est ouvrir la porte à tous les débordements.

La boîte à conneries est ouverte. Le Président allemand affirme que la Russie a rompu de facto tout partenariat avec l’Europe alors que c’est exactement le contraire. L’Europe a refusé tout partenariat équitable avec la Russie qu’elle ne voyait que comme un marché, oubliant tout ce qui, depuis des siècles, a fait la grandeur de ce pays. L’Europe se réjouissait de voir la Russie à genoux. Surprise ! Elle se relève.

La Russie nous dit que le monde nouveau ne se fera pas sans elle. C’est aussi le discours chinois. Nous sommes là et nous comptons. Faire du fric, on sait. Aussi bien que vous et on le prouve chaque jour. Mais ce n’est pas l’essentiel.

Comment ? disent les Occidentaux. Qu’y a t-il de mieux que de faire du fric ? Ben, entretenir des relations de bon voisinage, par exemple. Ce que les Américains ne savent pas faire. Un proverbe mexicain l’affirme : Pauvre Mexique, si loin de Dieu et si près des Etats-Unis. Pour les USA, un voisin est un quasi-ennemi.

Nous vivons aussi le retour de la géographie, cette maudite chose aux yeux des politiques. La géographie qui nous oblige à regarder autour de nous pour voir où et avec qui nous vivons afin de savoir comment nous pouvons vivre.

Ça s’appelle l’Humanité.

On en reparlera…

dimanche 31 août 2014

SI LES RICAINS….

C’est Sardou qui bêle : « Si les Ricains étaient pas là, vous seriez tous en Germanie…. ». Et le troupeau approuve. Même si les faits prouvent le contraire.

Justement, revenons aux faits.

Juin 1941. L’Allemagne nazie envahit la Russie communiste. Russie communiste alliée avec la France et où se bat l’escadrille Normandie-Niemen. Que font les USA ? Rien. Le plus puissant groupe de presse américain, le groupe Hearst plaide ouvertement pour la neutralité. L’Allemagne nazie n’est pas considérée comme un adversaire mais comme un allié pour lutter contre le communisme. Roosevelt hésite. Il accepte de livrer des armes mais il demande que les livraisons soient gagées sur le stock d’or soviétique. Rien n’est gratuit.

Il faudra attendre le mois de décembre 1941 et l’attaque de Pearl Harbor pour que les USA se décident. Encore se positionnent-ils sur le front asiatique. En Europe, le conflit entre Allemagne et Russie les arrange plutôt. D’ailleurs, ils ne déclarent pas la guerre à l’Allemagne. Au contraire, ce sont l’Allemagne et l’Italie, liés au Japon, qui déclarent la guerre aux USA.

En 1942, l’essentiel de l’effort de guerre en Europe est supporté par la Russie communiste : les deux tiers de l’armée allemande se battent en Russie. Si les Ricains n’étaient pas là… Mais ils ne sont pas là !!! Cependant, pour montrer leur bonne volonté, ils débarquent en Afrique du Nord.

En 1943, changement de musique. En janvier, l’Armée Rouge gagne à Stalingrad et entame sa marche vers l’Ouest. Les Ricains sont toujours en Tunisie. Et là, le risque apparaît. Clairement. Si l’Europe est libérée par la Russie, elle basculera dans le camp communiste. Impensable. S’engage alors une course de vitesse. C’est à qui libérera le plus de territoires. Le problème des USA n’est pas l’ennemi Hitler mais l’allié Staline. Quand les Ricains débarquent enfin, Staline est à Varsovie, à une portée d’arbalète de Berlin.

Et donc, cher Michel Sardou, si les Ricains n’étaient pas là, nous serions malgré tout en France. Vraisemblablement en France communiste, mais est-ce si important ? Pour vous peut-être.

Pensons à un fait amusant. De Gaulle n’est pas à Yalta. Les Ricains n’en veulent pas à cause des mouvements de résistance français où les communistes jouent un rôle prépondérant. On doit le répéter. Début 1945, le problème de Roosevelt, c’est le communisme, pas le nazisme.

Dès la victoire acquise, la communication américaine se met en place. Là se trouve la vraie victoire américaine. Il va falloir prouver au « monde libre » qu’il n’est libre que grâce aux USA. Et ça dure depuis soixante ans. Au point que certains se sont étonnés que Hollande ait invité Poutine à la commémoration du Débarquement. C’était la moindre des choses. Sans Stalingrad, les Ricains ne débarquaient pas.

Depuis soixante ans, on nous le ressert : en Corée, au Viêt-Nam, en Irak, les Américains défendent nos libertés. Personne ne veut voir que les Ricains défendent surtout leurs marchés, leurs finances, leur influence et leurs libertés. La liberté d’accumuler de l’argent aux dépens des acquits sociaux, la liberté d’implanter leurs entreprises sans contraintes et surtout pas les contraintes écologiques. La liberté de drainer les ressources du monde au profit des USA. Certains ont même accepté l’idée qu’au Chili, Pinochet était un meilleur défenseur des libertés qu’Allende.

Aujourd’hui, ça continue. Poutine menace nos libertés quand il défend les siennes. Sur la Chine, c’est un peu différent. Les entreprises américaines en ont trop besoin. Donc, on infléchit. Ce ne sont pas nos libertés que la Chine menace mais les libertés du peuple chinois. C’est un peu tiré par les cheveux, mais ça fonctionne. Toute la presse est au travail pour ça. On en a déjà parlé….

On en reparlera…




samedi 30 août 2014

BRUITS DE BOTTES

Ben voilà…Suffit que je m’absente quelques jours et Poutine se précipite pour me donner raison sans même me prévenir. Bien la peine que j’en dise du bien (http://rchabaud.blogspot.fr/2014/03/jaime-poutine.html)

T’as vu Obama comment qu’il se met en colère sur l’Ukraine ? Pas que lui. Hollande aussi, il se met en colère. Façon Hollande, ça va pas trop loin. C’est que la situation évolue. Je vous fais le résumé. Le plus court possible. C’est un résumé.

Voilà quelques années que les BRICS accumulent l’or. D’autant plus facile que dans les BRICS, y’a l’Afrique du Sud et la Russie qui sont de gros producteurs. Ça, vous le savez (http://rchabaud.blogspot.fr/2013/12/il-est-lor.html). L’Occident se marre. C’est bien des habitudes de pauvres : acheter de l’or plutôt que des actions Facebook, faut vraiment être naze….

Et puis début juillet, voilà que les anciens pauvres décident de créer un organisme financier destiné à compléter l’action du FMI. C’est comme ça que c’est présenté. Il s’agit pas de remplacer le FMI (qu’est ce qu’on ferait de Christine Lagarde ? Personne n'en veut), juste de le compléter, de prêter aux vrais pauvres que le FMI peut pas aider pour cause d’insolvabilité organisée par le FMI lui-même. Les journalistes occidentaux se marrent : le nouveau Fonds, il a sept fois moins de fric que le FMI ! Un nain ! En dollars, c’est certain.Mais que vaut le dollar ?

Et puis fin juillet, voilà que la Russie et la Chine arrivent à élargir l’OCS, qu’est un organisme dont aucun d’entre vous n’a jamais entendu parler. Moi, bon prince, je vous informe (http://rchabaud.blogspot.fr/2014/08/shanghai-et-la-cooperation.html)

Content de moi, je vais me faire grattouiller par les méduses en Méditerranée et pendant ce temps mon copain Poutine décide que à partir de dorénavant et jusques à désormais, il n’acceptera plus de dollars en paiement de son pétrole et de son gaz. Et pour bien le prouver, il signe un bel accord avec Xi Jinping, comme quoi le yuan et le rouble serviront à payer leurs hydrocarbures respectifs. Poutine, il ajoute même qu’on peut payer en or.

Mine de rien, c’est plus qu’une bombe…Jusque là, pour acheter du pétrole, fallait d’abord acheter des dollars. Des bouts de papier vendus au prix fort par les Ricains. Plus la peine disent d’une même voix Russes et Chinois. Vous pouvez payer avec les sous que vous imprimez vous-même. Pauvre Obama ! Ça va faire un sacré trou dans son budget. Et c’est bien là le problème. Si on n’a plus besoin d’acheter des dollars pour acheter du gaz ou du pétrole,, ça sert à rien qu’il en imprime autant. Le dollar est au bord du gouffre. Nous aussi, tu vas me dire, vu que si le dollar plonge, l’euro va devenir hors de prix. C’est ce que vont nous expliquer tous les économistes médiatiques. En fait, c’est faux. L’euro sera à sa vraie valeur face au yuan ou au rand. C’est sa valeur face au dollar qui posera problème mais à la seule condition que le dollar reste une monnaie de référence.

Or, la vraie question est là : le dollar est-il toujours une monnaie de référence ? De moins en moins et seulement pour ceux qui le désirent. Ce que disent les grandes manœuvres en cours est clair : choisis ton camp. Or, les banquiers ne veulent pas quitter le camp du dollar. D’abord, parce que ça détruirait de façon drastique de la valeur. Si tes avoirs sont en dollars, une baisse du dollar réduit tes avoirs. Ensuite parce que ça compliquerait le jeu. Par exemple, toutes les transactions internationales sont basées sur le système IBAN dont le dollar est la référence. Une baisse du dollar va faire voler en éclats ce beau système dont les banquiers sont si fiers.

Et puis, me disent mes copains banquiers, les Chinois ont tellement de dollars dans leurs caisses qu’ils vont pas s’appauvrir volontairement. C’est bien un raisonnement de banquier. C’est clair que le dollar va pas exploser en vol. Mais tout est en place pour qu’il s’affaiblisse, lentement mais surement. Russie et Chine peuvent avaler une baisse programmée. Perdre un peu d’argent chaque année. Pour un banquier, perdre un peu, c’est déjà trop. Pour un gouvernement, il en va autrement. Surtout s’il a prévu le coup. Surtout s’il a accumulé des réserves en matières premières. Surtout s’il a signé des accords pour accompagner cette perte. Mais les banquiers (et les gouvernements occidentaux) ne peuvent pas imaginer un seul instant que le politique prime sur l’économique.

Elle est là, la vraie révolution. Le politique reprend le pouvoir. Les BRICS sont en train d ‘effacer trente ans de reagano-thatcherisme. Pour l’instant, on n’entend que des cris d’orfraie. Cris qui cachent les bruits de bottes. Car Obama n’a pas le choix. Pour défendre le dollar, il ne lui reste que les missiles. Ira t-il jusque là ?

Parce que s’il compte sur Facebook, il a du souci à se faire….

On en reparlera….


jeudi 7 août 2014

SHANGHAI ET LA COOPÉRATION

C’est un sigle que tout le monde ignore : l’OCS. L’Organisation de Coopération de Shanghai. Et l’OCS vient de faire un joli coup. Merci, Jean, de m’avoir informé.

L’OCS, c’est une sorte d’OTAN eurasiatique, une organisation de défense commune qui regroupait la Chine, l’URSS, le Kazakhstan, le Tadjikistan, l’Ouzbekistan et le Kirghizistan. Les médias français s’en foutent : ils voient ça comme une tentative des Russes et des Chinois de coopérer avec des Etats de montagnards nomades et bien folkloriques. C’est toujours le même mépris : quel intérêt ont ces Kirghizes ?

Mais voilà, les temps changent et le monde bouge. L’OCS vient d’admettre, après plusieurs années de discussion, de nouveaux membres : l’Inde, l’Iran, le Pakistan et la Mongolie. C’est pas rien… Voilà que l’Iran se trouve désormais dans une structure militaire internationale avec la Chine et la Russie.. Ça arrange pas vraiment les affaires d’Obama.

Voilà que l’Inde et le Pakistan se trouvent officiellement alliés. Bravo à tous les commentateurs qui glosent à longueur de pages sur le fossé qui sépare ces deux pays.

Voilà que la Chine et l’Inde appartiennent à la même structure de défense. Bravo à tous les journalistes qui nous abreuvent de reportages sur leur inimitié irréductible.

Année après année, les dirigeants asiatiques s’aperçoivent que Washington est un faux ami. Qu’ils sont utilisés dans un projet d’hégémonie mondiale qui ne profite qu’aux USA. Qu’on les joue les uns contre les autres et que ça ne va pas fonctionner éternellement. Alors l’OCS leur tend les bras.

L’OCS, officiellement, doit permettre de lutter contre les trois maux qui menacent l’Asie orientale : le séparatisme, l’intégrisme et le terrorisme. L’Organisation a d’ailleurs des bureaux à Tachkent uniquement dédiés à la lutte anti-terroriste. Les pays asiatiques savent bien que ces trois maux plongent leurs racines profondes dans la politique coloniale ou néo-coloniale des Anglo-Saxons. Logiquement, ils disent Stop. Et ils sortent de l’orbite de Washington qui vient de prendre, en moins d’un mois, deux claques, l’une financière (voir ici), l’autre diplomatico-militaire.

La difficulté pour Obama tient à son impossibilité de réaction. Les buts de l’OCS vont dans le sens de ses déclarations. Ceux de la nouvelle banque des pays émergents, aussi. Le ton est neutre, feutré, tranquille. En face d’Obama, les deux pays les plus peuplés du monde, deux économies puissantes dont il ne peut pas se passer. Des pays forts, qu’il a cru berner avec des mots et qui, aujourd’hui, posent le réel sur la table.

Pour survivre, il ne lui reste que le Traité transatlantique. Les USA vont donc s’y accrocher, faire le forcing. Je pense que l’Europe va céder. Alors même que c’est maintenant qu’ils sont demandeurs qu’il faut leur tordre le bras. Les négociateurs européens peuvent demander ce qu’ils veulent, les Américains céderont. Ils ne peuvent pas s’offrir le luxe d’être isolés. Mais ça, on l’avait déjà dit il y a plus d’un an.

Il ne faut pas s’imaginer que tout ceci n’est que militaire. L’OCS est un traité d’alliance entre pays méprisés (ou qui se sentent méprisés, c’est la même chose) qui ont décidé de redresser la tête. Sans surprises, la Russie fait un test sur les matières alimentaires. Sans surprises, les commentateurs affirment que la Russie s’isole, alors que c’est exactement le contraire. Regardez donc une carte. Avec l’Iran, l’étau se resserre autour des pays caucasiens et des régions caucasiennes de Russie, là où précisément les trois maux (séparatisme, intégrisme, terrorisme) posent le plus de problèmes à Poutine.. Et je ne serais pas surpris que, dans les tuyaux, il n’y ait pas une sorte d’OMC-bis, destinée à rééquilibrer des échanges Nord-Sud de plus en plus inégaux.

La seule chose qu’on ne peut pas imaginer, c’est que les USA cèdent. Ils n’ont rien compris car personne n’a envie de voir que les époques de grandeur sont derrière. Nous les suivrons dans cette descente aux enfers. Par manque de clairvoyance, essentiellement. Nous avons refusé toute aide à la Russie, alors que De Gaulle plaidait pour une Europe de l’Atlantique à l’Oural. Il fallait lui faire payer ces années de guerre froide où elle nous avait fait si peur. La Chine a tendu la main et la Russie s’en est saisie.

Tout ceci est le résultat d’années de propagande. De Gaulle savait ce que l’Europe devait à la Russie pour la victoire de 1945. Il savait ce que signifiaient une alliance avec la Russie et une alliance avec les USA. Il savait où était l’intérêt de la France. La propagande étatsunienne nous a aveuglés. Il faudra y revenir.

Dans les coulisses, les « petits pays » préparent la facture de toutes ces années d’erreurs.

Et la note va être salée.

On en rearlera…