dimanche 5 juillet 2015

LES PETITS, LES SANS GRADES

Bon. Je me fais pourrir sur FB au motif que j’aurais été méprisant avec les petites communes. Ça va loin. Mon cher beauf m’appelle de Grèce car quelques notables l’ont informé pendant ses vacances que j’étais en plein déconnage. Ben dis donc ! Si j’avais su avoir tant de soft power…

J’ai dis quoi ? Que pour gérer les territoires on agrégeait les grandes villes (ou villes moyennes) avec des villages, histoire de mieux traiter des transports et des déchets. Mais que le fait d’entrer dans un ensemble plus large ne rendait pas ces petites communes plus grandes.

J’ai même précisé ma pensée en comparant avec l’Europe. On s’allie avec la Slovaquie et la Lithuanie mais ça ne donne pas à la Lithuanie le poids de l’Allemagne. Or, il paraît que c’est méprisant. Ben non. J’admets avoir été un peu rigolard : je pensais au Général De Gaulle. T’imagines que la Slovaquie tente d’empêcher la France de faire ce qu’elle veut ? Il aurait aimé, tiens, le Vieux Général !

En fait, c’est dans la tête des gens. Je vais prendre des exemples simples. Tu habites Arbonne (2000 habitants), on te colle dans une intercommunalité avec Bayonne (45 000 habitants). Du coup, tu te crois Bayonnais.. Ben non. Le fait d’être regroupé ne te fait pas grandir. T’es toujours une petite chose, un appendice, un rajout pas forcément désiré.

T’es surtout une complication. Vu que t’es loin, tu vas compliquer la gestion des transports et des déchets. Va falloir envoyer chez toi des bus coûteux, vides la plupart du temps, de gros camions poubelles. Le plus souvent, l’intercommunalité te permet d’accéder à des services que ta petite taille ne te permet pas de t’offrir. C’est un cadeau qu’on te fait. Un gros cadeau.

T’es un banlieusard. On pense pas à Arbonne quand on parle de banlieue…Et c’est vrai qu’Arbonne c’est pas Saint Ouen. Mais pourtant, géographiquement, c’est une banlieue, une annexe de la ville. Te vexe pas. On va pas changer les mots.

La banlieue, on dira ce qu’on veut, mais c’est vachement confortable. Tu as accès à tous les services de la grande ville sans avoir à les payer. Quand tu t’installes dans ton village au foncier si bon marché et à la fiscalité plus légère qu’un string brésilien, il n’y a rien, mais c’est pas grave. A quelques tours de roue, il y a les lycées de la ville, les terrains de sport de la ville, les salles de spectacles de la ville. Avec l’intercommunalité, c’est mieux : on rajoute les bus, les poubelles, le service des eaux et autres broutilles. In fine, t’as le beurre et l’argent du beurre.

Juste un exemple : ma députée (je sais, c’est pas vraiment ma députée, mais j’ai le droit d’avoir un cœur). Elle habitait Tarnos, bourgade improbable qui porte l’histoire prolétarienne et se veut désormais aussi balnéaire que Biarritz. Jolie petite maison avec jardin, mais bureau dans un quartier chic de Bayonne, non loin du Barreau où elle était inscrite. Le beurre et l’argent du beurre. Elle aime bien la corrida, mais il n’y a pas d’arènes à Tarnos. Pas grave, Bayonne est là.

Et donc, ce n’est pas être méprisant de dire qu’une commune est petite. C’est un simple constat. De dire que sa petite taille n’en fait pas un pion incontournable du territoire. Elle a tout à perdre à ne pas y être. Comme la Slovaquie a tout à perdre à ne pas être en Europe, ce qui relativise son poids dans la politique européenne.

C’est juste une question : qui a le plus à gagner dans les regroupements territoriaux? les métropoles qui fédèrent ou les appendices que l’on fédère ?

Moi, je regarde, assez froidement et je donne ma réponse.

OK. On n’a pas le droit d’être froid quand on parle de la vie des gens. On n’a pas le droit d’être froid du tout. Ainsi va le monde. C’est pourquoi il va mal.

On en reparlera….

PS : je suis comme ça...je n'ai aucun affect sauf pour quelques membres de ma famille et quelques amis chers.J'ai compris depuis longtemps que les baffes qu'on te donne ne laissent pas de traces sur ma peau. Et je ne vis pas au conditionnel. Ne me demande pas : et si c'était toi ? C'est pas moi. Point barre.Parce que SI, c'est d'abord une note de musique.

samedi 4 juillet 2015

LES BAS RESILLES

Le mec, je l’aime bien vu que c’est mon frère…Il est en train de m’expliquer que rien ne l’excite plus que les dessous chics chantés par Gainsbourg.

Et moi, je ne comprends rien. Ma logique refuse. Comment peut on changer de désir pour trois bouts de tissu noir (ou rouge)? En quoi les guépières, bas résille ou porte-jarretelle peuvent ils me modifier ainsi ? C’est stupide parce que ça sous-entend qu’une autre femme harnachée des mêmes oripeaux peut m’exciter autant que celle que j’ai choisie ? Et donc, en toute logique, ce qui m’excite, ce n’est pas la femme mais le tissu. Idée que je ne peux pas accepter.

Certes, le tissu souligne, corrige, améliore, mais de façon temporaire. C’est un leurre, comme les emballages au supermarché. Puis je accepter de me faire leurrer ? Les stylistes seraient ils des matadors chargés de leurrer le toro que je suis ? Non. Ce sont juste des emballeurs de boudins. Essayez. Regardez une photo du si gracieux Yves Saint-Laurent et pensez que vous regardez un emballeur de boudins. Vous verrez, ça relativise.

Je n’aime la femme que nue.. Totalement et absolument, sans même la fleur d’Olympia. Mais, me bêle mon contradicteur, le corps a des imperfections. Certes. Comme certaines interprétations d’Hélène Grimaud ou la voix de Callas, parfois. L’imperfection est consubstantielle à l’œuvre d’art. Et le plus souvent, c’est l’imperfection qui me fait craquer, la cicatrice mal gommée, le pli apparu où il ne devrait pas être, le duvet oublié, le sein trop lourd. Tout ceci est secondaire face à une harmonie qui se moque des kilos superfétatoires. Les dessous chics n’inventeront jamais le subtil contraste entre une peau parfois trop blanche et la noirceur d’une touffe touffue et triangulaire. Cette noirceur qui marque l’origine du monde. N’oubliez pas : ce n’est pas l’anatomie qu’on a reproché à Courbet. C’est la pilosité.

Je ne l’ai pas convaincu. Des années de représentations stéréotypées (Félicien Rops), des milliers d’images l’ont définitivement convaincu que l’emballage est pertinent que la guêpière recèle des fantasmes insoupçonnés alors que le fantasme est en lui, à lui.

Ne nous leurrons pas. Il en va de même pour les parfums. Ce que je recherche, c’est l’odeur originelle(en latin on dit sui generis), celle qui n’appartient qu’à une seule femme, celle qui fait que je la reconnaitrais les yeux fermés (Gassman dans Parfum de Femme). Tant qu’à utiliser son intellect pour bander, autant le faire correctement.

Tout le système de la mode fonctionne ainsi. C’est une corrida. On attire l’attention de la bête sur des points secondaires et insignifiants. Tu a une belle robe. Ouais, mais ça ne change pas le mollet en ventre de lapin, même si ça le dissimule. Il est préférable d’aimer les mollets lourds que de les débusquer in fine.

L’admirable diversité de la féminité assure à chacun la garantie de trouver son bonheur sexuel. Sans afféteries, sans oripeaux, sans stéréotypes. Il est inutile de chercher une perfection qu’on ne peut pas offrir, ni même trouver.

Parce que, bon Dieu, laisser un bout de tissu conduire ses pulsions ou ses désirs, c’est vraiment très con. C’est laisser un autre prendre le contrôle de tes neurones.

On en reparlera…

PS : c'est bien de la géopolitique. C'est comme ça que fonctionne l'une des activités économiques les plus lourdes de notre monde capitaliste.Faire bander à Gap et fabriquer à Dhaka.

samedi 13 juin 2015

GEOPOLITICIENS

J’en ai jamais vu autant. Même moi. Et j’ai jamais entendu autant de conneries, d’à-peu-près (dangereux l’à-peu-près quand on veut réfléchir).

La géopolitique, c’est devenu le costard scientifique de la politique. Avoir une réflexion politique, ça fait pas très sérieux. Alors on prend les oripeaux de la géographie et on se croit sérieux. Et le public le croit.

La géopolitique, ça a commencé avec Chaliand. Pas le mauvais bougre, spécialiste des guérillas, élève de Rodinson qui est plutôt une bonne référence. Mais la guérilla, ça te marque une pensée, t’es tout de suite catalogué marxiste. Chaliand, il avait trouvé un truc avec son éditeur, il faisait des atlas. Et donc, il a inventé la géopolitique qui est juste l’illustration cartographique d’une pensée politique.

Pour moi, il n’y a jamais eu qu’un seul géopoliticien en France, Pierre Gentelle. Il n’a jamais atteint le grand public car il savait la complexité de la pensée géographique et il se refusait à simplifier. Pour faire une analyse géographique, il faut avoir des tonnes d’informations : géologiques, pédologiques, climatiques, historiques, des tonnes d’informations impossibles à synthétiser en cartes. Pour les livrer, il faut des dizaines de cartes que l’on croise, que l’on compare, des cartes compliquées avec des légendes qui font des dizaines de lignes. Bertin avait bien essayé avec sa sémiologie graphique mais les cartes étaient illisibles. Trop complexes. La géographie n’est pas une fille facile. Surtout quand tu lui colles une dimension diachronique.

La géopolitique, je l’ai découverte aux Langues O’ avec Jean Delvert. Fallait entendre Delvert remettre le Mode de Production Asiatique dans son contexte géographique. Ou prévoir l’évolution de la guerre du Vietnam en fonction des données climatiques. Je n’ai jamais retrouvé une telle clarté d’analyse. Sauf chez Gentelle. Pour les deux, l’un des ouvrages fondateurs était celui de Pezeu-Massabuau sur la maison japonaise.

Les géographes sont malheureux. Voilà des années qu’ils cherchent à remettre l’homme dans son cadre. Max Sorre avait eu une bonne idée avec sa notion d’oekoumène, reprise par Augustin Berque avec quelque succès. Mais Berque s’est heurté, comme tout le monde, à la complexité. Et n’a jamais eu le succès que pouvait laisser prévoir son premier livre sur la politique foncière au Japon.

Pourquoi toutes ses références ? Simplement pour dire que la géopolitique est devenue une agréable manière de parler de politique sans faire chier le spectateur. Une technique simple qu’adorent les chaines de télé, mais une pensée pleine de trous. Ce blog est un gruyère, mais si tu as quelque savoir, tu peux te glisser dans les trous et aller plus loin. Enfin, je l’espère.

Bon, j’avais envie de parler de Pezeu-Massabuau. Il nous dit quoi ? Que la maison japonaise est totalement inadapté au climat nippon. Comme il pense, à juste titre, que les Japonais ne sont pas idiots, il cherche les raisons (historiques, culturelles, sismiques –mais oui) qui ont conduit un peuple à faire perdurer au fil des siècles un habitat qui ne convient pas. C’est pas très sexy comme sujet, mais ça touche à tout, y compris à la langue (pourquoi ce système linguistique avec des enclitiques assez unique en Asie orientale ?).

Je suis tranquille : c’est bien le type de pensée que ne vous présentera jamais Victor, le gourou de la géopolitique télévisuelle.

Tiens, juste une question. Quel est le risque du nœud du Pamir dans l’évolution des Routes de la Soie ? Posez donc la question aux spécialistes. Déjà, il y a tous ceux qui ne savent pas ce qu’est le nœud du Pamir. Pas grave : les habitants du Sichuan le savent. Ceux du Népal aussi. Aujourd'hui 13 juin, Sichuan et Nepal ont encore morflé. Quand tu sais où trouver l'info, ça devient simple....

Et donc, se pose la question de la technologie antisismique chinoise. Savons nous ce que nous devrions savoir ? Pourquoi investir autant dans une zone fragile ? Parce que depuis 15 jours, ça a cartonné aussi au Tajikistan et en Afghanistan. Quand, je sais pas quoi faire, je chasse les tremblements de terre et les cyclones.

On en reparlera….mais c’est compliqué.

lundi 8 juin 2015

JE DE....BLATTER

Il est mal Sepp Blatter…. Il est mal parce que les USA ont décidé d’avoir la peau de la FIFA.

Faut se mettre à leur place. Le football est devenu un média international. Aussi puissant, sinon plus que les Jeux Olympiques. Et ils y sont quantité négligeable. A la FIFA, ils sont mélangés avec les Caraïbes et le Nicaragua. Poids économique zéro car le foot n’existe pas sur les télés américaines et donc poids politique zéro.

Au point que les gros pardessus préfèrent organiser des Coupes du Monde dans les déserts du Qatar ou les steppes russes. Ha, mais là ça va plus… La dernière coupe du monde aux USA, en 1994, n’a pas laissé de souvenir impérissable.… Faut dire que les villes américains et leurs stades se prêtent pas trop au jeu.

C’est pas mieux chez les femmes. Qui ouvre en 2015 la Coupe de Football féminine ? La Chine. Inacceptable pour les Américains.

Et donc, ils font le ménage. En dégageant les Antillais qui ne les aident pas trop et le Président qui préfère Moscou. Corrompu ? Voilà des années qu’on en parle et que tout le monde s’en satisfait. Même nous. Blatter paye pour la main de Thierry Henry et tout va bien. Le système est rodé, huilé. Mais il n’accorde aucune place aux USA. Ils sont la dernière roue du carrosse.

Or, ils savent l’importance du sport. Là aussi, tout change… Jadis, l’événement international, c’étaient les JO. Plus un peu de ski, de tennis et d’automobile. Les USA figuraient honorablement et surtout organisaient les événements. Aspen pour le ski, Indianapolis ou Daytona pour la bagnole, Flushing Meadows pour le tennis. Le glissement vers le football a rendu tout ça caduque. Le sport évolue dans une direction qui ne leur convient pas.

Et donc, ils réagissent en portant la question sur le tapis vert. Ils ne peuvent pas faire la guerre pour le football. Mais les circonvolutions juridiques, ils savent. En plus, la corruption a ceci de bien qu’elle est marque d’infamie morale.

La question qui reste est celle de l’organisation de la Coupe du Monde en Russie. Je tiens le pari que c’est là-dessus que vont se concentrer les avocats, avec le Qatar en dommage collatéral. Parce que les prochains JO se présentent mal avec le Brésil, le Japon, la Corée en puissances invitantes. Les BRICS s’invitent dans le sport de haut niveau et le lasso glisse des mains de Washington. Les sportifs américains ne trustent plus les médailles, les compagnies américaines ne monopolisent plus les droits de retransmission, le soft power se délite. Pour les USA, il faut que ça cesse et il faut reprendre la main dans le sport. Et donc, la cible est la corruption chez les proches de Poutine, voire chez Poutine lui-même.

C’est un signe très fort. Pour en arriver à utiliser le football comme arme, il faut que l’arsenal ait sacrément fondu. Bien entendu, ça ne marchera pas. Les USA eux mêmes mélangent allégrement sport et pognon et leurs équipes olympiques sont pleines de professionnels. Sans compter la dope, n’est-ce pas Lance Armstrong ? L’attaque risque de revenir en boomerang. Et, en tous cas, les rapports entre le public et les footballeurs est tel que rien ne bougera….

Les USA ont l’impression qu’ils ont imposé au monde leur mode de vie parce qu’ils vendent des hectolitres de Coca-Cola. Mais ils ont échoué dans le seul sport réellement universel. Autant dire qu’ils ont échoué dans le sport. Ils ont pourri le sport de fric. Ce qui a permis au minuscule et richissime Qatar de devenir une « nation sportive ». Tous les repères disparaissent, alors les quelques chèques de Sepp Blatter….

On en reparlera…

lundi 30 mars 2015

LA GUERRE ET LA COMMUNICATION

Faut reconnaitre ça aux Ricains : ils sont très bon en communication. Au point de faire penser au monde, qu’ils sont meilleurs qu’ils ne sont.

Prends la dernière Guerre Mondiale (attention « dernière » ne veut pas dire qu’il n’y en aura plus). A coup de films, d’expos de photos, de commémorations et de vétérans encalottés, ils ont fait croire qu’ils l’avaient gagnée quasi tous seuls.

Regardons y voir.

Sur le front Pacifique, les Chinois bloquent environ 4 millions de soldats japonais. Ces quatre millions, ils manquent cruellement dans les chapelets d’îles. En fait, les Américains se battent contre à peine la moitié de l’armée japonaise. Il leur faudra pourtant quatre ans pour remporter la victoire. Grâce à la bombe atomique. Ce n’est pas si glorieux que ça…..

En Europe, les meilleurs soldats allemands sont aux prises avec l’Armée Rouge, empêtrés dans des sièges coûteux et compliqués. Tout le monde connaît Stalingrad et oublie Sébastopol ou Léningrad. Quand les Américains débarquent, les Allemands reculent à l’Est, les meilleurs régiments sont décimés et épuisés. Le 6 juin, 150 000 hommes débarquent en Normandie. En face, sur l’ensemble du territoire français, il y a 300 000 soldats. Les Alliés vont débarquer jusqu’à 2 millions d’hommes. Le déséquilibre numérique est colossal. Et pourtant, à six contre un, il leur faudra plus de trois mois pour aller de Caen à Paris. Et encore, fallut-il que Leclerc force un peu la main…

Et après….

En Corée, les forces sont à peu près égales : en gros, un million d’hommes de chaque côté. Trois ans de guerre pour un match nul. Personne n’a vraiment gagné, du point de vue militaire..

Pour le reste : Viêt Nam, Afghanistan, Irak,…nul besoin de s’étendre. Tapez « Saigon 1975 » sur You Tube…c’est les mêmes hélicos que dans Apocalypse Now…

Ben voilà… Apocalypse Now, Le Jour le Plus Long, MASH, Un pont plus loin…ça change…Là, les Américains sont bons, efficaces, sympas. Oui, mais c’est Hollywood, pas la cruelle vérité. Et voilà comment avec John Wayne et quelques autres, ont fait croire au monde qu’on l’a libéré.

Cette fiction, plus personne ne la conteste. D’ailleurs, ces lignes vont me valoir quelques lettres d’injures. Mais la cruelle réalité est là : sans l’Armée Rouge ici, l’Armée Populaire de Libération là, les Américains ne pouvaient pas gagner. Chaque fois qu’ils ont été seuls sur un théâtre d’opérations, ils ont pris une raclée. OK. Y’a eu la Guerre du Golfe : les USA et 33 pays alliés contre l’Irak tout seul. Qui peut perdre dans ces conditions ?

L’armée américaine est une armée calamiteuse. D’abord parce qu’elle a d’immenses besoins. Il lui faut dix logisticiens pour un combattant ce qui montre une totale inadaptation à la guerre moderne. De plus, elle engage des logisticiens privés à des sociétés comme Blackwater montrant une totale méconnaissance de la première qualité de la guerre qui est basée sur le patriotisme des participants. On sait depuis longtemps que les mercenaires ne font pas de bons soldats.

Pour compenser, les Américains font, comme toujours, confiance à la technologie. Mais la meilleure technologie ne suffit pas : aucun satellite ne donne une meilleure imagerie qu’un cartographe connaissant le terrain. Et les hélicoptères d’Apocalypse Now ne faisaient pas le poids face aux fourmis de Giap qui transportaient des armes avec des bicyclettes.

Les Américains ne font pas le poids. Ils ne l’ont jamais fait vraiment. Mais pour s’en apercevoir, il faut d’abord se laver le cerveau et oublier Hollywood. Regarder les textes, regarder les cartes et se demander comment quelques bataillons ont pu bloquer des régiments entiers pendant des semaines. A condition de savoir ce qu’est un bataillon, bien entendu.

Le problème de la communication, c’est qu’elle finit par imprégner ceux qui la créent. Je suis bien certain que beaucoup de responsables du Pentagone croient à la guerre vue par Hollywood. Qu’ils sont persuadés être les meilleurs et les mieux équipés. Ou les meilleurs parce que les mieux équipés.

Le danger est là : ils se croient encore les meilleurs. Jusqu’à ce qu’ils découvrent qu’on ne fait pas la guerre avec Facebook. Mais là, il sera trop tard. Pour eux, et je m’en fiche. Pour nous aussi, et ça m’inquiète.

On en reparlera…

vendredi 20 mars 2015

CHEZ MOI

Chez moi. Ou chez nous.. Expression récurrente quand on parle avec les sympathisants du FN. Le plus souvent avec l’expression-clef : « Ils n’ont rien à foutre chez nous ».

On devrait peut être réfléchir à ça. Réfléchir, pas s’envoyer des invectives ou traiter le locuteur d’imbécile sous-corticalisé. Parce que le locuteur, dans un processus de vote démocratique, il compte. On ne peut pas le nier, l’annihiler.

J’essaye. J’essaye d’aller plus loi, de comprendre, parce que « chez nous », c’est une locution qui parle du lieu. C’est de la géographie. Et donc de la géopolitique.

En fait, le locuteur, il me parle de lieu parce que c’est le plus simple. Le lieu devient le confluent de tout un tas d’arguments, de raisons, de symboles. On en parle rarement avec des arguments géographiques. C’est plus souvent historique, religieux, sociologique, économique ou linguistique même. Normal. Parce que « chez moi » ne signifie jamais le titre cadastral. C’est plus complexe, plus riche.

« Chez moi », c’est d’abord une exclusion, pas une appropriation. Ça exclue tous ceux qui ne sont pas chez moi. La vraie fracture est là, entre ceux qui excluent et ceux qui acceptent. La doxa affirme qu’exclure l’Autre (remarquez la majuscule qui magnifie l’autre), c’est pas bien. C’est pas humaniste, pas humain. L’Autre, il faut l’aider. Le sympathisant du FN, il pose la question : pourquoi ? Qui m’aide, moi ? Et est ce que l’aider ne diminue pas l’aide dont, moi, j’ai besoin ?

On en a déjà parlé. C’est un sentiment communautaire. On doit remarquer ceci : dans le FN, le syntagme validant, c’est « National » parce qu’il implique une communauté géographiquement délimitée, ce que n’impliquent ni le « socialiste » des uns ou le « populaire » des autres.

On est front contre front. Communauté géographique contre communauté idéologique. D’autant plus que ceux qui affichent une idéologie s’en préoccupent peu, dans les faits. Deux fois plus de candidats ouvriers au FN qu’au PS ou à l’UMP.

Voilà quarante ans (depuis Giscard, en gros) que la doxa veut annihiler le sentiment national. La doxa refuse de voir des signes pertinents jugés inutiles. La montée en puissance des clubs de généalogistes par exemple. De plus en plus de citoyens s’intéressent à l’histoire de leur famille, à leurs racines. Et tout les ramène à la Nation. A un terroir. On pourrait d’ailleurs en rapprocher les milliers de gens qui s’intéressent au vin. Ou aux locavores. Tout un fonctionnement qui privilégie la proximité, le voisinage, le cousinage. On s’entend mieux avec le proche qu’avec le lointain. C’est comme ça.

C’est ce que dit le Front National. Chez nous veut dire entre nous. La doxa affirme que le lointain est une richesse, culturelle, intellectuelle. Ce qui est indéniable. A ce détail près que connaître n’est pas approuver ou accepter. Je peux connaître la culture des tribus du haut-Sepik et ne pas accepter le cannibalisme ou les étuis péniens. Je peux aimer les griots et les joueurs de kora et rejeter l’excision. La connaissance ne laisse aucune place aux sentiments.

Et là, la doxa renâcle. Elle me demande une adhésion complète en mélangeant tous les argumentaires. L’argument le plus fort est l’argument économique. La survie de l’Autre. L’émigrant n’a pas le choix s’il veut survivre. Tu parles d’un argument ! L’électeur populaire, il voit d’abord que la survie de l’Autre menace la sienne propre. Il n’hésite pas à dire qu’il n’a pas vocation à accueillir toute la misère du monde. On revient à Raymond Cartier : la Corrèze avant le Zambèze. Avec le Président qu’on a, je m’étonne que personne n’ait ressorti le slogan, ça aurait du sens.

Tout ça, je le retourne dans tous les sens. Je viens d’un pays d’émigration : il y a plus de Basques en Amérique qu’en Europe et j’ai plus de cousins au Paraguay que dans le bas-Adour. Des mecs qui sont partis avec des passeurs et des filières, car tout est toujours pareil. Avec plein de morts car dans les années 1880, le taux de mortalité des émigrés tournait autour de 30% mais on parle toujours plus de ceux qui ont réussi car ils sont visibles que des morts enterrés à la va-vite et vite oubliés.

Mes cousins, ils sont plus Paraguayens ou Chiliens que Français. Ils sont totalement assimilés. Il y a toutefois une différence essentielle : ils sont partis pour construire un pays (éventuellement en détruisant quelques Mapuches ou Guaranis) et non pour s’installer dans un pays déjà construit. Si on commençait par distinguer les deux cas, je crois que notre réflexion serait différente : ce n’est pas la même chose de faire sa place et de prendre la place d’un autre.

Et, effectivement, mettre la communauté nationale au centre du débat entraine nécessairement un peu d’égoïsme.

On en vient donc à la vraie question : l’égoïsme est il une tare ?

On en reparlera…..



mercredi 18 mars 2015

FESTIVALS

C’est la crise. Les subventions s’évaporent comme glaciers tibétains et ne vont plus irriguer quelques centaines de festivals. Le monde de la culture est en émoi, il parle de mort.

Tout d’abord, la culture ne meurt jamais. Son influence peut diminuer, mais il y a toujours des gens pour la conserver. C’est plus souvent des directeurs de recherche que des concierges, mais ça importe peu : elle continue d’exister.

D’autre part, il ne vient à l’idée de personne ne regarder le lien entre un festival et son territoire, alors que c’est ce lien qui donne la légitimité au festival. Quand Estella organise un Festival de musique juive sépharade, il y a une cohérence entre la ville et le festival qu’elle abrite et finance. Bien entendu, quand Bayreuth honore Wagner, il y a également cohérence.

Il y a quelques années, nous avions, dans ma ville préférée, un festival de Jazz. Il faudra m’expliquer le lien. En été, il y a en France des dizaines de festivals de jazz. C’est une logique économique. Les tourneurs récupèrent quelques dizaines d’artistes américains désireux de passer l’été en Europe, les organisateurs passent dans les rayons et achètent des soirées. Le plus souvent, les villes organisatrices n’ont aucun lien avec le jazz ni même avec les USA. C’est juste un spectacle. Où est la culture qui n’existe pas sans le sens de l’histoire ? Dans les goûts personnels des organisateurs ou dans ceux du Maire qui finance la soirée ? C’est un peu court comme raison.

Un festival n’est pas une promenade dans l’espace, mais une plongée dans le temps. Il ne peut se concevoir sans vision historique ancrée dans le territoire qui l’abrite : une abbaye peut abriter un festival grégorien qui n’a rien à faire dans une zone industrielle. Et à cet égard, l’imagination est faible. J’ai vainement cherché un festival de musiques prolétariennes par exemple. Pourtant, on a un paquet d’anciennes citadelles ouvrières qui pourraient s’en charger : il faut et il suffit de travailler un peu, d’aller chercher dans les répertoires, se poser les bonnes questions : que chantaient les canuts lyonnais quand ils cassaient les machines de Jacquard ? Car ils chantaient, personne ne peut en douter. Le peuple heureux chante toujours.

Travailler. C’est le mot qui fâche. Le monde de la culture travaille de moins en moins. L’histoire culturelle de notre pays reste en friche. Les musiques oubliées ne sont jamais remises à l’honneur, les compositeurs disparus ne sont jamais exhumés, les partitions oubliées ne sont jamais lues. Encore faut il savoir les lire. Nous vivons un temps où la musique n’est plus qu’exécution (et parfois, le terme prend tout ses sens).

Le travail est fait, pourtant. Dans les Universités, dans les laboratoires
de recherche. Mais il est dévalorisé car il ne concerne qu’une petite partie de la population. Il n’est pas « populaire ». Ce qui signifie que le peuple ne peut pas en profiter.

Les organisateurs ne se posent qu’une question : comment attirer le plus de monde possible ? Il faut de grosses machines, des Francofolies ou des Printemps de Bourges. Sauf que la culture nécessite une vision de Longue Traîne, une obsession de la niche. Le Festival d’Estella draine des passionnés de musique juive du monde entier. J’admets qu’ils sont moins nombreux que les groupies de Beyoncé. Mais ils sont plus fidèles et se renouvellent année après année.

Finalement, un Maire ne se posera qu’une question : qu’est ce que ça va apporter à ma ville ? Et dans la question, « à ma ville » est essentiel. Un petit festival ne peut pas avoir de visée universelle. Qu’il donne aux habitants la fierté d’avoir une histoire culturelle, qu’il attire l’attention des spécialistes (qui malgré leur savoir ne peuvent pas tout savoir), qu’il témoigne de racines, est bien suffisant. En fait, il faut et il suffit qu’il ne puisse pas avoir lieu ailleurs. Imagine t’on le Festival Interceltique à Strasbourg ?

Je n’ai pas regardé en détail la liste des festivals menacés de disparition, mais j’imagine sans peine qu’un gros paquet n’était pas organisé dans son biotope. Car il y a un biotope des pratiques culturelles. Même si c’est souvent approximatif, comme à Dax où on organise un festival Toros y Salsas, avec cette salsa cubaine qui voisine avec un toro pratiquement absent de Cuba. On y verra un lieu d’hispanité, compatible avec la vie dacquoise mais difficilement reproductible à Clermont-Ferrand.

Le biotope culturel, c’est ce mélange de pratiques anciennes, d’adoptions contemporaines, d’accent et de gastronomie. Souvent le citoyen de base ne se reconnaît pas dans la thématique d’un festival. « Qu’est ce que ça fout chez moi ? » se demande t-il.

Mais on le sait désormais : le citoyen de base a une vision étroite. La vision d’un territoire justement.

On en reparlera…