jeudi 16 mai 2013

LE CAS HUZAC (2)

Bon, il se représente. Toute la classe politique hurle à la honte, à l’indécence, à je ne sais quoi.

La classe politique ne montre rien d’autre que le gouffre qui la sépare du peuple, le peuple réel, le peuple qui vote. Tous ces grands couillons parlent pour leur image, pour les médias et le peuple se marre.

La vérité, c’est que le peuple se fout totalement des condamnations. Il a réélu Melick, Emmanuelli, Juppé, Tiberi et bien d’autres qui trainent à leurs fesses un paquet de procès, de condamnations, un gros paquet de casseroles dont il n’a rien à foutre.

Il cherche quoi, le peuple ? Un mec qui les défende et il se dit qu’un mec qui sait défendre ses intérêts saura défendre les siens. Il voit Cahuzac comme un gros malin, ou comme une mec intelligent qui gère bien son pognon. Et, par voie de conséquence, il en déduit qu’il saura bien gérer les affaires de la collectivité.

C’est pas bien ? C’est pas moral ? Parce que tu crois que la démocratie, c’est moral ? Ça devrait l’être, mais ça ne l’est pas. C’est comme ça. Hitler a été élu démocratiquement. Et bien d’autres.

La morale, personne n’en veut pour soi. Tu ne convoiteras pas la femme de ton voisin, ça veut dire « Touche pas à ma gonzesse, mais moi je veux bien baiser la tienne ». La morale, c’est pas naturel. Alors, si tu veux un régime vraiment moral, faut sortir la grosse trique. L’arsenal répressif comme disent les bien-pensants.

Et puis la collectivité qui vote, c’est pas la Nation. Dans un scrutin national, Cahuzac, il se ferait bouler. A Villeneuve-sur-Lot, il va passer les doigts dans le nez. Parce que les électeurs le connaissent. C’est quasi un copain. Et un copain, on lui pardonne. Même toi qui hurle à l’indécence, si Cahuzac était ton copain, tu le trouverais pas vraiment indécent. Tu dirais « Oui, bon, ben, il a fait une connerie » en montrant bien que le reproche, le vrai reproche, c’est d’avoir été pris.

A Villeneuve-sur-Lot, la plupart des gens se souviennent d’une poignée de mains, d’un mot gentil sur la santé des gosses, d’un coup bu ensemble. Faut bien le dire : la fraude fiscale, ça tient pas la route face à un verre de Plaimont bu avec le député.

Le problème des électeurs du Lot-et-Garonne, c’est pas la fraude fiscale. C’est les exploitations qui ferment, le cours de la tomate qui vacille, le chômage qui monte. S’ils ont le sentiment que Cahuzac peut les défendre contre ça, ils vont voter pour lui. Massivement.

D’autant plus massivement qu’il a été viré par Hollande et que Hollande ne les défend pas. Situation géniale, faut bien le dire. Cahuzac, il se paye une image de gauche sans faire partie de la gauche impuissante. Il est du côté de tout le monde. Les électeurs de droite le comprennent : s’ils pouvaient frauder, ils le feraient avec joie. Les électeurs de gauche, confusément, ils se disent qu’un mec lourdé par des incapables, il doit être capable.

Alors, la morale ? Ben, c’est à géométrie variable, comme le reste. La morale de chacun, c'est celle qui défend les intérêts de chacun. Il paraît que les sondages le donnent gagnant Cahuzac. Indécent dans le pays, gagnant chez lui. Ça montre deux choses.

Un, le territoire national n’est pas l’agrégation de multiples territoires locaux. C’était peut-être vrai sous la Troisième République. Ça ne l’est plus.

Deux, la province n’est pas la capitale. Tout les sépare, à commencer par les relations humaines. Et ce qui est vrai dans un studio télé parisien ne l’est plus sur une place du marché de Gascogne.

Cahuzac l’a bien compris. A Paris, on lui tourne le dos, à Villeneuve-sur-Lot, on lui serre la main et peut-être même qu’on lui tape sur l’épaule en le plaignant.

Avant de cogner sur Cahuzac, on devrait réfléchir. Pourtant, on le sait depuis longtemps : « Vérité au-delà des Pyrénées…. »

On en reparlera…..

lundi 13 mai 2013

LE SURFEUR ET L’AVALANCHE

Me voilà pris dans un tourbillon sur Facebook. Demago, salaud, insensible, pauvre type, ce sont quelques uns des qualificatifs que l’on m’applique. Rien de moins.

Tout ça parce que j’ai écrit que l’homme (Homo sapiens sapiens) n’est pas un animal marin. Il me semblait pourtant que c’était évident et que, même si je croise régulièrement des baleines sur les trottoirs de Paris, la différence entre une Américaine obèse et un bélouga saute aux yeux.

Du fait de son caractère terrestre, l’homme n’est pas fait pour le milieu maritime. Il faut bien s’y aventurer pourtant, pour pêcher ou pour naviguer, mais c’est alors une obligation et l’accident, fréquent, est accident du travail.

Il est malgré tout des hommes qui considèrent la mer comme un terrain de jeu, un lieu de plaisir. Dans un jeu, tout le monde le sait, seules comptent les règles du jeu. Dans le cas de la mer (ou de la montagne, on y reviendra), c’est le joueur qui fixe les règles en fonction d’un impératif : son plaisir. Son plaisir est de prendre des vagues ou de faire jaillir la poudreuse sous ses skis soigneusement fartés.

Or, mes bons amis, il est un ennemi du plaisir, et c’est la connaissance. Certains hommes ont des milieux hostiles, une vraie connaissance. Le plus souvent, ce sont des locaux, des gens qui vivent toute l’année au contact de ces milieux. Le surfeur ou le skieur hors-piste les considère au mieux comme des domestiques (des guides, des moniteurs), au pire comme des ploucs. Car, si vous regardez les statistiques, les noyés ou les enfouis sous une avalanche, sont le plus souvent des touristes, c’est à dire des gens modernes qui prennent leur savoir dans les prospectus d’un tour-operator et veulent rentabiliser leur mise. Pas question de perdre une heure chèrement payée.

Tout ceci pour dire que le surfeur mangé par un requin me laisse de marbre. Le requin est chez lui, pas le surfeur. Des gens compétents ont informé le surfeur, il n’en a pas tenu compte. Lorsqu’on dispose de tous les éléments et qu’on les dédaigne, on prend une responsabilité. Le jeu devient un vrai jeu, avec un vrai enjeu, le seul qui vaille, la vie. Et parfois, on perd.

Il fallait y penser avant. Phrase idiote. Avant, on ne pense pas. Ou plutôt on pense qu’on sait, qu’on est assez fort, que les emmerdes sont pour les autres. Autant dire qu’on ne pense pas, qu’on ne mène pas une vraie réflexion, qu’on se laisse emporter par le désir. C’est pareil pour les maladies vénériennes. Ou pour le tabac, me souffle mon addictologue favori. Exact.

Et donc, tout le monde cherche à ôter toute responsabilité au pauvre garçon qui laisse une veuve éplorée. C’est pas la faute au surfeur, c’est la faute à l’aquaculture, à l’abattoir, aux écolos, à qui vous voudrez. Au requin, même. Sur la route, c’est la faute à l’alcool pas au mec qui l’a librement ingurgité. Und so weiter…

Ce qui caractérise l’humanité, c’est la responsabilité. C’est pas religieux comme thème, même si on peut y déceler du libre-arbitre. C’est tout simplement une façon de se comporter, d’utiliser les instruments de connaissance pour apprécier les risques d’un comportement, les risques pour soi, les risques pour les autres.

C’est une façon d’être ensemble. La plus difficile parce qu’elle oblige souvent à modérer les envies ou à refréner les désirs. A combattre l’ego. Et c’est vrai qu’on y pense plus en vieillissant. L’expérience….

On en reparlera…..

vendredi 3 mai 2013

LE DEPUTE QUI MARCHE

Il marche, Jean Lassalle. Trente kilomètres par jour à la rencontre de la France des terroirs.

Mais pourquoi va t-il si loin ?

C’était si simple d’aller de la vallée d’Aspe à Bidache pour voir son copain Jean-Jacques Lasserre, symbolique créateur de Lur-Berri, vous savez ? la maison-mère de Spanghero, ceux qui trafiquent le bœuf pour en faire du cheval. Ou le contraire. Lasserre, sénateur, conseiller général, un des piliers de la mouvance Bayrou, la mouvance de Lassalle, précisément.

Après Bidache, dans la matinée, il aurait pu aller voir Barthélémy Aguerre à Luxe-Sumberraute, vous savez ? le président de Spanghero, l’homme qui a succédé à Lasserre à la direction de Lur-Berri, l’éleveur de bœufs qui sait pas différencier le bovin de l’équin.

Parce que tout ça, c’est copains et compagnie. Bayrou préside le conseil général avec Lassalle comme vice-président et puis il cède la place à Lasserre et Lassalle reste vice-président. Lassalle député et farouchement Modem. Lasserre sénateur et moins Modem, quoique… Et Aguerre suppléant de Lassalle. Vous suivez ?

Avec ce suppléant, Lassalle affirme défendre « une certaine idée de la ruralité » comme le dit Rue89 (http://www.rue89.com/rue89-politique/2012/06/07/legislatives-lassalle-candidat-de-la-ruralite-au-menu-viande-avariee-ou)

Je l’aime bien Lassalle, mais des fois, je me demande s’il ne se fout pas un peu de la gueule du monde. Avec les médias nationaux, il la joue berger, montagnard, rural à l’ancienne, défenseur des terroirs et territoires. Chez lui, avec ses copains, c’est moins clair. Comme Bayrou. A l’ancienne avec un suppléant qui est un chantre de l’agriculture productiviste, cherchez l’erreur. Mais on en a déjà parlé (http://rchabaud.blogspot.fr/2013/02/a-laguerre-comme-laguerre.html)

Mon idée, c’est que Lassalle, il est en train de tracer le sillon de Bayrou. A eux deux, ils se positionnent comme les symboles de la France profonde, un peu occitane, farouchement rurale, histoire de prendre date si le Grand Méchant Mou voulait jouer l’union nationale.

Mais voilà. Ils ne pourront pas faire qu’ils ne soient pas des politiques et leurs copains colleront à leurs bottes comme la boue de la Bidouze. La marche de Lassalle, c’est rien que de la com’, relayée par des médias qui font de l’image mais pas de l’enquête. Lassalle, il sort son béret, son accent rocailleux, il marche avec la cravate du député, c’est un bon sujet, ça, coco !

La vérité, c’est que Lassalle, il marche main dans la main avec ses copains qui refusent une Chambre d’Agriculture basque qui ne réunirait que des producteurs artisanaux. Il marche main dans la main avec la FNSEA. Il peut toujours nous chanter ses montagnes sur les bancs de l’Assemblée Nationale, l’agriculture de montagne, il s’en tape. Sa ruralité, c’est le maïs partout, et tout ce qui va avec.

C’est pas Lassalle qui marche. Il nous fait juste marcher…

On en reparlera…

jeudi 2 mai 2013

CHOCOLATINE ET LECHE DE VEAU

Quand je l’ai lu, je n’y ai pas cru… je vous offre le lien :

http://www.legorafi.fr/2013/04/30/paris-un-monoprix-sexcuse-pour-avoir-malencontreusement-etiquete-des-pains-au-chocolat-en-chocolatine/

Le mec est un jeune morpion inculte de 32 ans. Comme il n’a peur de rien, il se vante : «Tout le monde est d’accord pour dire que chocolatine est un mot-valise qui n’existe que pour faire plaisir à une minorité linguistique et géographique. La langue française ne reconnaît que pain au chocolat ».

Alors, petit débile, ce que le Nord appelle « pain au chocolat », ce n’est pas du pain. C’est une viennoiserie, c’est à dire, dans ce cas précis, de la pâte feuilletée. La pâte feuilletée, ça sert à faire des gâteaux, mais en aucun cas du pain. La pâte à pain est levée, mais pas feuilletée. Faut pas avoir fait une école hôtelière pour s’en apercevoir. Si ce truc était fait avec de la pâte à pain, ça se verrait. Et donc, si c’est pas du pain, c’est pas du pain au chocolat. CQFD.

Reste la question des dictionnaires ; « Chocolatine » ne figure nulle part. Et donc, nous n’avons aucune source fiable. Le mot ne peut pas être médiéval comme l’affirme un gros paquet de débiles. Le chocolat arrive en Europe dans la deuxième moitié du 16ème siècle. Au Moyen-Age, y’en a pas. Les grands linguistes qui affirment que c’est une expression datant de la présence anglaise en Aquitaine se plantent complètement. Les viennoiseries sont encore plus tardives : 19ème siècle en France.

Et donc, quand on met du chocolat dans de la pâte feuilletée, vraisemblablement au 19ème siècle, le Sud qui fait attention aux mots, invente le mot « chocolatine » alors que le Nord mélange tranquillement pain et pain viennois et adopte le pain au chocolat. Et dès cette époque, les dictionnaires étant de fabrication nordique, le mot « chocolatine » est complètement oublié.

Ce que le gamin qui vilipende une « minorité linguistique et géographique » oublie, c’est que, bien souvent, le Sud est un conservatoire linguistique. Chez moi, à Bayonne, où on ne mange que des chocolatines, on continue à commander des lèches de veau. C’est comme ça qu’on appelle les escalopes. Et donc je suis allé regarder le CNRTL. « Escalope », ça arrive dans la langue française à la fin du 17ème siècle (1692) alors que « lèche » est déjà chez Grégoire de Tours. L’inculte gamin peut bien me dire que la langue française ne reconnaît qu’escalope : je me marre. Je me marre et je vais serrer mes affaires, c’est à dire les ranger, comme le disait Montaigne avant moi, comme on le dit dans le Sud encore aujourd’hui.

Pour faire court, c’est dans le Sud que la langue française est la plus ancienne et la plus pure. On n’y trouve ni keuf, no boloss, ni aucun de ces mots qui ont envahi la langue. On y parle bien souvent comme au 16ème siècle, on se donne rendez vous « à jour passé », on n’hésite pas à dire « d’ici étant ». Alors oui, on est une minorité linguistique, un conservatoire.

Et oui, quand on passe le seuil du Poitou, la langue change. C’est dommage pour eux.

Quant au « mot-valise », c’est encore un jeu de mots de pseudo-linguiste. Pour qu’il y ait « mot-valise », il faut joindre deux mots. Dans chocolatine, je n’en vois qu’un.

Je ne vois pas pourquoi je m’énerve à répondre à cet Adrien. Autant parler à un mur…

On en reparlera….

samedi 27 avril 2013

LA PIRE PUB DU MOMENT : DISTINGO

Alors, eux, ils manquent pas d’air… PSA BANQUE, le bras financier de PSA balance quelques dizaines de milliers d’euros pour faire la pub de son produit financier, Distingo, qui vous rapporte plus que les autres (ça reste à prouver, faudrait lire les petits caractères) et surtout, surtout, qui finance « l’économie réelle ».

On sait tous, ou alors on est aveugles, que « économie réelle » pour PSA, c’est plan social et licenciements. PSA, il fait la manche auprès des petits épargnants pour financer ses plans sociaux et accélérer son processus de délocalisation. En clair, il veut ton fric pour t’appauvrir.

Ben oui, t’appauvrir. Parce que les indemnités chômage des mecs de PSA, c’est toi qui vas les payer. Parce que la baisse induite de la consommation, c’est toi qui vas la payer. Alors les 5% sur quatre mois… d’abord, après 4 mois, ça revient à 2,2%, un peu mieux que le livret A sauf que c’est pas exonéré d’impôts . Et donc, la rentabilité annoncée, c’est comme le reste…

Bon, PSA me prend pour un con. Voilà vingt ans que les managers de PSA, ils se plantent sur « l’économie réelle ». Ils font les mauvaises voitures pour les mauvais marchés. Mauvais en Europe, mauvais sur les marchés émergents, mauvais sur le bas de gamme et pas très bons sur le haut de gamme. Ils accumulent les pertes dans l’économie réelle mais ils s’en foutent, ils ont la variable d’ajustement : le personnel.

Y’a vingt ans, t’allais en Afrique, y’avait que des Pigeot…. Ils se sont fait bouffer par les Japonais… Ils ont tout parié sur le diesel, ils sont en train de se faire rattraper par l’écologie. Ils ont été les premiers en Chine et les premiers virés de Chine. PSA n’a aucune vision à long terme. Pour Distingo non plus : 4 mois, point barre. Leur "économie réelle", c'est ça : pertes et licenciements...

C’est pathétique.

On en reparlera….

mercredi 24 avril 2013

MINORIPHOBE

Faut arrêter avec tous les qualificatifs. Homophobe, négrophobe, islamophobe… La réalité est beaucoup plus simple.

La plupart des citoyens n’aiment pas les minorités. Quelles qu’elles soient. On leur a assez dit, aux citoyens, que la démocratie, c’était le pouvoir de la majorité. Et donc, ça dévalue complètement le discours des minorités. Le brave mec, il pense dans sa tête : « Mais qu’est ce qu’ils ont à venir me faire chier ? ». Il est minoriphobe.

Je suis d’accord, c’est le degré zéro de la réflexion. C’est juste une réaction épidermique. Tous ces citoyens, ils ont des copains musulmans, arabes, noirs, pédés. Mais là, c’est plus des minorités, c’est des individualités. Ils sont d’accord pour vivre avec, pour déconner avec, mais pas pour leur filer un statut autre que celui de copain. Toléré, accepté, oui. Légalisé, non.

Mais, ils réfléchissent pas !!! Non. Toi, non plus. Les conneries qu’on entend par manque de réflexion, c’est effrayant. « Le mariage pour tous n’enlève rien aux hétéros ». Ben si. Ça leur enlève leur sentiment de normalité. Parce que faut pas croire, la normalité (ou son image), ça sous-tend la plus large partie de nos réactions. Le citoyen de base, il pense que la normalité, c’est d’être blanc, plutôt chrétien, hétérosexuel et avec l’accent pointu. Cette normalité, elle va de pair avec les courses à Carrefour, le McDo avalé le samedi soir et la fourniture de céréales au petit et de croquettes au chien. Pour faire simple, la normalité, c’est le brouet intellectuel servi par la télé et les communicants. Regarde les pubs. C’est l’image véhiculée. Regarde les séries. Tiens, hier, Candice Renoir (plutôt pas mal au demeurant), y’a bien un beur et une beurette, mais c’est les moins gradés. C’est la norme.

Mais, la normalité, ça n’existe pas ! Exact. C’est juste un ressenti. Ça n’a aucune base rationnelle. C’est même pour ça que la pub surfe sur la normalité, parce qu’elle n’est pas rationnelle. Or, nous vivons dans un monde dont le rationnel est systématiquement extirpé, comme une dent cariée. Faut pas s’étonner que le ressenti domine. Et surtout, faut pas s’en plaindre. Encore moins penser que mon ressenti, c’est le bon. C’est comme ça qu’on dérape.

A ça, faut ajouter le territoire, cet endroit incompréhensible dont tout le monde se réclame sans jamais le définir. Le territoire, c’est aussi un ressenti, et même plusieurs ressentis. Ton territoire, un coup, c’est une ville, un coup, c’est un pays, ou une vallée. Ben oui. Un coup t’es du Sud-ouest, un coup t’es d’Agen, un coup t’es Français. T’as trois territoires et tu jongles avec, en fonction du contexte. Et chacun est « normal ». On en a déjà beaucoup parlé, glissons.

Dans le territoire où je vis, y’a plein de grosses minorités bruyantes. Au point que tu penses qu’elles sont quasi-majoritaires. Dans le territoire d’où je viens, y’en a moins, beaucoup moins. Y’en a des, la communauté séphardi par exemple, ça fait cinq siècles qu’elle est là, elle est fondue dans le paysage. Les musulmans, c’est plus récent, alors ils dérangent un peu. Pas trop, mais un peu. Tout ça pour dire qu’un territoire, c’est aussi une histoire, une construction et que ça remplit aussi les têtes.

Et puis, y’a les Parisiens. Minoritaires en hiver, mais bien nombreux en été. Ceux là, pour les accepter, faut changer d’échelle. Pas toujours facile. Surtout qu’on nous a collé l’Europe à avaler.

Quand ton territoire, c’est un canton, tout baigne. Pour élargir, on a eu un truc vachement bien : la guerre. Un truc qui a obligé le Savoyard à partager un bout de sa vie avec un Breton ou un Provençal. Tous unis pour défendre le sol sacré. Avec les Européens, ça a plutôt été le contraire. On s’est collé des beignes pendant des siècles, ça laisse des traces. Dans ton village, on te dit Merkel, aussi sec tu penses au monument aux morts, sur la place, là où il y a le nom du cousin de grand père mort aux Eparges. Le même nom que toi. Le citadin, il peut pas comprendre, c’est tellement grand la ville qu’on n’y trouve pas de monument aux morts. Ou alors, faut chercher. C’est des trucs qui te relativisent le territoire.

Tout ça pour dire qu’avant de jeter l’anathème sur l’autre, le connard qui comprend rien comme moi, faut réfléchir un poil. Pas se croire investi d’une mission divine. Si t’es minoritaire, comprendre que tu fais problème. T’attaques de front, t’as la contre-attaque aussi sec. Je sais, c’est pas facile de se voir comme un problème, mais c’est essentiel si on veut vivre dans un monde apaisé. Si t’es majoritaire, comprendre que la minorité fait problème et analyser le problème froidement. Comprendre, parler, échanger. Pas ressentir comme un animal.

Si tu heurtes la majorité, t’es sûr d’aller au clash. Des fois, ça marche : Mitterrand et la peine de mort. Enfin, ça marche un temps. Moi, rien ne me dit qu’elle ne reviendra pas un de ces jours, en douce.

Tout ça, on en a déjà parlé.

On en reparlera….

vendredi 19 avril 2013

SE LOGER A PARIS

C’est con, j’ai oublié son nom. Pas son prénom : Daniel. Le mec, il bossait à la Banque des Pays-Bas, avant la fusion avec la BNP. Polytechnicien, montagnard, brillant et rigolo.

Il avait en charge le patrimoine immobilier de la banque, il gérait quelques milliers d’appartements et de bureaux dans Paris. Dans son job, y’avait un secteur sensible : les appartements réservés.

Explication : la banque gardait quelques dizaines d’appartements, dans les beaux quartiers, soumis à la loi de 48. Genre 200 m2 dans le 7ème avec un loyer de 1000 euro par mois. Vachement pas loi de 48, en parfait état, bien entretenus, mais bon, les loyers, ils étaient loi de 48. L’affaire du siècle.

Son boulot, c’était d’identifier et de sélectionner les gens qui cherchaient un logement et qui pouvaient aider la banque. Le profil type, c’était le jeune député, fraichement élu, avec les dents qui rayent le parquet et dont on pouvait imaginer qu’il allait faire une belle carrière. Celui-là, il l’approchait et il lui proposait un logement. Tu résistes, toi, à une proposition comme ça ?

Après, c’était facile. Quand le jeune loup était installé, on lui faisait savoir que telle proposition de loi pouvait être amendée. Finement. Sans scandale. Un bel amendement bien technique que le député risque rien mais que la banque y trouve son intérêt. Ça pouvait aussi marcher pour les bureaux, lors d’une campagne électorale, par exemple, ou pour les permanences, un parlementaire, ça a des besoins immobiliers. Eventuellement, un studio pour les études du petit. Ces choses-là, les petits services entre gens de bonne compagnie…

Y’avait aussi quelques artistes. Après quand t’as besoin d’un chanteur pour l’arbre de Noël du personnel ou d’un acteur pour une pub, ça aide.

Daniel, il m’avait raconté ça un jour, chez Claude, rue de Provence, devant un petit Saint-Pourçain. Pour moi. Lui, il buvait du Perrier. Ça t’éclaire l’oligarchie, ce genre de trucs.

J’aimerai qu’on en parle dans la transparence : qui loge qui ? Parce que si t’es député et que ton bailleur c’est Axa, t’as pas la même vision de l’assurance-vie. Forcément.

D’autant que le choix n’est pas politique : je veux dire qu’il y a autant de parlementaires de gauche que de parlementaires de droite dans la panier des banquiers. Sont pas cons, les banquiers, ils savent bien qu’un futur ministre reste un futur ministre quelle que soit la couleur du gouvernement.

Bon, alors, on la fait cette liste ?