mercredi 8 octobre 2014

REVO CUL DANS LA CHINE POP

C’est un titre. Un titre de livre. L’un des plus beaux travail de désinformation, le livre qui expliquât en son temps que la Révolution Culturelle n’était rien d’autre qu’un règlement de compte dans le PCC. Ne résistons pas au plaisir de citer Wikipédia.

En 1966, Mao décide de lancer la révolution culturelle afin de consolider son pouvoir en s'appuyant sur la jeunesse du pays. Le dirigeant souhaite purger le Parti communiste chinois (PCC) de ses éléments « révisionnistes » et limiter les pouvoirs de la bureaucratie. Les « gardes rouges », groupes de jeunes Chinois inspirés par les principes du Petit Livre rouge, deviennent le bras actif de cette révolution culturelle. Ils remettent en cause toute hiérarchie, notamment la hiérarchie du PCC alors en poste.

Mais pourquoi « culturelle » ? Ben, figurez vous que c’est pas un hasard. En 1958, l’Assemblée plénière du PCC adopte le système de transcription pinyin. C’est politique : jusque là le chinois se transcrivait en lettres latines avec des systèmes étrangers, celui de l’Ecole Française d’Extrême Orient pour les francophones ou celui de Wade-Giles pour les anglosaxons. Insupportable pour Mao qui ne veut pas d’un système non-chinois pour transcrire le chinois. D’autant que la réforme des transcriptions s’accompagne d’une vraie révolution. En 1962, près de 3000 sinogrammes sont simplifiés. Le but est de diminuer le nombre de traits, parfois de manière drastique. Et dans le même temps, on privilégie l’écriture horizontale de gauche à droite contre l’écriture verticale de droite à gauche.Si c'est pas une Révolution !!!

Naturellement, les réticences sont nombreuses, essentiellement les réticences des universitaires et plus généralement de tous ceux qui, dans la lignée des mandarins traditionnels, vouaient à la maîtrise des caractères une véritable vénération. La réforme patinait. C’est alors que Mao s’appuyât sur la jeunesse pour forcer le passage. A cette aune, Wikipédia a raison : il s’agissait bien de limiter les pouvoirs des bureaucrates arc-boutés sur leur savoir linguistique. Quant aux « révisionnistes », il s’agissait surtout de ceux qui voulaient empêcher toute révision du système.

C’est ainsi que débutât la Révolution Culturelle qui méritait parfaitement son nom : il fallait détruire les « quatre vieilleries », dont l’ancien système d’écriture.

Naturellement, les jeunes gens ne firent pas dans la dentelle. Il y eut une réelle volonté de casser le système d’enseignement. Naturellement, les orientalistes occidentaux prirent le parti de leurs copains universitaires. Pour eux aussi, toucher aux sinogrammes anciens revenait à toucher à leur savoir, c’est à dire à leur pouvoir.

La violence de la Révolution Culturelle était à l’aune de l’importance du sujet. C’était une vraie Révolution dans le domaine de la culture. Les passions s’exacerbèrent et l’opinion mondiale fut vite persuadée qu’il s’agissait d’une purge dont on s’empressât d’affirmer qu’il s’agissait de conforter le pouvoir de Mao sans vouloir accepter que Mao utilisait son pouvoir pour promouvoir un nouveau rapport entre le peuple chinois, surtout le plus illettré, et sa langue.

La principale conséquence de cette Révolution fut que le chinois put disposer d’un système qui s’adaptât sans trop de difficultés à l’arrivée de l’informatique. On ne peut pas affirmer que Mao l’avait prévu, ce serait ridicule.

Naturellement, cette Révolution s’est trouvée emportée par des vents mauvais. Désorganisation du pays, paupérisation, famines, destruction de nombreux joyaux culturels. Qu’on ne m’accuse pas de minimiser.

Naturellement, l’Occident ne put rien y comprendre. Crée-t’on une guerre civile pour une réforme de l’orthographe ? Nous avons oublié le lien qui unit les Chinois et leur langue écrite. Ou plutôt, nous l’avons sous-estimé. Il nous fallait une autre explication, plus conforme à notre mode de pensée. La purge faisait l’affaire.

Nous ne cessons de tomber dans ce piège : appliquer aux autres civilisations notre grille d’analyse. Ce qui nous condamne à ne rien comprendre, à inverser les effets et les causes. Le PCC fut repris en mains parce qu’il s’opposait à la transformation de l’écriture. Transformation qui fut une raison et non un prétexte.

Je ne crois pas qu’on en reparle…

dimanche 28 septembre 2014

AH ! MON CANARD

Il y a des jours de grand bonheur. Aujourd’hui par exemple où j’ai pu compléter mon savoir sur les canards et retrouver des saveurs perdues.

On en avait déjà parlé ici (http://rchabaud.blogspot.fr/2011/01/parlons-un-peu-des-immigres.html). J’ai appris aujourd’hui que j’avais écrit une connerie (ben oui, ça arrive). Les canards de ma Tante Marie qui me faisaient du si délicieux foie gras, c’étaient pas des canards de Rouen. C’étaient des canards de chez moi. Des kriaxeras pour être précis. J’ai une excuse. Le Rouen, c’était ce qu’il y avait de plus proche de mon souvenir. Dans l’intervalle, le kriaxera a manqué disparaître, poussé dans la fosse commune des variétés disparues par les immigrés dont on parlait plus haut.

Et puis, aujourd’hui, j’ai vu des photos de kriaxera et là, ma mémoire s’est ébrouée comme un canard sortant de la mare. C’était ça ! L’histoire est belle mais longue. Quelques rares fermiers qui avaient conservé quelques couples, quelques passionnés qui se mettent au boulot, et voilà…Qu’il y ait, dans l’histoire, un peu de baratin ne m’étonnerait pas. Mais, je m’en fous.

La photo, c’était secondaire. En fait, je venais de retrouver le goût du vrai foie gras, je veux dire celui de mon enfance. Le goût, mais surtout la texture, cette impression de velours en bouche, une impression générale que je ne saurais mieux qualifier qu’en parlant de foie gras maigre. Je t’explique : pour des centaines de foies gras, l’impression première, c’est de manger de la graisse. Quand tu montes en gamme, cette impression s’atténue et là, aujourd’hui, à 16 h 30 square Bernard Lazare à Paris (3ème), je mangeais du foie gras d’où cet arrière-goût était absent. Bingo ! j’avais rajeuni de cinquante ans et je prenais à nouveau mon pied en mangeant du foie gras. J’avais oublié ma rancœur envers Jean-Paul Chevallier.

Bon, je vais pas vous la faire en copiant-collant tout ce que l’éleveur a déjà mis sur son site. Il y a plein de journalistes pour pisser ainsi de la copie. Allez voir le site de Jean-Michel Berho www.eyhartzea.com. Il y cause de la race, de l’élevage, du gavage et il donne même un bon de commande. En gros et en plus savant, il vous dit ce que je disais : le canard choisi pour sa rentabilité, la bouffe industrielle, le gavage à la chaine.

Pour être complet dans l’info, on était à une présentation de produits des producteurs fermiers d’Idoki (www.idoki.org). Ces mecs, c’est rien que des petits mecs, des petits fermiers, dans des petites fermes dans de petits villages. Des ceux que les grands mecs comme Barthélémy Aguerre regardent de haut (http://rchabaud.blogspot.fr/2013/02/a-laguerre-comme-laguerre.html). Mais voilà, c’est des hargneux, des qui veulent pas mourir et qui ne veulent pas survivre en vendant de la merde à leurs clients et leur âme au Diable. Des mecs qui ont des valeurs, le genre de valeur qui n’a pas de prix. Parce que si tu crois que les valeurs ont une valeur, tu te plantes grave.

Alors voilà comment en une belle après-midi d’automne parisien, tu peux te réconcilier avec un produit, replonger dans ton enfance, rencontrer quelques belles personnes, boire un coup de txakoli et te faire une provision de ce fabuleux produit qu’est le piment doux du Pays basque (en fait, j’y étais allé pour ça, j’avais une envie d’omelette aux piments et ce piment là, qui est le meilleur du monde, tu n’en trouves jamais à Paris).

Y’a qu’un truc qui m’emmerde :c’est que ce m’ont dit les petits mecs d’Idoki, c’est le même discours tenu par les épiciers à la mode et les gros cons de la grande distribution, et que rien, rien, sinon quelques années d’expérience, une connaissance intime du terrain et une attention soutenue aux détails ne permet de faire la différence entre celui qui te baratine et l’autre.

Bon. Sachez simplement une chose : les mecs d’Idoki, ils sont tous bios, et même surbios. Ils affichent aucun label à la con, sauf le leur : Idoki. Et ça suffit : si votre épicier bio les connaît pas, changez d’épicier.

On en reparlera…

PS : et le prix ? Plutôt moins cher que Labeyrie.... C'est vrai qu'il faut être con pour acheter chez pousse-caddie.

mardi 23 septembre 2014

NOUS AVONS PEUR D’UNE GUERRE (2)

Nous ne sommes pas en guerre. Enfin, pas trop. Pour être en guerre, il faut, juridiquement, une déclaration de guerre à un Etat ennemi. Vu qu’on ne combat aucun Etat, on n’est pas en guerre. Tu vas me dire, c’est pas une consolation pour les veuves des mecs tués sur place qui, du coup, ne sont pas des veuves de guerre.

Dans les deux cas, on donne juste un coup de main à des copains. Un gros coup de main, mais pas plus. A ce propos, le Président a évoqué le sort des chrétiens d’Irak alors qu’il voulait bombarder Bachar, seul soutien des chrétiens de Syrie. Conclusion : tous les chrétiens ne sont pas égaux devant Hollande. Devant Dieu, oui. Preuve qu’Hollande n’est pas Dieu. On s’en doutait…

Bien. Au Mali, on se bat contre AQMI et associés. Il est bien l’acronyme, il évite d’avoir à épeler le nom de l’organisme. En Irak, le problème, c’était l’Etat islamique. On lui a changé le nom, on dit Daech…C’est pareil, l’acronyme en arabe de l’Etat islamique.

Pourquoi on a changé ? C’est qu’on ne veut pas prononcer le mot « islamique ». Dans les deux cas. Pour pas stigmatiser.

La vérité, c’est qu’on fait la guerre à l’Islam. On peut ergoter, discuter, sodomiser les diptères, mais dans les deux cas (Mali et Irak/Syrie), ce que les soldats français ont en face, ce sont des Musulmans. C’est pas bien de le dire, mais ne pas le dire ne change rien aux faits. Le dire, reviendrait (conditionnel) à stigmatiser l’ensemble des Musulmans et même les Arabes qui sont essentiellement Musulmans.

Ben non. Le premier pays musulman du monde, c’est l’Indonésie. Jusqu’à nouvel ordre, ils ne sont pas Arabes. Pas plus que les Nigérians de Boko Haram. En France, où la simplification communicante inculte a tout remplacé, Islam égale Arabes. C’est un peu court, jeune homme !

La vérité, c’est qu’un peu partout dans le monde, des mecs prennent les armes pour imposer la loi islamique. C’est valable au Mali et en Irak, mais aussi au Nigéria, en Tchétchénie, au Xinjiang, dans le sud des Philippines, en Libye, en Egypte, au Yemen ou en Tunisie. Bientôt en Inde où Al-Qaïda vient de créer une branche locale.

Mais il y a des Musulmans pas fanatiques !!! Certes. Toutefois, on ne m’empêchera pas de penser qu’ils regardent les intégristes d’un œil favorable. Ils ne peuvent pas dire que la charia, c’est caca. On n’a jamais vu l’un de leurs représentants lancer une fatwa sur les intégristes. Ils ergotent, eux aussi, sur la manière de l’imposer. Pas sur le fond. Ils ne disent jamais clairement que la démocratie passe par la laïcité et qu’une loi religieuse ne vaut pas un clou. On ne scie pas la branche…. Y'a même un mouvement à la con qui s'appelle "Not in my name". C'est clair : ils sont pas vraiment contre la guerre sainte, mais ils veulent pas que ce soit fait au nom de l'Islam. C'est pas très puissant comme argumentation. Bref, ils font ce qu’ont fait tous les mouvements de ce type : ils ont une version fréquentable et une version plus sauvage. Mais le but reste le même, c’est juste une question de moyens. Ou de timing. Les mencheviks prennent le pouvoir avant d’être remplacés par les bolcheviks. On en a déjà parlé ici.

Et donc, les Musulmans pas fanatiques, c’est une fiction. Une fiction qui nous arrange bien vu qu’elle nous permet de conserver des relations agréables avec tous les pays richissimes qui investissent dans notre beau pays et qui ont la main sur le robinet pétrolier. Y’en a même qui contribuent à des campagnes électorales. Mais les mômes qui vont à la mosquée chaque semaine, dont Maman est voilée et qui font le Ramadan, tu peux pas leur dire que leur religion est une mauvaise chose. C’est leur quotidien. Sur le tas, y’en a qui se radicaliseront. Comme il y a des enfants de chœur qui deviennent skins. Toute religion est une graine dont tu ne peux pas prévoir le développement. Vaut mieux pas l'arroser.

L’Islam est monolithique. Personne ne peut exclure personne. Aucun religieux ne peut s’opposer à un autre religieux. On en a déjà parlé ici. D’autant que les religieux fréquentables, on les fréquente parce qu’ils ne sont pas violents, et surtout pas avec leurs « frères ».

La communication a rendu le problème indémerdable. Personne ne regarde la question froidement. On l’a bien vu avec la Syrie : il y a deux ans, il était question de taper sur Bachar, aujourd’hui, on tape sur ses adversaires. C’est du grand n’importe quoi. Il y a deux ans, on savait bien que Bachar était un rempart. On l’avait dit ici. C’est que Bachar, lui, il a des fatwas sur le dos. Fatwas qu’aucun Musulman pas fanatique n’a essayé de contrer. On attend encore que le recteur de la mosquée de Paris défende Bachar. Faut pas rêver : Bachar, c’est pas un »bon » musulman à leurs yeux, c’est un Alaouite.

Avec l’Islam, la non-violence ne fonctionne pas car elle ressemble trop à de la faiblesse. Pas plus que ne fonctionne l’humanisme.

Normal. Ce serait donner à l’Homme une place réservée à Dieu.

On n’a pas fini d’en reparler…..

mercredi 17 septembre 2014

LA MORSURE DES SANS-DENTS

Ils ont tous le mot « morale » à la bouche. Nous sommes en France : plus on parle d’un sujet, moins on en fait. Je vais en énerver plus d’un, mais j’aime bien les comparaisons. Entre deux partis au pouvoir, par exemple.

Jérôme Cahuzac, dont on ne parle plus guère, se promène tranquillement et réorganise sa vie. Il n’a pas fait grand chose : simplement frauder le fisc alors qu’il devait le gérer pour le bien de tous, mentir à ses électeurs et fouler aux pieds le socialisme qu’il était censé incarner. Au cas où vous l’auriez oublié, la fraude fiscale consiste à alourdir le fardeau des impôts pour l’ensemble des contribuables au profit d’un seul. On peut l’assimiler à un vol au détriment de la collectivité.

Bo Xilai, maire de Chonqqing, une des municipalités les plus riches de Chine, a fait grosso modo la même chose : il a puisé dans les caisses pour son enrichissement personnel. Il a volé la collectivité.

Jérôme Cahuzac est libre. Bo Xilai a été condamné à la prison à vie. Il ne demandera pas d’allégement de peine. Il a raison. Sa prison est assez confortable. Et tous ses biens ont été confisqués. S’il sort de sa confortable prison, il sera SDF. Personne ne lui tendra la main. Il a intérêt à se faire nourrir par l’Etat.

Deux poids, deux mesures. Je souligne pour tous ceux qui vont, dans les gazettes, se moquer du socialisme à la chinoise. Le socialisme, c’est d’abord une morale. Il me semble qu’en l’espèce, la morale s’est installée à Pékin.

Mes amis juristes se drapent dans les codes. Cahuzac est soumis aux lois. C’est bien le problème. Le code est le même quel que soit l’inculpé. Pas tout à fait cependant. Le responsable politique jouit d’une immunité alors même qu’il a un devoir d’exemplarité. Deux poids, deux mesures, mais certains sont mieux et plus protégés que d’autres. Drapé dans son écharpe tricolore, le député risque moins que le citoyen lambda. Et ne parlons même pas du Président.

Pour ma part, je ne verrais aucun inconvénient à ce qu’il y ait deux codes. Un pour le citoyen de base, un pour le responsable politique dont les peines seraient aggravées au nom de l’exemplarité qu’il doit incarner. Je suis bien tranquille : au nom de l’égalité devant la loi, tout le monde va protester, en oubliant que nous ne sommes pas, le député et moi, égaux devant la loi. Vu que cette histoire d’immunité, c’est la porte ouverte à l’absolu bonheur des avocats : le délai. Plus on attend, plus la peine se dilue dans l’oubli des faits.

Ainsi va l’interprétation morale. Venant de la droite, ça ne m’étonne guère, elle a une morale à géométrie invariable. Il suffit que soient protégées les rentes de situation et que soit assuré l’enrichissement. Venant de la gauche, des héritiers de Robespierre et de Jaurès, ça me rend sauvage. Ce sont eux qui tiennent le discours de la morale et n’hésitent pas à la violer. Thévenoud a eu comme seule punition d’être exclu du PS. Tu parles d’un drame ! Il va être non-inscrit et le tour sera joué.

On va droit au clash…. Les communistes chinois savent que le peuple a besoin d’exemples, les socialistes français s’en foutent. Cahuzac en prison et ruiné, ça assurerait un gros paquet d’opinions favorables et ça démonterait les arguments de Marine.

Et donc, je pose la question : vaut il mieux être féroce avec un corrompu ou faire le lit du FN ? Parce que c’est comme ça qu’elle se pose la question. En termes simples et vulgaires. La Chine a remis à l’ordre du jour les autocritiques (à la télé, l’audience est plus large) d’élus et de fonctionnaires. D’après vous, comment réagissent les citoyens de base devant l’humiliation de ceux qui les ont trompés et humiliés ? Le plus simplement du monde : ils se sentent protégés et vengés et ils se marrent. C’est vulgaire ? C’est basique ? Peut être. En fait, c'est pas plus vulgaire qu'une émission de télé-réalité.

C’est cruel ? Non. La cruauté, la vraie, c’est de mépriser les autres. C’est de se sentir au dessus.(*)

C’est d’oublier que les sans-dents peuvent mordre. Malgré tout.

On en reparlera….

(*) à peine avais je écrit cette phrase que notre improbable Ministricule socialo-rothschildien chargé des Finances faisait sa sortie sur les "ouvrières illettrées", ajoutant le sexisme au mépris. Qu'il commence par aller devant les électeurs pour se donner une légitimité. Et si le mari d'une "ouvrière illettrée" allait décharger sur lui son fusil à sanglier, je trouverais ça assez normal...Trop, c'est trop...

samedi 13 septembre 2014

LA GUEULE ET LE TROU DU CUL

C’est un truc qui me trottait dans la tête. Un signe pertinent. Ce sont les seuls qui m’intéressent.

Il existe une sorte de trophée des meilleurs cuisiniers du monde. Ça vous sort une liste des 50 meilleurs restaurants around the world. Et ce machin est sponsorisé par une marque d’eau !!!

Ceci devrait nous entrainer à sourire, puis à douter et enfin à rejeter.

Manger, c’est un acte de jouissance, un acte de fête, et manger au restaurant doit marquer une rupture avec la monotonie du quotidien. En banquetant, on rejoint la cohorte de tous ceux qui, au fil des siècles, se sont réunis pour ripailler, se goberger, rigoler et mettre la main au cul des servantes. Manger est un acte païen, rustique et festif. Se mettre à table n’est pas le fait des culs serrés. Sauf à bouffer un brouet d’orties dans le réfectoire d’un monastère chartreux. Mais là, on ne mange pas. On survit.

Effectivement, pour survivre, il faut de l’eau. Pour déconner, pour se lâcher, pour que le plaisir apparaisse, se développe, éclate en éructations satisfaites et en vagues de rires, il faut d’autres breuvages.

Nous vivons désormais les temps de la manducation sinistre. On mange pour pouvoir parler de ce qu’on mange et comme on ne sait rien (ou pas grand chose) des produits que l’on mange et des techniques à mettre en œuvre, on utilise la nourriture comme sujet de réflexion. On juge des résultats sans rien savoir des moyens de l’atteindre, ce qui distingue le critique gastronomique du chroniqueur sportif qui sait, lui, que Dupont a eu des lacunes à l’entrainement ou que le « coach » n’avait pas choisi la bonne formule pour permettre à Tartemolle de montrer son talent. Et donc, on philosophe, on se tient raide sur des chaises encore plus raides. Bouffer est devenu une activité intellectuelle. D’ailleurs, personne ne bouffe plus. On goûte, on déguste, on affine et on affirme. On se croit distingué parce qu’on s’emmerde. Et on boit de l’eau.

Bouffer est devenu une activité intellectuelle depuis qu’on fréquente plus les restaurants que les librairies. Les premiers se multiplient, les secondes disparaissent. Il ne vient plus à l’idée de personne que, pour la pensée, on a les livres, pas les assiettes. Tiens, je viens de retrouver un menu du Fouquet’s. Le 15 novembre 1958, on y servait des poulardes de Bresse Albuféra, des beignets de cervelle Orly ou de la noix de ris de veau braisé. J’ai été invité au Fouquet’s il y a quelques semaines. Il m’est apparu évident qu’on ne pouvait plus servir de cervelle à une clientèle qui, à l’évidence, ignorait l’existence de la chose ou son utilisation. J’aurais préféré dîner avec Montaigne qui raconte qu’il est tellement avide qu’il se mord les doigts quand il mange (car il mange avec les doigts, bien entendu).

Nous vivons dans la confusion la plus totale. Manger, ce n’est pas aimer, ni penser, ni rien d’autre que se remplir la panse, la gueule grande ouverte et le trou du cul soumis à la pression provoquée par l’accumulation des aliments. Oui, je regrette les repas qui duraient quatre heures. Minimum. Les repas où on n’appelait pas les diététiciens au secours, mais, éventuellement, les médecins pour l’apoplexie finale.

Je ne retrouve plus ces impressions qu’avec mes amis chinois. Pour un Chinois, manger, c’est pas rien. Un repas à douze plats, ce n’est pas rare. Et on ne boit pas de l’eau. Ou du thé. On bâfre, on se goinfre, on se porte des toasts, on se finit au maotaï. Bref, on vit. On prend du plaisir ensemble, on se respecte, on s’honore. Ce qui n’empêche pas de travailler sérieusement. Ni de pratiquer les croisements culturels. Ça aussi, on devrait y réfléchir. Nous, on a adopté le tofu et la soupe au miso. Eux ils ont déjà inventé les nems au foie gras. Pour vous dire qu’ils nous ont pas piqué le bouillon de légumes et les carottes râpées.

En fait, on est toujours aussi nuls en géographie et on confond toujours la Chine et le Japon. Quand je vois un zozo comme Thierry Marx s’exciter sur le sushi…Il ferait mieux d’aller au Shaanxi goûter les languettes de filet mignon de porc servies en beignets sucrés. Ou les aubergines pimentées du Sichuan. Tous nos chefs bossent en pensant aux Japonais. Etonnez vous après ça que les Chinois nous boudent. La seule qui ait un avenir en Chine, c’est Maïté…. Je comprends pas qu’elle n’y soit pas déjà….

C’est peut être pour ça que nos hommes d’affaires sont si nuls sur le marché chinois. Plutôt que d’avoir la gueule ouverte, ils ont le trou du cul serré.

Quant aux 50 meilleurs restaurants de l’eau gazeuse, ils sont majoritairement nordiques et luthériens. Hé ! les mecs ! on bouffe pas pour aller au Paradis. C’est même le contraire… Demandez à Philippe d’Orléans.

Bouffer doit être excessif. Vivre excessivement. Travailler excessivement. Déconner excessivement. Pécher excessivement.

Amen…

jeudi 4 septembre 2014

MISTRAL PERDANT

La bonne nouvelle, c’est qu’un mec au moins va améliorer ses chiffres (en hausse) : le directeur du Pole-Emploi de Saint Nazaire.

Résumons. La Russie commande à Sarkozy deux navires de guerre, deux merveilles de technologie française. On les appelle des bâtiments de commandement, mais ils sont aussi un peu opérationnels. La Russie commande et paye. On appelle ça un contrat. Personne ne dit rien.

Et donc on construit. Les Russes choisissent le nom des navires. Sont pas compliqués les Russes. Celui qui va sur le Pacifique, on l’appelle le Vladivostok, celui qui va en Mer Noire, on l’appelle le Sébastopol. Pour le Mourmansk, on verra plus tard. Parce que, vu l’état de la marine russe, ces deux contrats, c’était juste un début.

La Russie et l’Ukraine se fritent un peu. C’est bien compliqué, ça fait des morts. Mais voilà que le « grand frère américain » fait les gros yeux. Il a signé le contrat ? Non, mais il s’invite.

Et donc le gouvernement français « suspend » le contrat. Moi, j’imaginais que mon gouvernement dirait au « grand frère » : mêle toi de ce qui te regarde. Les bateaux valent un peu plus d’un milliard d’euro, si tu veux pas que je les livre, paye. Mais non. Mon gouvernement prend ses ordres à Washington.

Mais on est dans l’OTAN ? Et alors ? Ce qu’on suspend, c’est le Vladivostok qui va aller dans le Pacifique. Le Pacifique, c’est pas l’Atlantique Nord, non ? Ou alors, faut refaire les cartes.

Le gouvernement « suspend ». Unilatéralement. Ça s’appelle « rupture de contrat ». Va falloir payer si on applique pas le contrat. Mon gouvernement s’en fout. C’est moi qui paye. De plus en plus difficilement, d’ailleurs.

Sans compter que la parole de la France, va en prendre un vieux coup. T’imagines ? Tu signes avec un pays et, au moment de livrer, il déchire le contrat.

Faut se mettre à la place d’Obama. Le Pacifique, il considère que c’est sa mer. Déjà quand les Chinois ont lancé le porte-avions Liaoning, il a râlé, Baraque… Si la partie occidentale du Pacifique se renforce, ça lui fait pas plaisir. Il va pas entretenir une flotte juste pour protéger San Diego, quand même ! Et donc, comme il veut le beurre et l’argent du beurre, la tranquillité dans le Pacifique ouest et payer le moins possible, il présente la note aux contribuables français. Au premier rang desquels les futurs chômeurs de Saint Nazaire.

Un peu de cohérence aurait consisté à protester à propos du Sébastopol. Sébastopol, c’est en Crimée (ex-Ukraine), et donc on aurait pu comprendre. Encore que si tu vas voir les bateaux ukrainiens à Balaklava, le risque de conflit maritime en Mer noire est faible. Les bateaux ukrainiens, ils tiennent par la peinture. Mais bon, on peut admettre.

Sauf que le Sébastopol, il est livrable au printemps et que Baraque voulait des actes immédiats, histoire d’essayer de bloquer Poutine auquel il ne comprend rien. Et donc, il demande à Hollande de s’y coller.

Les diplomates accumulent les textes : tel accord de 1994, telle résolution de 1997. C’est totalement inutile, on est passé au-delà. Poutine n’envahira pas l’Ukraine (je veux dire officiellement, comme Adolf avec l’Anschluss). Il va pourrir la situation jusqu’à ce que l’Ukraine (ou des gros bouts d’Ukraine) tombent dans l’escarcelle russe. Il n’envahira pas non plus les pays baltes ou la Pologne qui sont dans l’UE. Ni la Bielorussie tant qu’elle le suivra. Il utilise une tactique vieille comme le monde : attendre que la population, ou une partie de la population, demande son intervention. Et même là, il fera un peu sa chochotte.

En attendant, tout le monde regarde l’Ukraine. Moi, qui suis un vieux joueur de go, je me dis qu’il faut regarder ailleurs. Et si la nouvelle la plus importante était l’ouverture par Al-Qaïda d’une branche dans le sous continent indien ? Mais ils sont déjà au Pakistan. Bien entendu. Sauf qu’il y a autant de musulmans en Inde qu’au Pakistan. Le terreau est là. La graine arrive. Qui la plante ? Et qui va l’arroser ?

J’ai bien une petite idée mais ça nous entrainerait loin du Vladivostok. Qui est un Mistral. Perdant.

On en reparlera….

mardi 2 septembre 2014

LA ROUTE DE LA SOIE

Ça n’existe pas. C’est juste un mot. Inventé par Ferdinand von Richthofen, géographe allemand et, accessoirement, oncle de Manfred von Richthofen, le fameux Baron rouge. Juste une manière de décrire succinctement les siècles d’échanges entre l’Est et l’Ouest de ce qu’on appelait jadis l’Eurasie.

Parce qu’au cas où vous l’auriez oublié, on peut aller en train de Lisbonne à Pékin. Parce qu’au cas où vous l’auriez oublié, il y a juste un pays d’écart entre la Finlande et la Chine. Ben oui. Tu quittes Helsinki, tu entres en Russie. Tu sors de Russie, tu es en Chine. Si c’est pas un ensemble cohérent qu’est ce que c’est ?

Et donc, depuis des siècles et des siècles, des gens parcourent cet ensemble cohérent en échangeant des marchandises et des idées. Des gens communiquent, partagent, facilement, sans avoir besoin de rien d’autre que leurs pieds. Depuis des siècles et des siècles, s’est construit en ensemble culturel mais aussi économique, entre voisins.

Et donc, voici une dizaine d’années, le gouvernement chinois a remis à l’honneur ce concept de Route de la Soie. Concept parce qu’il n’y en avait pas qu’une. Les échanges passaient par l’Asie centrale, c’est évident. Mais aussi par le Sud, par la mer. L’art grec arrive au Xinjiang chinois via l’Afghanistan. A Tourfan, à Dunhuang, les peintures bouddhistes sont influencées par l’art grec. C’est ce que les spécialistes appellent l’art gréco-bouddhique du Gandhara.

Le message était clair : nous vivons ensemble et nous n’avons pas intérêt à l’oublier. Certes, la Route de la Soie semble être aujourd’hui un titre pour brochure touristique. Mais justement. Passons derrière le miroir pour retrouver la réalité des choses.

Ce qu’il y a d’emmerdant pour certains, c’est que l’Eurasie pèse lourd : 54 millions de kilomètres carrés, (un bon tiers des terres émergées) près de 5 milliards d’habitants, des ressources géologiques énormes, une fantastique variété de climats et de pratiques agricoles.

En remettant l’Eurasie au premier plan, la Chine nous faisait un signe. Mais comme toujours, nos politiciens ne l’ont pas vu. Depuis Giscard et JJSS, ils sont obsédés par le modèle américain (http://rchabaud.blogspot.fr/2014/01/le-defi-americain.html). Au point que Sarko-les-talonettes allait passer ses vacances aux States. Et le mec se dit gaulliste ! On rêve. Pour nos énarques, l’Est de l’Eurasie, c’est la terre des Rouges, des fils de Marx au couteau entre les dents. En 89, l’Occident avait eu la peau du Traité de Varsovie et s’était persuadé que le marxisme n’existait plus. Ce qui est aussi con que de dire que le cartésianisme n’existe plus. Une théorie est toujours disjointe de ses applications.

Et donc, tout semblait d’une limpide clarté. L’Occident tellement intelligent parce que capitaliste avait eu la peau du communisme au point que même la Chine faisait du capitalisme. Et la Russie allait payer dans un splendide isolement toutes ces années de trouille que l’URSS nous avait infligé.

Nous (l’UE, l’Europe) avons donc tourné le dos à la Chine pour regarder à l’Ouest. C’est très con : vaut mieux regarder le soleil qui nait que le soleil qui meurt. Nous avons aussi tourné le dos à la Russie, encouragés par les anciens pays communistes qu’on avait fait entrer à flots dans notre système. Au premier rang desquels la Pologne dont on sait pourtant que toute son Histoire ne nous a apporté que des emmerdements. Les Polonais, ils ont donné l’exemple: dès qu’on les a fait entrer en Europe, pour nous remercier, ils ont acheté des avions américains, pas des Rafales. T’imagines la fiabilité de l’alliance avec des trous du cul de cette envergure ?

On a sacrément daubé sur l’avenir de la Russie, sur les oligarques qui achetaient des clubs de foot et dépensaient leurs roubles à Megève, à croire qu’il n’y avait que deux sortes de Russes : les riches mafieux et les pauvres bourrés. Et donc, on a aussi tourné le dos aux Russes.

Quand t’es tout seul, tu cherches des amis. Moscou a vu Pékin lui faire de l’œil. D’autant que, malgré les apparences et les différences souvent anecdotiques, Russes et Chinois ont déjà bossé ensemble. OK, c’était aux temps du Komintern et le costaud, c’était Moscou. Chaque pays a fait un peu de chemin vers l’autre et ils ont fini par faire Front Uni. Privé de Traité de Varsovie, Moscou s’est glissé dans l’Organisation de Coopération de Shanghai. Cahin-caha, chaque pays a trouvé ses marques. Entre marxistes, c’était plus facile. Poutine, marxiste ? Quand tu fais la carrière qu’il a faite, t’es obligé de connaître Marx. Alors, oui, Poutine a un versant marxiste, bien utile pour parler avec la Chine.

Doucement, à bas bruit, s’est tissée une alliance. Une alliance entre voisins. Dame ! ils ont plus de 4000 kilomètres de frontière commune, six fois plus que nous avec l’Espagne. Nous, engoncés dans notre mépris et nos certitudes, nous n’avons rien vu venir. Et aujourd’hui, ça nous pète à la figure. L’Europe prend des « sanctions » contre la Russie (je mets des guillemets parce que le mot pue le petit prof et le moralisateur de bidet) et la Russie nous fait un bras d’honneur. Tu m’emmerdes sur le gaz ? Pas grave. Aujourd’hui, le protocole pour la construction d’un gazoduc vers la Chine a été signé. Poutine annonce tranquillement que les sociétés européennes auront du mal à se réinstaller en Russie. Forcément : la Chine va prendre la place. D’ailleurs, cette semaine, Goldwind (entreprise chinoise) annonce installer ses premières éoliennes en Russie. Comme dit Cohn-Bendit : l’écologie apporte de la croissance. Certes, mais à qui ?

Je ne peux pas croire que nos gouvernants n’aient rien vu. Si moi, je peux voir se tisser de nouvelles alliances, un énarque, mieux informé que moi, doit le voir aussi. D’autant qu’on peut tout reprocher aux Chinois, sauf leur incommensurable franchise. Voilà quarante ans qu’ils disent et proclament qu’ils construisent le socialisme à la chinoise. Le mot important, c’est « socialisme ». Voilà quarante ans qu’ils disent et proclament que l’Eurasie a un avenir et que les mers séparent quand les terres rapprochent. Ils savent qu’on ne peut pas laisser seule une puissance comme la Russie parce que c’est ouvrir la porte à tous les débordements.

La boîte à conneries est ouverte. Le Président allemand affirme que la Russie a rompu de facto tout partenariat avec l’Europe alors que c’est exactement le contraire. L’Europe a refusé tout partenariat équitable avec la Russie qu’elle ne voyait que comme un marché, oubliant tout ce qui, depuis des siècles, a fait la grandeur de ce pays. L’Europe se réjouissait de voir la Russie à genoux. Surprise ! Elle se relève.

La Russie nous dit que le monde nouveau ne se fera pas sans elle. C’est aussi le discours chinois. Nous sommes là et nous comptons. Faire du fric, on sait. Aussi bien que vous et on le prouve chaque jour. Mais ce n’est pas l’essentiel.

Comment ? disent les Occidentaux. Qu’y a t-il de mieux que de faire du fric ? Ben, entretenir des relations de bon voisinage, par exemple. Ce que les Américains ne savent pas faire. Un proverbe mexicain l’affirme : Pauvre Mexique, si loin de Dieu et si près des Etats-Unis. Pour les USA, un voisin est un quasi-ennemi.

Nous vivons aussi le retour de la géographie, cette maudite chose aux yeux des politiques. La géographie qui nous oblige à regarder autour de nous pour voir où et avec qui nous vivons afin de savoir comment nous pouvons vivre.

Ça s’appelle l’Humanité.

On en reparlera…