jeudi 6 juillet 2017

JOURNALISTES AU RABAIS



J’y ai encore eu droit et ça me rend sauvage…Parce que la langue française est respectable et qu’elle est violée quotidiennement par des branlotins incapables. L’un de ces branlotins, ce matin, me fait un plan de merde sur je ne sais quel peuple décimé.
 Décimé !  en français, la décimation est un acte consistant à prendre un bonhomme sur dix et à l’executer..Décimer..un sur dix…L’étymologie éclaire.. C’est du latin… Et donc, moi, 10% de morts, ça m’en touche une sans faire bouger l’autre.

Le mec (ou la gonzesse, chipotons pas) qui te parle ou écrit sur un peuple décimé, c’et pas un journaliste, c’est un (ou une) sinistre imbécile, un connard mal sorti d’une mauvaise école. En fait, il veut dire exterminé, mais, dans sa tête, décimé, c’est plus chic. C’est vrai, exterminer, ça sent l’artisan éradicateur de cafards. Sauf que le sens des deux mots n’est pas équivalent et que tu peux pas mettre l’un à la place de l‘autre.

Les journalistes au rabais, ça les gène pas. Les mots, ils s’en foutent, ils les connaissent pas. Y compris ceux de Cicéron…. Que n’a t’on pas lu sur la mélenchonienne citation de l’exorde des Catilinaires.. Jusqu’où, Catilina, abuseras tu de notre patience ? Pour plein de mecs, cette citation, banale, était une exceptionnelle découverte. On est loin de Jean-Hérold Paquis qui terminait ses discours par « l’Angleterre, comme Carthage, sera détruite » en référence au Delenda est, Carthago, du vieux Caton. C’était sur Radio-Paris entre 1941 et 1944.

Oserais je le dire ? Je préfère le vieux fasciste qui se réfère à Caton sans le dire, mais en assumant que son auditeur le sait, au branlotin qui a besoin de Mélenchon pour découvrir Cicéron. Parce que le vieux fasciste, il respecte ses auditeurs, il me respecte, il respecte ma culture, notre culture.. Le branlotin ne respecte rien et surtout pas moi qu’il prend pour un vieux con. C’est vrai, je connais mieux Caton qu’Instagram. Et Pandore m’évoque Hésiode, pas la maréchaussée. Mais quand vivras tu avec ton temps et jusqu’où abuseras tu de notre patience ?

Bande de cons, c’est mon temps… Un temps commencé il y a  trente siècles avec Hésiode et qui se poursuit.. Un temps où il y a de la place pour tous ceux qui veulent la prendre. Même Joey Starr ? Même. J’ai écrit ceux qui veulent la prendre..Il a le droit de pas vouloir. C’est vrai que c’est pas le temps des wesh-wesh de banlieue. Encore que…

Les branlotins, ils se décarcassent et me font chier, sur nos rapports avec l’Islam. Aucun ne me parle jamais de Rodrigue Diaz de Bivar.  C’est plus facile d’aller interviewer Tareq Oubrou.. En fait, c’est ça la question.. C’est plus facile.

Bande de merdeux…Si vous allez toujours au plus facile, votre marge de progression va flirter avec zéro.. Vous chiez sur Hésiode et vous jetez son contemporain Zénon aux orties.

Peut on vivre sans Zénon d’Elée ?


On en reparlera…

PS : tout journaliste affirmant qu'un peuple est décimé (et non exterminé) est une merde que son rédac chef doit virer sur l'heure

PS 2/ j'assume un total mépris pour ceux qui n'ont pas un minimum de culture latine

mardi 4 juillet 2017

COUSIN EDMOND

C’était le cousin de Maman. Le dernier représentant d’une lignée de pépiniéristes, paysagistes, jardiniers. Jardinier à l’ancienne qui refusait la mécanisation car elle mettait une distance entre la plante et son regard, mais qui devait l’accepter au nom des impératifs économiques. Les clients n’étaient plus prêts à payer de longues heures de travail. Il souriait : « Je propose toujours deux devis, un manuel et un avec le rotovator. Les clients prennent toujours le rotovator, il est moins cher. Et quand je leur explique que la machine est le meilleur moyen de multiplier les pissenlits et les chardons, ils ne me croient pas. Alors, je fais de la merde et je m’assure le chantier pour l’an prochain ». Avec lui, j’ai beaucoup appris. Avec lui, mais aussi Paul Maymou et Yves Delange. Trois fous de jardins.

« Ecoute moi bien. Si la plus belle plante du monde se naturalise dans ton jardin, tu l’arraches. Ou tu la déplaces. Un jardin n’est que le savoir et la volonté du jardinier. C’est toi qui décides, pas le vent ou un oiseau qui chie. »

Je ne garantis pas les mots, mais c’était le sens. Cette conversation dans la grande cuisine fraiche, je ne l’ai jamais oubliée. Et, à force d’y penser, je suis arrivé à la conclusion que l’art des jardins est le plus complet, le plus difficile, le plus exigeant. Le plus décevant et le plus gratifiant. Ne fut ce qu’à cause de sa dimension temporelle. Le petit truc que tu mets en terre à l’automne aura développé un mètre de végétation à la fin du printemps et sera couvert de fleurs. Cette évolution, tu dois l’intégrer à ton boulot. Mais aussi, celle des années à venir. Il n’y a pas de hasard. Et quand tu as la chance de voir les dessins des grands jardiniers du XVIIème siècle, les tracés de perspective qui n’ont atteint leur maturité qu’au bout d’un siècle, tu comprends que le hasard n’est qu’un emmerdeur. Un jardin n’est que la volonté du jardinier.

Surtout un jardin à l’anglaise. Plus que tout autre, il est fils du savoir. Rien n’y est laissé au hasard. Il offre cette apogée de la pensée, une image de la nature conçue par la culture. Car rien n’y est naturel, tout y est pensé, réfléchi, pesé. Cousin Edmond détestait qu’on touche au terrain, qu’on envoie des bulldozers corriger une éminence ou améliorer une perspective. Il croyait que c’était le boulot du jardinier. Il tolérait pourtant qu’on prépare des fosses pour les plantes acidophiles dont il était un spécialiste, mais c’était encore et toujours la volonté du jardinier. Le désir d’avoir des rhodos en fleur à l’entrée du printemps.. J’ai pensé à lui en Irlande. J’ai oublié le nom de la propriété où Barry Maybury m’avait emmené. Les couleurs de la famille étant le rouge et le blanc, les jardiniers avaient orné l’allée principale de deux rangées de rhododendrons, les rouges à gauche, les blancs à droite. Et à la floraison, les arbres étaient protégés par une fine gaze pour éviter toute pollinisation croisée. Une gaze assez fine pour que le but reste visible. Cousin Edmond aurait adoré bien qu’on soit chez des catholiques. Cousin Edmond était protestant et il avait pour le libre-arbitre une méfiance instinctive. Même le libre arbitre des plantes.

Naturellement, ceci exclut de l’art des jardins les jardins potagers et leurs alignements sinistres de plantes identiques. Ceux là sont des utilitaires auxquels manque la dimension esthétique. Il faut que Cyrano soit présent dans un jardin bien conçu. Une rose, à tout prendre, qu’est ce que c’est ? Un point rose sur l’i du verbe aimer. Tu te promènes dans un jardin avec la femme que tu aimes et, au moment où tu vas déclarer ta flamme, le jardinier a prévu un rosier dont les boutons sont parfaits de maturité. Ça marche pas avec les citrouilles, que Cendrillon le veuille ou pas.

Je suis chiant. Dans un jardin, je ne me laisse pas aller. Je compare, j’analyse. Putain ! il est bon le mec, il me fait une haie de potentilles, juste là, à l’endroit exact où leur abondance de jaune va me faire craquer. Ça ne m’empêche pas de faire des conneries, souvent par flemme. Les bougainvillées qui étaient si beaux ont crevé cet hiver faute de protection. Pas grave ! Je vais les remplacer par des plantes non gélives. Trachelospermum devrait convenir et j’aurais le bénéfice de l’odeur. C’est moi qui décide. Je suis jardinier et donc je suis Dieu.

Pour une fois….


On en reparlera

lundi 3 juillet 2017

LES PARACELS OU COMMENT REPRENDRE SA PAROLE.



Ça bouge en Mer de Chine. Tout ce que je lis est tiré du même tonneau où se mélangent avec bonheur les cépages de l’incompétence et les millésimes de la mauvaise foi. En gros, la Chine est accusée de s’approprier indument les îles Paracels

Aux Archives fort bien tenues du Ministère Français des Affaires Etrangères, tout un chacun pourra consulter et obtenir une copie du traité signé le 26 juin 1887 entre la Chine et la France représentant l’Empereur d’Annam afin de fixer les frontières maritimes et terrestres entre les deux pays.. Or, ce traité, en français et en chinois est très clair et stipule :

LES ILES QUI SONT A L’EST DU MÉRIDIEN DE PARIS 105°43 DE LONGITUDE EST SONT ATTRIBUÉES A LA CHINE ; LES AUTRES ILES QUI SONT A L’OUEST DE CE MÉRIDIEN APPARTIENNENT A L’ANNAM.

Le méridien de Paris étant à 2°20 à l’est de Greenwich, la limite fixée est donc aujourd’hui le méridien 108,03° est de Greenwich. Tracez la ligne : les Paracels appartiennent à la Chine avec l’accord des autorités françaises. C’est indiscutable.

Comment en est on arrivé à la situation actuelle ?

La politique a horreur du vide. Les Chinois ne s’étant pas installés sur les îles, la France y maintient une présence, allant jusqu’à y construire une station météo en1932. C’est que la guerre de 14 est passée par là et on a inventé le sous-marin qui change les paramètres stratégiques. Une note du Résident Supérieur en Annam l’exprime crûment en 1920 :

Ces iles constituent le prolongement naturel d’Hainan… une flottille de submersibles s’appuyant sur cette base pourrait isoler le Tonkin 
et l’attaché naval à Pékin enfonce le clou un an plus tard :
Bien qu’elles ne puissent être sans doute d’une grande utilité, elles gêneraient les communications si elles venaient à passer entre les mains d’une puissance maritime qui les utiliserait comme base

Bon. On a filé à la Chine un truc qu’on croyait inutile mais qui ne l’était pas. Faut revenir sur sa signature. Le Quai d’Orsay va s ‘y employer…

On commence donc par infléchir la position française et affirmer que le traité de 1887 concernait essentiellement la frontière terrestre et que la frontière maritime n’en était qu’un accessoire.

En 1937, une note au Ministre des Colonies indique

"Les dispositions du traité de 1887... n'avaient d'autre objet que de fixer la
frontière maritime entre la Chine et le Tonkin dans la région de Monkay,
en rattachant à la Chine quelques territoires et îles situés à l'Est de
l'embouchure de la rivière de Monkay et qui dépendaient autrefois de
l'Annam.
Il n’y a pas lieu de donner à la clause de 1887 une portée autre que locale.

Forcément les Chinois ne sont pas d’accord. Ils ne sont même pas d’accord pour un arbitrage. C’est signé, point barre. On cherche des solutions. Un certain Boissonnas suggère que la Chine pourrait nous les rendre en paiement de l’indemnité sur le chemin de fer du Yunnan. On tergiverse. Le Gouverneur d’Indochine écrit au Ministre :

Le gouvernement français n’a jamais renoncé à faire valoir des droits historiques et géographiques..seules des raisons d’opportunité se sont opposées à ce que ces droits fussent affirmés officiellement…
 Notre intérêt bien compris était de ne pas nous aliéner l’opinion chinoise..

Traduction : c’est le bordel en Chine, attendons de voir l’avenir. Et après la Seconde Guerre Mondiale, ça va donner une note au Ministère des Colonies :

Il parait préférable de différer le règlement du litige par voie juridictionnelle jusqu’à l’établissement d’une autorité gouvernementale unique et incontestée tant en Chine qu’au VietNam.

Normal. Le PCC a pris le pouvoir à Pékin et nous reconnaissons Taiwan tandis que Ho Chi Minh s’apprête à nous mettre à la porte.

1954, Accords de Genève. Les Paracels sont attribuées au Viet-Nam du sud par la même République française qui les avait reconnues chinoises.

Moi, j’attends de mon gouvernement qu’il respecte sa signature parce que c’est aussi un peu la mienne. La Mer de Chine devient une poudrière. J’attends de mon gouvernement qu’il calme le jeu et qu’il rappelle au gouvernement américain que, depuis 1975 et la chute de Saïgon, il doit rester sur l’autre rive du Pacifique et que la parole de la France, ce n’est pas du pipi de chat. J’attends de la presse qu’elle cesse de servir de porte-voix à la CIA et qu’elle donne à ses lecteurs des informations vérifiables.

Et la seule chose qu’on puisse vérifier,  c’est que les Paracels sont chinoises depuis 1887. Grâce à la France


vendredi 30 juin 2017

PEPY, LE PIRE

La petite grosse, elle est contente d’elle. Trois heures qu’elle nous cause. « Mesdames, Messieurs, ici Laurence, votre chef de bord, notre train est arrêté au milieu des voies, veuillez ne pas descendre… » Chef de bord !!! variation pepyenne du commandant de bord, ils n’ont peur de rien à la SNCF, et surtout pas du ridicule. Manque plus que l‘uniforme à galons, mais ça ne saurait tarder.

Après quoi, elle passe dans les wagons. « Etes vous satisfait de l’information qui vous a été donnée ? » Tous approuvent, désarmés par autant d’inconséquence. Tous, sauf le vieux con de service. Moi.

« NON..Mademoiselle, je n’ai pas payé un billet pour entendre vos fadaises et vos erreurs grammaticales. J’ai payé pour arriver à l’heure. Et nous avons trois heures de retard. Alors, vos conneries vous les gardez pour vous. » Quelques applaudissements. Ceux qui m’approuvent mais n’osaient pas…. La petite grosse, elle se démonte pas. « Mais Monsieur, il y a eu des incidents qui ne sont pas de notre fait.. »

Connasse !! Sur son uniforme, il y a marqué en gros SNCF. Alors analysons.

1/ un train en panne après Dax qui bloquait le trafic. Ce train, c’est bien la SNCF qui le fait rouler et s’il est en panne, c’est bien la responsabilité de la SNCF. Mauvais entretien ou que sais-je ? que je n’ai pas à savoir.

2/ un caténaire cassé entre Bordeaux et Libourne. Ce caténaire, il a été calculé par un ingénieur de la SNCF (ou de RFF, c’est pareil) qui n’a pas su le faire assez solide pour le trafic attendu. La SNCF est responsable et devrait virer le ringard. Le coup du caténaire, c’est la troisième fois en moins de six mois.

3/ après quoi, le Bordeaux-Paris direct s’arrête à Angoulême et Poitiers pour faciliter le voyage de braves couillons en carafe du fait des erreurs de la SNCF.

Dans les trois cas, la responsabilité du retard incombe absolument à la SNCF. Et donc à la grosse blondasse qui la représente.

Résultat des courses : 8 heures de voyage au lieu de 5 h. Moi j’appelle ça une rupture unilatérale du contrat de transport. Je remarque au passage que, il y a cinquante ans, le Sud-Express mettait huit heures pour faire le trajet. Comme aujourd’hui. 50 ans de progrès pour ça…

Pepy, c’est le pire dirigeant d’entreprise du moment. Chaque fois que je le vois plastronner à la télé, j’ai des boutons. Le mec, il me parle de trucs qui n’ont rien à voir avec son boulot.

Car son boulot, c’est que les trains soient à l’heure. Uniquement. Tout ce qu’il fait, les négociations, les analyses, les prévisions, doit tendre à ça : que les trains, tous les trains soient à l’heure. S’il vient me dire que 98% des trains sont à l’heure, je ne regarderai que les 2% qui manquent.

Pepy, il a une obligation de résultat. 100% à l’heure. Pas que les TGV, mais aussi les TER, les Intercités, les trains de banlieue, tout ce qui dépend de son incommensurable intelligence. Pas la peine qu’il essaye de me baratiner ou de me prendre pour un con. Il est grassement payé pour faire arriver les trains à l’heure, pas pour m’expliquer que c’est impossible.

Le soir même, je découvre avec horreur qu’il existe à la SNCF une direction chargée de gérer les remboursements liés aux retards et même un site internet dédié aux retards., le G30.

Monsieur Pepy, un bon manager, ce n’est pas quelqu’un qui gère les retards, c’est quelqu’un qui les supprime. Toute votre action devrait tendre vers la suppression de cette direction. Je vous suppose impliqué dans toutes les conneries statistiques que j’ai vu envahir le voyage depuis trente ans, au premier rang desquels l’ineffable yield management. Pour vos semblables, quelques pourcents de retards, c’est acceptable, statistiquement acceptable. Ben non. Un retard, un seul, peut faire échouer une affaire, ce qui n’est pas grave, détruire un couple, ce qui l’est beaucoup plus, bousiller une soirée entre  amis. Vos quelques pour cents acceptables,  ce jour là, pour moi et quelques autres étaient devenus 100% de pénalités. Inacceptables.

Monsieur Pepy, tant que  vous accepterez qu’un seul train soit en retard sur le réseau que l’Etat vous a confié, je ne pourrais pas vous considérer comme un bon manager. Monsieur Pepy, tant que vous considérerez qu’il est préférable d’informer, je ne pourrais pas vous considérer comme un bon manager parce que vos informations n’existent que pour autant que vous n’êtes pas à l’heure. C’est simple pourtant. : vous nous faites informer sur les retards que vous tolérez. Supprimez le retard, l’information devient inutile.

Pour l’heure, je travaille avec mon avocat favori sur ce sujet : la rupture du contrat de transport. Je demande à tous ceux qui ont vécu l’horreur que j’ai vécu ce jour de me contacter. Pour vous faire payer, Monsieur Pépy. Si nous sommes assez nombreux, nous vous mettrons à genoux et nous vous obligerons à faire ce que tout commerçant (ce que vous êtes) doit faire. Penser à ses clients. Tous ses clients.

Y compris ma copine Dolo que le retard en gare de Chatou pénalise tous les soirs. Pour vous, statistiquement, ce n’est rien.. Pas pour elle.


On en reparlera….

mercredi 14 juin 2017

A CAUSE DES FEMMES

Bon, voilà, le premier jet est terminé. 260 feuillets bien denses qu’il faut reprendre ligne à ligne et gratouiller pour donner une cohésion stylistique.

Mon premier roman ! Historique et médiéval. Avec un sujet tellement contemporain que, parfois, la plume a dérapé. Faut que je trouve un éditeur et ça, ça va pas être coton, les filles que je décris ne sont pas de Brooklyn.

Globalement, le sujet est toujours le même. Le déplacement détruit, surtout le déplacement de populations. Je vous la fais courte.

Nous sommes au début du XIIème siècle. Deux grands rois, Gaston IV de Béarn et Alphonse 1er le Batailleur d’Aragon-Navarre débutent le volet oriental de la Reconquista, la reconquête de l’Espagne sur les Maures. Non, c’est pas une charge islamophobe, j’ai bien précisé qu’il s’agissait de déplacement de populations. Les arabes, ils sont là depuis cinq siècles. Plutôt figés que déplacés, les copains.

Les deux reconquérants, ils sont pas tout à fait assez costauds alors ils battent le rappel des parents et alliés et les chevaliers affluent de tout le royaume franc. D’abord les voisins, Aquitains, Languedociens, Provençaux mais aussi les Flamands, les Champenois et les Normands de Rotrou du Perche. Dame ! C‘est une croisade décrétée par le Pape, donc tu gagnes le Paradis et tu gardes le butin et les terres que tu as prises. Le bénef, il est spirituel et matériel, ça se refuse pas.

Le déplacement de population, c’est celui là. Un gros paquet de costauds du Nord qui arrivent au Sud. Pour toi, ça change rien, c’est des chrétiens, c’est tout pareil.

Ben non. Les Pyrénéens, ils ont un truc, ils pratiquent la primogéniture absolue. Ça veut dire que l’aîné hérite quel que soit son sexe. Les filles ont les mêmes droits que les garçons. Les Francos, ils sont plus sélectifs. Ils suivent les règles saliques, c’est l’aîné des garçons qui hérite.  Règles d’hommes adaptées au monde des hommes et si t’es pas contente, on va régler ça sur le pré.

Mais, vont dire mes copines, c’est dégueulasse ! Ouais, j’admets. Le mouvement commencé à la prise de Saragosse va durer un siècle, jusqu’à la bataille de Muret, où la chevalerie franque va détruire presque toute la noblesse languedocienne. Là, on finit le boulot et on change la langue, tout en détruisant les archives. On sait jamais.

Le mouvement se poursuit. Les Nordistes continuent à envahir l’Hispanie et les terres romanes, surtout en été, mais l’essentiel est fait depuis près de dix siècles. Et la religion n’a rien à y voir.

C’est juste pour rappeler cette vérité première. Quand on déplace les gens, on déplace les cultures et elles ne sont pas toutes compatibles, ni réductibles à une seule dimension. Et l'oppression des femmes, c'est pas d'hier et ça vient pas du Sud.


254 feuillets pour ça !!! Faut ce qui faut, non ?

dimanche 4 juin 2017

NOUVELLES FRONTIERES

La force des grands livres, c’est qu’ils donnent les réponses aux questions qui se poseront plus tard.. Parce qu’entre nous, répondre à une question qui se pose, c’est très con.. Les sciencepotards et les experts font ça en permanence. Mais répondre avant, c’est plus futé.

J’entends autour de moi des tombereaux d’âneries sur Trump, le climatosceptique. Moi, avant de dire qu’il est con, je cherche un synonyme. Trump n’est pas con, il est américain.

Et donc, je repense à Daniel Boorstin et à son Histoire des Américains traduit en 1981 chez Armand Colin (le vieux librairie vous informe, chez Laffont, c’est une réédition et je n’ai pas comparé les textes, ne croyez pas Wikipedia).

Il nous dit quoi Boorstin ? Que l’histoire des Américains est sous-tendue par l’obsession de faire reculer la frontière. Ça va jusqu’à Kennedy expliquant que l’espace est la « nouvelle frontière » qu’il convient de repousser. Or, quand tu peux, sans cesse, repousser la frontière, ça veut dire que tu n’as plus de limites.

Et quand Trump dit aux Américains que l’accord sur le climat est une limite qu’il va faire reculer, les Américains approuvent. C’est leur histoire. Ils vivent dans un monde fini comme s’il était infini. Voilà deux siècles qu’ils rusent avec la limite, en collant la variole aux Indiens des Plaines ou en bricolant des fusées. Des fois,ils prennent une baffe, mais ils s’en vantent pas. Par exemple, quand les Chinois leur disent que la frontière, c’est la côte du Pacifique à l’Est de l’océan. Pas à l’Ouest vu qu’à l’Ouest du Pacifique, c’est la Chine. Ils ont rusé, ils ont colonisé les îles Sandwich, ils ont aidé Formose, ils ont pris pied au Japon et bloqué Okinawa et Guam, mais c’est rien que des ruses. Ils ont essayé, ils essayent encore, c’est plus fort qu’eux, il faut qu’ils déplacent les bornes.

Trump et le climat, c’est ça. On sort de l’accord et on va déplacer les bornes. On se démerdera bien avec les Indiens. Or, les Indiens, c’est nous. On n’a aucune chance d’expliquer à quelques millions de rednecks que le monde est fini, limité. Ils rigolent. On leur a dit pour le pétrole, ils ont trouvé le pétrole de schiste. Déplacer la frontière encore.

Boorstin nous donne une clef, une clef qu’on ne peut pas utiliser vu qu’on ne peut pas concevoir comment marche la serrure. Le seul qui ait compris, c’est Jacques Maillot quand il crée Nouvelles Frontières.et transforme un concept en marque commerciale.

C’est pas après Trump qu’il faut râler. Toute l’Amérique est responsable. Tous les Américains qui pensent que leur mode de vie doit être étendu à toute la planète.
Sans limites


On en reparlera…

vendredi 19 mai 2017

JOURNALISTES A CREDIT


 Alors, le truc qui marche aujourd’hui, c’est la défense de la liberté de la presse contre le méchant Macron et ses demandes liberticides.. Je précise que je n’ai pas voté Macron, estimant qu’un banquier dérégulateur n’était pas ma cup of tea.

Mais qu’a dit Macron qui provoque l’ire des bien-pensants. ? Que n’importe qui ne suivrait pas ses voyages. Et donc il convient de rappeler quelques vérités premières.

Première vérité : le journaliste tout terrain n’existe pas. Un journaliste, c’est un carnet d’adresses, des réseaux, des contacts, toute une machine à faire sortir et remonter l’info. L’un des premiers que j’ai connu était l’immense Lucien Bodard. Lui, son boulot c’était la Chine et l’Asie du Sud.. Si Lazareff lui avait proposé un reportage en Patagonie orientale, il se serait fait envoyer sur les roses. Idem pour Jean Lacouture. Egypte, Vietnam, il faisait, pas l’Ecosse du nord. On appelle ça conscience professionnelle : je travaille sur les sujets que je connais mieux que les autres et je mets mon savoir à la disposition de mes lecteurs. On pourrait accumuler les exemples venus d’un autre temps.

La liberté de la presse, c’est ça : permettre aux meilleurs de creuser un sujet, présenter des discours occultés, mettre en évidence le détail qui fait sens.

Seconde vérité : les présentateurs ne sont pas des journalistes, comme les maisons de la presse ne sont pas des librairies. Le présentateur, c’est juste une belle gueule qui met en forme les infos recueillies par d’autres. Une sorte de maquettiste. Journaliste, c’est chercheur d’or : manipuler des tonnes pour recueillir quelques pépites. Un journaliste, c’est un monomaniaque

Caricature : Pascal Praud qui alterne talk shows politiques et sportifs et passe sans souci de Matignon au Stade de France et de Macron à Deschamps. Ou bien il a une équipe colossale pour ratisser le terrain, ou bien il fait pas son boulot à fond. Vu que Bolloré ne les attache pas avec des saucisses….

Troisième vérité : qui commande paye. Le journaliste en déplacement officiel, il est invité. Rincé, payé. Moi, je trouve pas choquant qu’un mec, fut-il Président de la République, n’ait pas envie de voyager avec un autre mec qui ne peut pas le blairer, le dézingue à la première occasion ou pue de la gueule…..Surtout si c’est lui qui paye le voyage. Je tiens le pari que ces zozos qui hurlent au non respect de la liberté de la presse ne sont pas respectables (professionnellement), pas au niveau, tout simplement et qu’ils avancent masqués derrière des principes qu’ils ne respectent pas.

Je pense à des trucs , comme ce branlotin qui m’a dit une fois : Ho ! c’est bien suffisant pour mes lecteurs. Suffisant ? Elle est où la suffisance ? Mais je pense aussi à des pros, comme Maurice Denuzière ou Jean-Michel Durand-Souffland qui passait des semaines à préparer leurs reportages. Ils venaient à la librairie chercher des livres et des noms, ils lisaient, interrogeaient et partaient quelques semaines plus tard, imprégnés du savoir qu’ils avaient accumulé. On est loin du cliché du reporter bouclant sa valise en une heure…

Si on m’avait dit, il y a quinze jours, que je défendrais Macron, j’y aurais pas cru..


On en reparlera…