vendredi 11 avril 2014

LE MODELE ALLEMAND

Ha ! ça, pour les conneries, on nous en bassine du modèle allemand : la gestion allemande, le dialogue social allemand, les ingénieurs allemands…A chaque fois, y’a un ministricule, un députaillon ou un journaleux qui se répand pour nous expliquer comment qu’ils sont bons, et efficaces et pragmatiques les Teutons.

Sauf que là, on est dans leur domaine : la géographie appliquée. Sont bons sur le sujet, rien à dire. Nous aussi, on était bons avant Giscard. Quand il faut organiser le territoire allemand, problème d’aménagement géographique, ils créent les Länder. Mais ils créent comme de vrais géographes qu’ils sont. En utilisant une géographie physique mais également culturelle. Du coup, tu te retrouves avec une bonne grosse Bavière et une ville-Land comme Hambourg. Entre les deux, ça dépend, ça dépend du terrain, de l’Histoire, des relations entre les hommes. Ça te donne trois Saxes, la Basse-Saxe, la Saxe, le Saxe-Anhalt. Cherchez pas, c’est historique. T’as la grosse Bavière avec ses 13 millions d’habitants et la Thuringe avec 2 petits millions. Tu fais voisiner les villes-états comme Brême (400 kilomètres carrés) et la Bavière (70 000 kilomètres carrés). Ça date de l’immédiat-après-guerre et ça dure encore, sans aucun changement. Ça donne des surpeuplés (Berlin 4000 habitants au km2) et des déserts (Mecklembourg densité 70).

Le haut-fonctionnaire français qui voit ces chiffres, il explose, il vocifère, il vitupère. C’est pas cohérent. C’est déséquilibré. Le con de député de base, il approuve gravement. Le con de haut-fonctionnaire et le député décérébré, ils se posent pas la seule question valable. On a fait un découpage vachement homogène voilà cinquante ans, en découpant la Normandie ou en faisant vivre ensemble les Basques et les Agenais et v’là qu’il faut recommencer. Or, le découpage à refaire, il a été fait avec ces mêmes critères : la démographie, la taille, le désir de fortifier l’arrière-pays de 22 villes. Que des critères d’épicier. Et que donc, le découpage qu’ils vont refaire, il faudra encore le refaire dans dix ou vingt ans. En général, quand on a fait une connerie, on évite de recommencer. Pas eux...

Pour faire vivre des gens ensemble, faut qu’ils en aient l’habitude et qu’ils en aient envie. L’habitant de Bayonne, il a jamais vécu avec les gens de Marmande, et il n’en a pas envie. Remarque, où qu’on irait si on tenait compte des envies des citoyens ? Chez moi, dans les Basses-Pyrénées (j’ai pas honte qu’elles soient basses, j’aime pas l’alpinisme),on a du mal à faire vivre ensemble (depuis deux siècles) Basques et Béarnais qui n’ont jamais vécu ensemble et n’en ont pas vraiment envie. A Bayonne, tu regardes vers Bordeaux, à Pau vers Toulouse. Naturellement, historiquement, culturellement. C’est comme ça et c’est pas un énarque qui changera 15 siècles d’histoire. L’énarque, il te colle le Bourbonnais en Auvergne et il en est fier, ce con ! Quand j’ai dit à Saint-Pourçain que j’étais en Auvergne, ils ont failli me faire boire de l’eau. C’eut été dommage, faut dire.

Les géographes-aménageurs ne sont pas des géographes. Tout ce qui fait l’identité d’une région leur échappe complètement. C’est subtil, c’est des siècles de relations commerciales, matrimoniales, festives, religieuses (les Béarnais, c’est des huguenots, les Basques des catholiques). Ça fait des siècles que chaque ragoût mitonne dans sa marmite. Et le jacobinisme n’en est jamais venu à bout. Jamais. Même qu’il a cédé parfois. En Corse, par exemple. C’est comme ça et tu pourrais imaginer une Normandie complète et une région Pays basque toute seule. Pourquoi pas ? En Espagne, l’Andalousie fait le tiers du territoire et la Rioja, l’équivalent d’un département français. Mais c’est pas viable ! Si. Avec le jacobinisme bien compris, l’Etat qui compense, qui prend aux riches pour donner aux pauvres mais laisse à chacun le droit de vivre dans sa culture d’origine. L’Etat centralisateur, il est pas là pour faire de chacun le clone de l’autre. Il est là pour instaurer l’égalité qui n’est pas l’uniformité.

Sauf que l’Etat centralisateur, pendant deux siècles, l’uniformité lui convenait car elle supposait l’uniforme. Quand je pense à tous les bons géographes mort en 14-18….

On en reparlera…

PS : dans mon encyclopédie Quillet offerte pour mes quatorze ans, la dérive des continents était niée. Faut dire que le géographe qui l’avait inventée s’appelait Wegener. C’était le temps où rien de bon ne pouvait venir d’Outre-Rhin. Comme quoi les temps ne changent pas. On prend le pire de l’Allemagne. Merkel et pas Wegener…

mardi 8 avril 2014

LES DEUX MAINS DE MONTEBOURG

Montebourg a deux mains : une main gauche et une main droite.

La main gauche, c’est le PS. La main droite, les Croix de Feu. Expliquons.

Brillant avocat, Montebourg a milité jeune à l’UNEF avant de s’inscrire au PS. Il a plaisir à évoquer ses origines kabyles (ça fait bien dans les biographies pour bobos) en omettant de préciser que son grand-père était un haut dignitaire, grand-officier de la Légion d’Honneur et collaborateur avec le gouvernement français. C’est la main gauche.

La veille de son élection comme député PS de Saône-et-Loire, il épouse Hortense de Labriffe, petite-fille de Jacques de Lacretelle, ce dernier ayant été successivement cadre des Croix de Feu, directeur du Figaro et académicien français. C’est la main droite.

Voilà comment va une carrière. Quand il est élu comme député socialiste, sa jeune épouse est une collaboratrice d’Edouard Balladur. Admettons que l’amour se moque de la politique mais, ceci ne plaide pas pour une parfaite harmonie conjugale. A moins que les conjoints s’en moquent. Mettre sa vie en harmonie avec ses idées, c’est pour les cons, chacun sait ça.

En fait, ceci compose un fort joli réseau. Avec un papa haut-fonctionnaire des Finances et belle-maman cadre dirigeant dans une banque, les copains du PS et ceux du Figaro, ça aide. Et puis chacun le sait depuis les Grandes Compagnies, pour remplir son escarcelle, deux mains valent mieux qu’une.

J’aime bien le discours de Montebourg. Je me demande toujours jusqu’où il ira et je ne suis jamais déçu. Il maîtrise admirablement sa communication, se peaufine une image de révolutionnaire soft. Montebourg, je m’y étais déjà intéressé vu que je le sentais pas très proche des préoccupations de ses électeurs (http://rchabaud.blogspot.fr/2012/09/monte-bourre-le-mou.html)

Plus ça va, plus il me fait regretter l’époque des grands pamphlétaires. Je me demande avec gourmandise ce qu’un Daudet ou un Bloy auraient pu fignoler comme textes pour le clouer au pilori. Parce que, honnêtement, c’est un parcours aussi sinueux que la colonne vertébrale d’un lombric. Mon ami Michel me fait remarquer que les lombrics n’ont pas de colonne vertébrale. Montebourg non plus, ce qui justifie la métaphore. J’aimerais avoir le talent de ces grandes plumes qui savaient pousser les hommes à la démission dans le meilleur des cas. Le suicide, c’est terminé, il y faut de l’honneur.

Il a sa place dans ce gouvernement où le ministre des Affaires étrangères est également chargé du Commerce extérieur, gouvernement de commis-placiers qui nous concocte, à bas bruit, un traité qui va nous mettre dans la main de Wall Street. Main droite, ça va de soi. La main gauche, c’est celle qu’on montre aux électeurs désinformés.

Nous avons donc appris qu’un parti se réclamant du socialisme va apurer les comptes en dézinguant les acquis sociaux. C’est dans la logique des choses. La logique communicante, la logique de la vaseline.

Tout ceci trace une autoroute à Marine… Encore que là aussi, y’ait à dire. Elle a eu une enfance bercée par les disques de la SERP. Vous connaissez pas ? Cherchez un peu…

On en reparlera…

samedi 5 avril 2014

LE STADE ULTIME DU FÉMINISME

Mes copines brûlaient leur soutien-gorge. Il fallait un symbole et la liberté de danser des seins en était un. Moi, ça m’allait : on distinguait tout de suite l’érection mammaire de la flaccidité nichonale. Le symbole des unes devenait promesse des autres.

C’était le temps où la femme était désignée comme le prolétaire de l’homme. Prolétaires de tous les pays, unissez vous. Et l’union devint libre. Pour les unes, l’émancipation, pour les autres, la copulation. On était ravis, on abondait, on poussait vers la libération car la voie de la libération était le chemin de la couche.

Libre ou pas, l’union conduisait vers le couple. Et là, ça a commencé à merder. Les mecs étaient de petits princes. Ils se sont vite aperçus que la libération de la femme conduisait à la répartition des tâches. Leurs pères ne faisaient qu’une chose à deux : baiser. Et voilà t-y pas qu’il fallait désormais faire plein de trucs à deux : la vaisselle, les courses, langer le petit, faire chauffer les biberons à deux heures du mat’… Holà ! ça allait plus vraiment.

On a surfé un temps sur quelques vieilles rengaines. La force physique. Y’a des trucs que tu peux pas faire, ma cocotte. Sur la technologie : le bricolage, c’est un truc de mecs. Moi, j’avais des copines qui laissaient leur perceuse bien en évidence, histoire de me dire « J’ai pas besoin de toi ».

La loi suivait. Pas très vite, pas toujours très bien, mais elle suivait. Elle ouvrait aux femmes des pans entiers de la vie professionnelle. L’armée, par exemple. Quand t’as une gonzesse qui se met en treillis le matin, ça te relativise la libido.

Le féminisme a donné aux femmes la liberté de dire non. Notamment sur le plan sexuel. Théoriquement, on était d’accord. Pratiquement, on s’est vite aperçus qu’elles pouvaient aussi nous dire non à nous. Bon, c’était pas exactement ce qu’on avait prévu.

Et donc, de glissement en évolution, la femme (je devrais écrire la Femme) a expliqué à l’homme qu’elle pouvait se passer de lui. J’ai pas besoin de toi pour payer le loyer. Ni pour planter un clou.

Nous sommes face à un bel exemple d’effet pervers. La libération de la femme a supprimé l’un des ciments de la relation : le besoin. Besoin économique d’un côté, besoin sexuel de l’autre. Le mâle a désormais toutes les femelles à sa portée. La contraception enlève un frein, la peur de se retrouver face à une obligation non désirée. Le salaire féminin en détruit un autre, la peur de se retrouver sans ressources. Certes, ceci impliquait un fonctionnement brinquebalant, des situations tordues, on était loin de la perfection d’un monde rêvé.

Toutes barrières levées, le fonctionnement du couple a explosé et on arrive désormais au stade ultime du féminisme : la famille monoparentale. Le mec ne se sent plus aucun devoir (hou ! le vilain mot), il n’a plus aucun avantage à rester. Donc, il se barre. Tu veux plus de moi ? T’as plus besoin de moi ? Salut !

Certes, c’est une analyse à l’arrache. Il faudrait affiner. Mais, grosso modo, c’est comme ça que ça fonctionne dans les têtes.

Pour la nana, ça ne change rien, sauf le patron. Elle était le prolétariat de l’homme, elle devient le prolétariat de l’employeur. Sous-payée (c’est ça ou rien), avec plus d’obligations (elle garde le ménage, la vaisselle, l’aspirateur et les mômes à torcher mais elle reçoit en plus l’obligation d’aller au boulot, le plus souvent loin de chez elle). Elle a perdu au change.

Je pensais à ça en apprenant la mort de Régine Desforges. Par parenthèse, on n’a pas beaucoup entendu citer sa maison d’éditions, L’Or du Temps. Comme beaucoup, l’icône du féminisme était une grande bourgeoise cultivée. Les femmes ont suivi celles qui parlaient bien, les avocates, les artistes, les écrivains, toutes celles qui s’emmerdaient pas avec le quotidien parce qu’elles avaient des revenus. Et donc des employées de maison. Toutes celles qui savaient que la libération de la femme améliorerait leur sort personnel.L'Or du Temps, c'était du porno soft, avec orgasme au lit, pas dans la cuisine.

Elles ont gentiment mêlé la lutte des sexes et la lutte des classes. Forcément, elles appartenaient à la classe dominante et donc, la lutte des classes, ça leur allait pas trop. Glisser de l’économique au sociétal leur permettait de faire joujou avec la politique sans mettre les mains dans l’eau de vaisselle. Pour ça, il y avait des bonnes, sous-payées : si la Berrichonne augmentait ses tarifs, il y avait l’Equatorienne ou la Philippine. Des fois, on voit sortir une affaire croustillante comme l’Africaine qui attaque Noah pour « esclavage ». Saga Africa. C’est un peu anecdotique, même la famille du fondateur des Editions du Seuil y a eu droit. Ça signifie juste qu’il y a deux camps : ceux qui ont des domestiques et les autres.

C’est avec des glissements comme ça que le sens politique pointe le bout du nez. Quand on confond, on sème la confusion.Les femmes seules peuvent dire merci à la dame.

On en reparlera….

mercredi 2 avril 2014

LA CHINE ET LE ROMANTISME

Je découvre avec anxiété les méandres de l’organisation des études supérieures en France pour les jeunes Chinois.

La plupart sont intéressés par la qualité des études. La Sorbonne leur semble un Everest (pardon, un Qomolungma) de culture, Polytechnique les fait rêver, et même une université de province peut les séduire dès lors qu’ils y trouvent un cursus adapté à leurs envies. Pour un Français, c’est un bonheur de constater leur désir de découvrir ce pays.

Certes, la gratuité, ou du moins le faible coût des études dans l’enseignement public est un facteur important. Mais moins pourtant que la possibilité de découvrir le romantisme français, d’accéder aux métiers du luxe, de connaître la gastronomie, de s’imprégner de notre art de vivre. Pour un Chinois de vingt ans, nous semblons vivre au Paradis et ils l’expriment parfois de façon touchante.

Sauf que….c’est d’abord un marché. Il faut, pour avoir un visa d’études, apprendre le français, passer un entretien avec Campus-France, justifier d’un véritable projet scolaire. Le seul problème, c’est que l’offre éducative n’est pas très claire pour un jeune étranger. Quelles sont les meilleures filières, les bonnes écoles ? Choisir est un parcours du combattant.

C’est alors qu’intervient le zhongjie. Lui, c’est le spécialiste chinois de l’enseignement français. Il s’occupe de tout. Moyennant finances. Grosses finances. Monter le dossier pour passer l’entretien de Campus-France, trouver la bonne école, bref, faciliter la vie. Le dossier coûte de 2000 à 5000 euro. A payer cash et au début du processus. Sans aucune garantie. Si l’élève loupe l’examen de français, c’est qu’il n’a pas assez travaillé. Si son projet est jugé incohérent, le zhongjie n’y est pour rien, c’est juste que l’élève n’a pas posé les bonnes conditions.

Après, l’élève est orienté majoritairement vers des cursus privés…et payants. Le zhongjie entretient de bons rapports avec l’enseignement privé qui lui verse des commissions, en moyenne 10% du coût annuel. Que ce ne soit pas exactement la bonne filière, que le diplôme ne soit pas un diplôme d’Etat importe peu. Ce qui compte, c’est la commission. Commission prise également sur les transports et même le logement.Dans de nombreux cas, au même coût, l'étudiant aurait été sacrément mieux formé et son diplôme aurait eu une autre valeur.

L’enseignement français, notre enseignement, celui que des générations ont bâti, est donc devenu un juteux marché, le lieu de toutes les commissions, de tous les arrangements. Il n’y a pas si longtemps, les écoles privées étaient faites pour ceux qui ne pouvaient pas intégrer l’enseignement public. Fini, balayé. Eduquer les enfants n’est plus une mission, c’est une commission. On n’est plus éduqué au mérite, mais au chéquier. L’étudiant ne sait rien, le zhongjie sait peu mais celui qui sait peu semble très savant à celui qui ne sait rien. C'est la base même du service moderne.

Les étudiants chinois vont passer de 35 000 à 50 000. Le marché croît. Des centaines d’intermédiaires se lèchent les babines. Je râle parce que c’est moi qu’ils vendent, mon pays, mon image, ma réputation, toutes choses que j’aimerais pouvoir offrir.

Il faut prendre le problème à l’envers…Avec des copains, on a décidé de faire venir en France des élèves (pas des étudiants), de leur présenter une région, sa culture, son offre éducative. A eux de savoir s’ils veulent revenir, et s’ils le veulent, ils n’ont plus besoin d’intermédiaires. Mieux encore, ils auront leur réseau, leur guanxi. Le test, on le fait au Pays basque, bien entendu, là où nous avons nous-mêmes notre réseau et ce réseau est dans le panier-cadeau. Ça, aucun zhongjie ne peut l’offrir, et a fortiori le vendre. On s’est mis en quête de passionnés de leur région pour élargir l’idée, pour essayer de lutter contre les marchands d’éducation. Tout n'est pas à vendre, que diable !!

Quand j’étais petit, les « commissions », c’était quand on voulait préparer le repas. Faut y revenir : ouvrir la table plutôt que les coffres-forts. Le monde s’en portera mieux.

jeudi 27 mars 2014

MON ENNEMI, C’EST LA FINANCE

C’est cette phrase qui m’a décidé. Faut dire que j’hésitais un peu. Ils m’ont baisé si souvent. Déjà en ne faisant pas le département basque promis par Mitterrand en 81. Et puis en privatisant comme des malades. Tu votes pas pour les fils de Jaurès avec pour but de refiler aux grands patrons les bijoux de famille.

Au fond de moi je suis gaulliste de gauche. Y’a des trucs qui doivent être nationalisés : la santé, l’énergie, le crédit, le transport, l’eau. Tout ce dont le citoyen de base ne peut pas être privé par le jeu du marché. En 81, c’est Pierre Billotte qui me l’avait dit : « Votez Mitterrand, avec Giscard, c’est Vichy qui revient ». Et puis Billotte aimait bien Delors qui était chef de cabinet de Chaban. La Nouvelle Société, vous vous souvenez ? Une Nouvelle Société basée sur la souveraineté et l’indépendance nationale.

Bon, gaulliste aujourd’hui c’est plus qu’une étiquette. Même le nain à Rolex et Ray-Ban, il se dit gaulliste. Tu vois le Grand Charles avec des Ray Ban, toi ? Bon, faut admettre qu’il y a une filiation qui va de Pétain à Sarko et elle passe par Giscard. Billotte avait raison.

Je me méfiais donc, façon fils de vampire invité à dîner à Marseille. T’es sûr qu’il y aura pas d’ail sur la table ? C’est que j’ai le cul sensible. Toujours la vaseline à portée de main.

Et puis, vlan ! le discours du Bourget. Mon ennemi, c’est la finance. Je l’aurais embrassé pour cette phrase ! Qu’est ce qu’on est con, parfois !

Après, j’ai vu. D’abord, j’attendais. Patient. On peut pas inverser les tendances en quelques jours. L’impatience est venue après. Avec le mariage pour tous, en fait. J’ai rien contre. Ni pour. A vrai dire, je m’en fous. C’est un non-sujet. La plupart de mes copains homos s’en foutaient aussi. Mais là, il s’est bien battu. Par contre, avec Mittal, il s’est vautré. Carpette. Comme avec Angela. Je l’avais prévenu pourtant : http://rchabaud.blogspot.fr/2012/05/francois-ne-va-pas-berlin.html

Et depuis, il a pas arrêté. Mois après mois, il a cédé. Sur tout. Il a cédé à Angela, il a cédé au Medef, il a cédé à Delors, il a même cédé à Duflot, c’est dire ! Je lui croyais au moins un peu de dignité. Même pas. Il va tirer des coups la nuit comme un collégien boutonneux. Il pense plus à sa biroute qu’à la France.

Le Bourget, c’était que de la com’. En plus, il y comprend rien à la com’. Le Président chinois vient pour une visite d’Etat et le premier truc qu’il fait, c’est d’aller bouffer avec un maire de province. La honte ! Il en a même pas conscience, le François. Il se dit que s’il aime le saucisson, c’est normal. Il a pas compris le camouflet qui est un retour de bâton. François, il va en Chine, il y reste 36 heures ! C’est la première puissance mondiale, il y passe moins de temps qu’à Bamako. Moins de temps qu’à Tôkyô. Xi Jiping, il a du avoir les boules. Je me mets à sa place. Mais l’autre ravi de l’Elysée, il a rien vu. Il est content. Il a signé 18 milliards de contrats, essentiellement pour de l’aéronautique, aéronautique patiemment construite par De Gaulle et privatisée par la suite. Tu parles d’un succès ! Encore de la com’.

Ce coup-ci, j’ai compris. Le mec, il reçoit Xi Jiping pour célébrer le 50° anniversaire de l’établissement des relatons diplomatiques et il nous parle de pognon. Comme aurait fait Sarko. Elle est où la politique ? Elle est où la hauteur de vues ? Il est où le sens de l’Histoire ? Il est où le socialisme ?

J’ai élu un Président pour qu’il me la joue pragmatique à la Thatcher. Mental d’épicier couché devant ses fournisseurs. Je suis encore cocu. Mais c’est la dernière fois.

On en reparlera…..

lundi 24 mars 2014

COMMUNICATION BASIQUE

La chasse aux commentaires à la con est ouverte !

« Nous avons une semaine pour convaincre les Français » : Nadjat Vallaud-Belkacem porte-parole d’un gouvernement qui n’a pas réussi à convaincre les Français en deux ans. !!! Va falloir accélérer, cocotte !!!

« Les Français n’ont pas compris le sens de notre politique » : André Vallin, député PS de l’Isère. Ben voyons ! Traduction : l’électeur qui ne vote pas pour moi est un con.

Ça fuse, ça gerbe, ça dépote. Le différentiel (le delta en novlangue) n’a jamais été aussi important entre les politiques et les électeurs. Thème général : nous on sait, eux ils savent pas. Les « communicants » emboitent le pas. Normal, ils ont le même « lieu de parole » que les politiques. Important, le lieu de parole, mais bien oublié. Pourtant, les communicants devraient savoir, c’est leur boulot. Si ton lieu de parole est le même que celui de ton adversaire, ce n’est plus ton adversaire.

Et donc, le citoyen regarde le communicant et se dit que, vu qu’il parle comme le politique, il est un stipendié du politique. Cause toujours...Le communicant, comme le politique, n’a d’impact que sur ceux qui partagent la même parole que lui.

Or, nous allons devoir admettre que ce partage de la parole ne concerne plus la majorité. C’est emmerdant, ça, dans une société démocratique où la majorité peut prendre le pouvoir. Ce petit point, nous l’avons oublié. La majorité peut être contre l’Europe, l’exprimer dans les urnes et voir la minorité lui confisquer son opinion. Pas bon, ça. Contraire aux principes de la Révolution française. Rappelons que la Révolution s’est faite parce qu’une minorité (la noblesse pour faire simple) décidait pour la majorité. On y est revenu et le citoyen de base fronce le nez. Même si c’est moins « politique », comme le mariage pour tous. Le citoyen de base, il se sent dépouillé de sa « normalité ». D’ailleurs, on lui répète à l’envie que la normalité n’existe pas. Ce qui revient à lui dire qu’il n’est pas normal.

Et donc, un groupe change le lieu de parole. Il s’approprie le lieu de parole de la majorité. Admettons que c’est un lieu de parole moins sophistiqué, plus rustique. On revient à Poujade et au poisson qui pourrit par la tête. Entre nous, c’est assez proche de Hébert et du Père Duchêne. Hébert qui exprimait brutalement ce que Robespierre disait plus joliment. Ne fut ce que parce que le lieu de parole choisi est celui de la brutalité. Le FN fait pas dans la dentelle. Chez lui, la négociation, ça commence par une claque dans la gueule, façon Poutine. Le citoyen de base, ça lui va bien, vu que c’est ça qu’il attend des politiques : de la protection. Si la protection est un peu brutale, ça lui va bien aussi. Or, les politiques ne le protègent plus : du chômage, des banques, d’une justice qui fait passer le droit avant l’équité. Le citoyen de base, il a besoin d’une communication simple, qu’il peut comprendre.Il a besoin d'un politique qui cause sa langue. Les politiques et les communicants froncent le nez : populisme. Exact. Mais dans populisme, il y a peuple. Et bulletins de vote.

Les politiques et les communicants lui causent intello. Ça va plus. Ça lui parle plus au citoyen de base. Lui, il veut du basique. Alors, il écoute ceux qui lui parlent basique.

On peut hurler, dire que c’est pas bien, que c’est une régression, on peut aligner tous les arguments, c’est comme ça. A force de compliquer la parole, de tordre le cou aux argumentaires, on en arrive à cette situation. De toutes façons, ce que j'ai envie de dire à tous mes copains qui hurlent, c'est qu'en démocratie, tout bulletin vaut un autre bulletin, qu'il n'y a pas des bulletins moraux et des bulletins amoraux. C'est la règle et elle est simple. Si t'es démocrate, tu n'as pas le doit de dire que le bulletin de l'autre ne vaut pas le tien. Tout ce que tu peux faire, c'est convaincre, enseigner, amener l'autre à comprendre tes arguments, pas à les lui asséner. Même s'il n'a pas le même QI que toi, il vaut autant que toi. Ça t'emmerde mais c'est comme ça. Devant l'urne, l'analphabète pèse autant que toi. Si ça te va pas, apprends lui à lire.

Ça c’est déjà produit dans l’Histoire. C’était sept siècles avec notre ère, en Chine. En gros, ça disait que seule la loi était moralement neutre et ça fonctionnait avec un gros paquet de fonctionnaires chargés de l’appliquer et de faire perdurer le pouvoir. Bien entendu, ça supposait une oligarchie et une puissante technocratie. On y est. Bien entendu, ça supposait une manipulation permanente avec des systèmes de communication omniprésents et tout puissants. On y est. Bien entendu, ça repose aussi sur la force et la coercition vu que le système législatif devient incompréhensible au citoyen de base. On y est.

Pour les politiques, la bonne nouvelle, c’est que ça a duré plusieurs siècles.

Et donc, on en reparlera….

dimanche 16 mars 2014

SIMFÉROPOL

Aujourd’hui, mon copain Igor a du prendre une muflée d’anthologie.

Igor, je l’avais rencontré à Simféropol, capitale de la Crimée, sur un trottoir. Il était couché dignement sur ce trottoir où il exhibait ses disgracieux moignons. Je sais pas ce qui m’a pris, je lui ai filé 5 grivnas. Grosso modo, un euro au cours de l’époque. Et là, le mec me fait signe de pas bouger, se carapate sur les moignons comme un héros de Freaks et revient avec deux bières apportées par un copain. C’était la première fois qu’un clodo m’offrait un coup à boire avec mon aumône. Pour être franc, ce fut aussi la dernière. Et la seule.

Et là, j’ai bu la bière avec mon nouveau copain. J’en ai offert une au petit jeune qui avait fait le service et qui causait un peu l’anglais globish et le teuton. C’est ça la classe du touriste riche qui peut s’offrir un truchement.

Mon copain Igor, il avait sauté sur une mine en Afghanistan. Il le racontait avec une certaine emphase, en hurlant « boum » et en faisant décrire à ses bras une orbe quasi parfaite, façon danseuse du Bolchoï. On lui avait coupé les cannes un peu sous le genou, fort proprement par ailleurs et il était revenu au pays natal avec une belle médaille et une pension d’invalidité. Jusque là, on baignait dans le classique et je m’ennuyais un peu. La conversation du biffin de base n’est pas toujours excitante.

Et puis, l’URSS a explosé sous les coups de boutoir de la propagande américaine. Explosé d’abord. Dépecée ensuite. L’Ukraine a pris son indépendance. Du coup, Igor, il s’est retrouvé ukrainien, médaillé, mais plus pensionné. On lui a dit ça à l’Armée rouge : il n’est pas prévu de verser de pension d’invalidité aux étrangers. C’est qu’il était devenu étranger, Igor, et il l’avalait mal. Bon, l’attitude russe, elle est pas très élégante. Mais on peut comprendre : tu veux plus de moi, donc tu veux plus de mon fric. Démerde toi, t’es libre.Libre de choisir d'être dans la merde.

Pour être franc, il était pas le seul. Après, dans une belle manif, des comme j’aime avec drapeaux rouges, statue de Lénine et Internationale, j’ai rencontré des vétérans. C’est des petits vieux bien propres, bien ridés, avec des uniformes repassés au millimètre et des brochettes de décorations sur la moitié du sternum. Des vétérans du « second siège », c’est comme ça qu’on dit. Le second siège de Sébastopol. Le premier, c’est le nôtre, on connaît, on en a fait un boulevard. Le second, c’était plus rude. Y’avait pas de zouaves, y’avait que la Wehrmacht que les vétérans rencontrés avaient bloquée pendant plusieurs mois pour soulager Stalingrad. Un siège d’hiver, glacial, plombant. Un monceau de cadavres et de belles brochettes de médailles. Ils racontaient les vétérans, ils avaient l’âme francophile. Ils connaissaient Normandie-Niémen, Thorez et Jacques Duclos. Mais eux aussi, l’indépendance leur avait sucré les pensions. Ils se demandaient ce que faisait l’Europe. Après tout, les médailles ils les avaient gagnées en nous aidant, non ?

Les vétérans, pour être franc, je les avais rencontrés dans une manif à laquelle je m’étais joint. Je savais pas pourquoi je braillais mon Internationale mais, putain, que ces gens chantent bien. Et puis les drapeaux, ça vous avait un côté Potemkine.. J’ai plus l’esthétique prolétarienne que manga, c’est comme ça. Après, on m’a dit : j’avais levé le poing pour le retour à l’URSS d’avant, pour le retour du PCUS, et même, aux yeux de certains, pour le retour de Staline. Bon. J’ai payé mon coup, même aux vétérans, et on a causé. J’ai entendu des choses que j’aurais préféré ne pas entendre, comme quoi les droits de l’homme, c’est un luxe de pays riche, que l’indépendance, c’est de la merde quand on n’est plus soigné et plus nourri. Mes nouveaux copains, ils m’ont raconté les hôpitaux pourris, l’économie en panne, ils m’ont même emmené en banlieue, dans un logement où s’entassait une famille de quatorze personnes. Tout ça, j’ai déjà raconté. Le livre est épuisé.

Alors, forcément, je sais que ce soir, à Simféropol, mais aussi à Sébastopol ou à Sudak, y’a de la vodka qui coule. Je sais qu’ils sont heureux et je suis heureux pour eux. J’enrage un peu de voir le travail de propagande basé sur un seul fait : Poutine est détestable. Peut être, mais il a fait pour la Crimée ce que la Crimée attendait

Enfin, le monde devient lisible. La propagande américaine fonctionne à plein et regroupe les fadas du Dalaï-Lama, les angoissés de Poutine et les vomisseurs d’Assad. Toutes les belles âmes qui parlent de guerre et en ont peur, tous ceux qui bêlent pour un monde « moderne », ce qui ne veut strictement rien dire. En face, sûrs d’eux et de leur puissance, les héritiers des siècles précédents, ceux qui savent que le monde moderne est l’héritier des vieux conflits et des vieilles manières. Ceux qui parlent et ceux qui cognent.

L’Occident est à genoux. Pas encore pour prier, mais ça ne saurait tarder

On en reparlera…